XVIII INTRODUCTION
prudence, mais à qui elle conserve une secrète sympathie.
De cela surtout, à cette date, il faut leur savoir gré. Non qu'ils échappent tout à fait aux préjugés de leur temps. En 1820, Victor Hugo est persuadé encore que Delille, royaliste fidèle, fut un grand poète ; mais il aperçoit déjà que son école est dangereuse et que « la médiocrité y trouvera un refuge* ». A ces jeunes poètes, il faut des maîtres plus puissants. Leur admiration ne s'égare pas à l'aventure ; d'instinct, elle va aux œuvres les plus riches d'avenir. Le premier volume s'ouvre sur deux grands articles de critique : Essai sur l'indifférence de Lamennais ; Œuvres complètes d'André de Chénier. Il s'achève sur un éloge émouvant de Lamartine : « J'ai cherché jusqu'ici autour de moi un poète... » Ces trois noms valent un programme.
A cet égard, la Muse française marquera un recul. De 1820 à 1823, des préjugés se sont fait jour, de fausses gloires s'imposent. Par une aberration singulière. Soumet, Guiraud, les deux Alexandres, font figure de novateurs, et on ne s'aviserait plus de trouver ennuyeuse une tragédie d'Ancelot. C'est le règne de l'idylle douceâtre, de la banalité pleurarde, des effusions, des Petits Savoyards et des Pauvres filles,... et si ces faux-maîtres ne trouvaient bon eux-mêmes d'abandonner leurs disciples, la jeune poésie serait en danger. — Les rédacteurs du Conservateur littéraire ont encore, et c'est là le premier mérite du recueil, toute leur spontanéité franche.
[. Œuvres posthumes de J. Delille, art. de Victor Hugo, t. II, 2» livraison. — Dans la livraison suivante, l'article sur les Ages de l'homme est beaucoup plus catégorique : « La poésie ne fut plus que la peinture froide et muette d'une nature inanimée. Savoir décrire fut la seule qualité qu'on exigea du poète et tout le secret du style consista dans une routine qu'on appela fastueusement l'art de peindre... »