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l'ignorance de vos droits les plus sacrés, qui veulent. régner sur vous en despotes, qui vous refusent le droit de discuter leurs actes, et mille autres balivernes de ce genre. Tout cela ne manque pas de produire une certaine 1m:
pression sur les classes qui n'ont pas d'instruction ; car, pour mieux tromper, on ne manque Jamais de méler quelques vérités au fratras d'absurdités que l’on débite; mais, comme de coutume, vos ennemis ont le soin de tout em:
brouiller et ‘de tout confondre, et surtout de vous représenter ceux qui, sans vous flatter, vous disent la vérité, comme des hommes qui ne méditent que ,vatre avilissement et votre malheur.
Non, mes amis, nous ne voulons pas que vous soyez mal gouvernés, qu'on foule aux pieds vos droits, qu'on méconnaisse votre di: gnité; nous voulons tout le contraire et c'est pour cela que nous écrivons ce livre. Et d’abord pour bien voir clair dans cette affaire, com: mençons par mettre les choses en leur place, puis ensuite je suis persuadé que nous nous entendrons parfaitement,
Etablissons que dans la société politique, tout en reconnaissant les droits du peuple que nous sommes loin de vouloir nier, 1l y a gouvernants et gouvernés, car vous admettrez que
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tout le monde ne peut pas être souverain, gouverneur, ministre, député, etc. Tous les membres de la société ne sont pas appelés à prendre une part directe à la confection des lois. Dans un gouvernement comme le nôtre 1l y a un certain nombre d'individus qui sont appelés à gouvener, les autres subissent le gouvernement.
Le rôle des premiers est actif, celui des seconds est passif. La science de la politique chez les premiers consiste à savoir bien gouverner, et chez les seconds (puisque vous voulez absolument qu'ils s'occupent de cette science) elle consiste à savoir être bien gouvernés. Oui, mes amis, c’est là votre meilleure politique, celle qui vous sera le plus profitable. Et cette science consiste à savoir distinguer vos arnis de vos ennemis, choisir bien vos députés, savoir bien faire vos élections comme nous vous l'explique: rons plus tard, savoir faire respecter vos droits en vous maintenant à la hauteur de votre dignité de citoyens ; car si vous négligez de vous instruire de ces graves devoirs, si vous vous ravalez vousmême en foulant aux pieds les principes qui doivent guider l'homme dans sa
e politique et sociale, vos maitres vous con: duiront en esclaves. Mais vos ennemis, ne pouvant arriver à leur but que par la confusion, ont bouleversé tous les rôles et ont fait de chacun des * ribres de la communauté des législa-
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teurs, des aviseurs du gouvernement, etc. etc, ctc.
Aussi quand cette fièvre de faire de la politique se met dans une socitété c'est un indice que Île corps social est bien malade, elle amène toujours de tristes résultats pour les particuliers d'abord qui se livrent à ce désordre et ensuite pour tout le pays.
Nous ne prétendons pas qu’en dehors de ceux qui prennent part directement au gouvernement personne ne doive s'occuper de politique, que celui-ci doive marcher seul, sans serveillance et sans avis ; a Dieu ne plaise. Mais de grâce, chacun à sa place. Que des hommes à qui l’âge a donné une grand: expérience, chez qui l'intelligence a été cultivée par des études sérieuses et qui ont acquis à un dégré éminent la science sociale, surveillert le gouvernement, l’éclairent par de sages avis, par des écrits pleins d'érudition, rien de mieux. Mais que la manie de politiquer entre dans tousles cerveaux ; que dans toutes les classes, chez les artisans, les cultivateurs, une foule de gens sans instruction et sans expérience dissertent à perte d’haleine, et à tout propos sur la politique à laquelle ils n'entendent rien, c’est un grave desordre qui est susceptible des plus funestes conséquences. Nous avons été nous même témoin d’un bien
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triste exemple de ce que nous vous disons ici; nous allons vous le rapporter.
Un homme qui demeurait dans une de nos riches paroisses de campagne, possédant une belle ferme, fit la connaissance de certain cerveau brûlé qui lui communiqua la fièvre de la politique. Se trouvant alors assez souvent en rapport avec des gens de lettres, il s'imagina que cela le grandissait de plusieurs pieds aux yeux de ses compatriotes moins fortunés que lui.
Dans leur savante compagnie 1l apprit quatre ou cinq grands mots dont il faisait un affreux abus et qui, croyait-1l, donnaient beaucoup de relief à sa conversation, En un mot, il était hvré corps et âme à la politique, quoiqu'il ne sût mi lire ni écrire. Tout absorbé par les proiondes méditations dont il puisait le sujet dans ses entretiens avec ses nouveaux amis, tout occupé des destinées du Canada, on sent que les travaux de son champ lui étaient devenus ennuyeux ; aussi finit-1l par ies abandonner presque complètement ; les longues soirées ne suffisant plus pour causer de politique, 1l faillait consacrer à cela des journées entières. Cependant la moisson réclamait le secours de plusiears bras; les bras ne manquaient pas dans la famille non plus que les bouches, mais la famille très nombreuse était encore jeune, elle
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