CCCLV. RÉPONSE DI DIRECTEUR DI CONSERVATOIRE V L'ORDRE D'ÉVACUATION
OBSERVATIONS SIR LES ACCROISSEMENTS EFFECTUES DEPUIS LA REVOLUTION; 7 MARS l8l(».
Monsieur, je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'homifur de m'adresser sous la date du <> mars, el je m'empresse d'y répondre en entrant dans quelques détails qu'elle exige.
A l'époque où la Monarchie française était la plus florissante, où le service de la Cour était dans toute sa splendeur, le local occupé depuis plus de 20 ans par le Conservatoire de musique et de déclamation renfermait uniquement l'hôtel, les écuries et remises de M. l'Intendant des Menus Plaisirs du Roi. Sous M. de Laferlé, votre père, on y créa des laboratoires de mécaniciens, de physiciens, et une école de chant qui n'était qu'un bien faible germe du Conservatoire, dont les nombreux élèves, parmi lesquels plusieurs ont brillé et brillent encore dans les Cours étrangères, ont tellement étendu la réputation dans toute l'Europe que les souverains venus à Paris ont demandé communication de ses moyens d'organisation, pour créer chez eux un semblable établissement, auquel ils ont donné toute leur approbation; l'Etat a fait une dépense de plus de 900,000 francs pour établù- le Conservatoire dans ce local, qui est l'unique dans Paris, où il puisse prospérer. Vous ne pouvez disconvenir, Monsieur, que lorsqu'il était question, en 181 h et au commencement de 181 5, de vous en donner la direction avec un traitement de 1 0,000 francs, alors ce local n'était pas indispensable au service du Roi ; aujourd'hui quelques titres à la bienveillance du gouvernement me l'ayant fait accorder avec un traitement réduit à 6,000 francs, faut-il, parce que vous en êtes privé, chercher à anéantir un établissement admiré des étrangers et digne d'une grande capitale, priver une foule de professeurs distingués de leur unique ressource, et grever l'Etat ou la liste
civile du Roi, d'une somme considérable, sans en retirer la moindre utilité par les nombreuses pensions de retraite auxquelles ces professeurs ont presque tous les droits acquis d'après les lois? Veuillez réfléchir que celte mesure ne pourrail qu'indisposer d'une manière fâcheuse le public et un grand nombre de personnes intéressées, surtout maintenant que le Conservatoire a passé dans le Ministère de la Maison du Roi ; la chose est tellement certaine que plusieurs journaux ayant imprudemment parlé de sa suppression, il y a eu un cri général dans les lieux publics, dans les sociétés de Paris et surtout parmi les amateurs des beaux-arts, et qu'il n'a été calmé que par l'assurance donnée dans d'autres feuilles qu'il avait été transféré des attributions du Ministre de l'intérieur dans celles du Ministère de la Maison du 1 ï < > i -
Mais, dans tous les cas, je suis surpris que ce soit à moi que vous adressiez la demande de l'évacuation du local par le Conservatoire pour le 10 du présent mois, à midi. Je suis aujourd'hui comme vous, Monsieur, sous la dépendance de M. le comte de Pradel. directeur général du Département de la Maison du Roi, et je ne puis rien exécuter sans ses ordres, ni avant qu'il m'ait désigné le nouveau local dans lequel il veut «pie je transfère mon administration.
Quant à des réparations locatives que vous demandez, j'ignore de quelle nature elles peuvent être, le Conservatoire n'ayant jamais eu à titre de location les bâtiments qu'il n'a pas cessé d'occuper depuis 20 ans, et y ayant dépensé plus de 900,000 francs pour les mettre dans l'état où ils sont aujourd'hui ; mais si M. le comte de Pradel me l'ait fournir des fonds, en me donnant l'ordre de les employer à cet usage, je m'empresserai d'accéder à vos désirs.
Je dois également avoir l'honneur de vous assurer que le Conservatoire n'a jamais eu connaissance de délais et facilités successivement accordés, dont le terme aurait été irrévocablement fixé au 1" janvier de cette année, et que s'il avait reçu des ordres, il les aurait exécutés, comme il les exécutera toujours lorsqu'ils lui seront donnés par l'autorité compétente. Je suis, etc.
Le Directeur du Conservatoire : Le marquis de La roi zikre.
[Arch. nat. , O3 1799.) CCCLVI. RÉPLIQUE DE L'INTENDANT SUR LE REFIS D'EVACUATION ; 8 HARS 1 8 1 6.
M. le Marquis, je regrette que, pour être à même de répondre à la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire en date du 5 de ce mois, vous ayez été obligé de puiser des renseignements auprès des personnes qui, à dessein ou par ignorance des faits, vous les ont donnés d'une manière si peu exacte, et qui cependant a ser\i de base à celle que je viens de recevoir de vous.
Comme je ne me crois pas en droit de discuter si les dépenses faites par le Conservatoire dans l'hôtel des Menus-Plaisirs du Roi ont réellement monté à 900.000 fr. (quoique les bâtiments, toitures, cours soient dans le plus affreux état de dégradation ). je m'en rapporterai à ce que vous me faites l'honneur de m'écrire et me tairai sur cet article qui sort entièrement du principe jugé depuis longtemps, que l'hôtel des Menus, dans l'état où il est, appartient au Roi. et que S. M. l'a rendu à MM. les premiers gentilshommes de sa chambre, qui, considérés comme étant les gouverneurs, peuvent seuls disposer des localités. Je me bornerai donc. M. le Marquis, à répondre à un fait qui me touche et sur lequel il m'importe que vous n'ayez point une fausse idée, car si vous eussiez connu la vérité, vous êtes trop rempli d'honneur pour m'avoir écrit ainsi que vous l'avez fait.
Sachez donc, M. le Marquis, qu'en février i8i4, époque de la destitution de votre prédécesseur M. Sarrette, qui fut sui\ie d'un ordre du Ministre de l'intérieur aux membres du Conservatoire d'évacuer l'hôtel des Menus. MM. les administrateurs de cet établissement vinrent me trouver et me supplièrent de me mettre à leur tète afin d'empêcher la ruine du Conservatoire qui serait, disaient-ils, anéanti en moins d'un an si je récréais une Ecole de chant et de déclamation.
Sachez encore, M. le Marquis, que M. Barbier Neuville, chef de division du Ministère de l'intérieur, m'écrivit plusieurs lettres, que je possède heureusement encore, dans lesquelles il me pressait d'accepter, non la place de directeur du Conservatoire, mais celle d'intendant général de cet établissement avec un traitement dont vous connaissez très bien la quotité (10,000 fr.), qu'à toutes ces lettres et à ces offres je répondis par des refus très motivés, et qui sont bien en opposition avec les sentiments de cupidité que l'on m'a prêtés auprès de vous.
H est encore indispensable que vous sachiez. M. le Marquis, que ce sont mes refus qui ont fait rompre tous ces arran-