LE PEUPLE ET LA POLITIQUE
Ce que c’ert que la politique.—Abus que font de ce mot leu ennemis du peuple.—ÆEn quoi consiste, pour le peuple, la meilleure politique ? — La maladie de vouloir faire a tout propos de la politique est très funeete. — Exemple. — La religion, dit-on, n’a rien à faire avec la politique.—Distinction entre le pouvoir ecclesiastique et le pouvoir séculier.—Ce que c'est que la hberté de pensée, en politique, telle qu'on l'entend aujourd’hui.
La politique, voilà un mot qui aujourd'hui fait beaucoup de bruit dans le monde, un mot qui se trouve dans bien des bouches, qui fait tourner bien des têtes, et un mot cependant L bien peu compris. Qu'est-ce donc que la politique ? Hélas! on embarrasserait, par cette question, bien des gens qui ne parlent que de politique, qui ne rêvent que politique. La politique est l’art de gouverner les peuples.
C'est donc un art que doivent acquérir ceux qui sont appelés à gouverner ou à prendre, du moins, une certaine part au gouvernement. 1l n'est donc pas dans l'ordre que tout le monde s’y applique ; car cela supposerait que tout le monde est appelé à gouverner. Or, si tout le monde doit gouverner, il ne reste plus personne à gouverner.
Mais, dira-t-on, vous oubliez que le peuple est souverain, qu'il a le droit de se gouverner lui-même ; pour cela, il faut qu'il sois initié à le science de la politique. Votre doctrine, de faire gouverner le peuple par une classe privilégiées, ent un peu la barbarie ; elle pouvait convenir au temps ou l’on croyait que le gouvernement des peuples était échu en partage à quelques heureux mortels, tandis que le reste du genre humain était regardé comme un vil troupeau, que le peuple ne prenait aucune part à l'administretion de ses affaires politiques ; mais aujourd'hui que le progrèsest venu nous apprendre que les hommes ne sont pas destinés à plier servilement l'épaule sous le joug d'un pouvoir qui iss méprise ; aujourd’hui que l'homme comprend sa dignité, comprend qu'il est appelé à se gouverner lui-même, il est à propos que le peuple s'occupe de politique.
D'abord, cette souveraineté du peuple que
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vous invoquez, mes amis, est quelque chose d’un peu obscur. Dans tous les cas, elle ne peut signifier qu'il n'y a plus de gouvernés, que tous sont gouvernants, car ce serait une absurdité. 11 est bien vrai quele christianisme, et non pas le progrès, comme vous le dites, est venu rétablir l'homme dans sa dignité, qu'il est venu nous apprendre que nous sommes tous frères, égaux devant Dieu, que nous avons tous un droit égal à la protection des lois; 1l est vrai qu'il a introduit dans les gouvernements des formes plus libérales, qui tendent à donner au peuple, dans la balance du pouvoir, une plusgrande influence ; mais prétendre que, dans un état, tous ceux qui le composent doivent être gouvernants, c'est une erreur et uné crreur préjudiciable.
Cependant c’est encore une des doctrines que vous prêéchent vos ennemis, et toujours d'une manière bien vague. Pour vous flatter, ils ne cessent de vous parler de la dignité de l'homme, de la souveraineté du peuple, du droit inaliénable qu'il a de se gouverner, de l'obligation ou vous êtes de prendre une part active aux affaires politiques. Et ceux qui ôsent vous tenir un autre langage, sont représentés comme des rétrogrades, des hommes qui ont à cœur de vous laisser croupir dans
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