VI INTRODUCTION
par une mère distinguée qui a pensé de bonne heure que de bons principes et des talents formaient la seule fortune qui pût être à l'abri des révolutions, la seule arme avec laquelle on pût ne pas se défendre de l'envie, de la calomnie, mais la braver. Maintenant, fils reconnaissants, ils essaient d'acquitter une dette aussi sacrée que douce. Ils doivent à leur mère une seconde vie : ils veulent soutenir, embellir la sienne; et, pour y parvenir, ils unissent la fraternité du talenr à la fraternité du sang. Heureux jeunes gens d'avoir une mère qui ait senti le prix de l'éducation! Heureuse mère de voir ainsi couronner ses soins! Outre l'utilité et la bonne rédaction du Conservateur littéraire, c'est donc la piété filiale et maternelle qui le recommande à tous les amis des lettres et du bien. »
Agier se plaît à ce petit tableau attendrissant. Peut-être son enthousiasme serait-il moins vif, s'il connaissait les idées véritables de Sophie Trébuchet et ses principes sur l'éducation...
La mère de Hugo — « ma mère vendéenne! » — ne ressemble pas à la mère de Lamartine, ou à celle de Vigny; on l'a fait remarquer souvent, pour le lui reprocher. Elle ne réalise en aucune façon le type conventionnel de la Mère de poète-, mais son action personnelle n'en est pas moins profonde. Élevée à l'école du dix-huitième siècle, c'est une femme à l'esprit net, à la volonté ferme; sa passion pour les romans ne l'a pas rendue romanesque. Sainte-Beuve en a tracé un portrait singulièrement vivant : « M"'" Hugo, femme supérieure, d'un caractère viril et royal, comme dirait Platon, s'était décidée à ne pas voir le monde et à vivre retirée dans une maison située au fond du cul-de-sac des Feuillantines, faubourg Saint-Jacques, pour mieux vaquer à l'éducation de ses fils. Une tendresse austère et réservée, une discipline régulière, impérieuse, peu de familiarité, nul mysticisme, des entretiens suivis, instructifs et plus sérieux que l'enfance, tels étaient les grands traits de cet amour