XXVII. SUR L'OUVERTURE DE L'ÉCOLE, ARTICLE DU JOURS AL DE PARIS
Le public apprendra sûrement avec intérêt que l'École de chant établie par arrêt du Conseil d'Etat du Roi du 3 janvier 17M a fait son ouverture le 1" avril dernier. Cet établissement était désiré depuis longtemps. On doit tout en présumer pour l'avantage de l'art, vu le choix que le Ministre a fait des plus habiles maîtres en différents genres. Comme ils se sont empressés de donner dans cette occasion des preuves du plus grand zèle, en faisant le sacrifice d'un temps qui leur est précieux, on ne peut leur en savoir trop de gré et nous croyons devoir consigner ici leur nom. M. Gossec a été nommé directeur de cette école et c'est à lui que l'on s'adresse pour y être admis; Piccini, Langlé, Guichard, maîtres pour la perfection et le goût du chant; Rigel, Saint-Amans et Méon, pour le solfège; Gobert et Rodolphe pour le clavecin et la composition; Mole et Pillot pour la déclamation et le jeu du théâtre; Guénin et Nochez, pour le violon et la basse; Rosset, pour la langue française et l'histoire; Donadieu , maître d'armes; Deshayes , maître de danse.
Ces différents artistes ont cru devoir dans ces premiers moments donner plus particulièrement leurs soins à plusieurs sujets de l'Académie royale de musique qui s'empressent de venir profiter de leurs leçons; au moyen de quoi le public pourra jouir avec plus de promptitude des avantages de cet utile établissement. Dans le nombre des jeunes sujets admis à cette école, il en est plusieurs qui donnent beaucoup d'espérances et à qui il ne manquait que l'occasion de cultiver d'heureuses dispositions. Leur application et le zèle de si habiles maîtres doivent nécessairement les développer.
[Journal de Paris, du 19 mai 1786, p. 61 3.] XXVIII. ANNONCE DE L'OUVERTURE DE L'ÉCOLE, DANS LES MEMOIRES SECRETS.
L'Ecole du chant établie par arrêt du Conseil d'Etat du Roi du 3 janvier 1784 a fait son ouverture le ier avril dernier.
Mr Cossec a été nommé Directeur de cette École, et c'est à lui que l'on s'adresse pour y être admis; MM" Piccini. Langlès et Guichard, maîtres pour la perfection et le goût du chant; MM" Rigel, S'-Amand et Méon pour le solfège; MM. Cobert et Rodolphe pour le clavessin et la composition ; MM. Mole et Pillot pour la déclamation et le jeu de théâtre; MM. Guénin et Rocher, pour le violon et la basse; M* Rosset pour la langue française et l'histoire; M' Donadieu. maître d'armes et M' Deshayes, maître à danser.
[Mémoires secrets pour sei-vir à l'histoire des lettres en France, lome XXVI, 93 mai 178s.]
XXIX. NOTICE SLR L'ORGANISATION DE L'ÉCOLE, CONTENI E DANS LES SPECTACLES DE PARIS.
Ecole royale de chant et de déclamation établie à Paris le 1" avril ij8û, rue Poissonnière , hôtel des Menus Plaisirs du Pioi.
On désiroit depuis nombre d'années rétablissement d'une Ecole de chant et de déclamation pour former des sujets pour l'Opéra. Cet établissement a été enfin sollicité auprès du Roi par M. le baron de Breteuil, qui ne cesse de s'occuper de ce qui tient au bien et au lustre du gouvernement.
M. de la Ferté, commissaire général de la maison du Roi. également zélé pour tout ce qui intéresse les arts, a donné les soins les plus marqués à ce qui doit assurer le succès de cette école. H veut bien assister à l'examen qui se fait tous
les t rois mois, des dispositions el tlos progrès (les élèves, à la suile duquel il lui en esl présente un état signé de tous les maîtres, pour être mis sous les yeux du Ministre. Le succès de cette Ecole étant principalement fondé suc les talens, les connaissances et le zèle soutenu des maîtres, M. le baron de Breteuil, sur les représentations qui lui ont été laites par M. île la Perte, n'a rien négligé pour \ appeler des artistes honnêtes et distingués dans les genres différents qu'ils y doivent professer. (Suivent les noms, attributions et demeures des professeurs.)
On admet à cette école des jeunes gens des deux sexes, toutefois qu'ils se présentent avec une belle voix, d'heureuses dispositions pour le théâtre et qu'Us tiennent à d'honnêtes gens qui répondent de leur conduite et de leur assiduité. L'ordre le plus sévère règue à cette Ecole, tant du côté du devoir, que de celui de l'honnêteté et de la décence, et il n'est aucune grâce que puisse espérer un sujet pour peu qu'il s'écarte de l'un de ces points. Cette École est située rue Poisonnière et fait partie de l'hôtel des Menus Plaisirs du roi; elle tieut, excepté les dimanches et fêtes, tous les jours de la semaine; le matin depuis 8 heures jusqu'à une heure, l'après-diuer de 3 à 5 heures. Les sujets ne peuvent être reçus qu'après avoir été présentés à M. Gossec et entendus par tous les maîtres de chant et de musique.
\ Spectacles île Paris, 1785 et suiv.]
XXX. PROJET DK FORMATION D'UNE ÉCOLE DE HUSIQUE (EXTRAIT Dl \ MÉMOIRE IMPRIME EH l"8i).
I. École de Musique doit être sous la protection immédiate du Moi, mais aux frais des riches amateurs de l'art, et non à ceux du gouvernement. Elle doit être dans une indépendance absolue de tout spectacle; car elle doit servir à créer l'art du chant en France, avant de songer à former des acteurs pour l'Opéra.
Les élèves doivent y être nombreux, car ce n'est que dans un grand nombre qu'on peut espérer de trouver quelques sujets vraiment capables de se distinguer. Le mémoire les porte à cent, dont trois quarts de garçons et le reste de filles.
Il faut qu'ils soient entretenus de tout au conservatoire . et suivre en ce point la forme de ceux d'Italie que nous avons rapportée plus haut, tant pour làge de l'admission (pie pour la forme des études. Les garçons et les filles doivent être dans deux bâtiments séparés, et il faut veiller sur leurs mœurs avec la sévérité la plus rigoureuse. Sans les mœurs, la jeunesse ne sauroit acquérir de véritable talent.
Les études qui leur conviennent sont : i° L'art de lire, c'est-à-dire d'accentuer leur lecture pour servir de préliminaire à l'art de déclamer, a" D'écrire lisiblement et de copier la musique. 3° La danse, ou plutôt l'art de marcher et de se présenter avec grâce. h° De lire la musique et de s'accompagner au clavecin. 5° Les éléments de la composition, étude ipie les élèves pousseront plus loin, si on leur trouve des dispositions. 6° Les instruments d'orchestre. Le goût des disciples et la sagacité des maîtres détermineront celui des instruments qui conviendra le mieux à chacun d'eux. On ne peut s'occuper de l'art du chant, proprement dit. qu'après l'âge de la mue. quand la beauté de leur organe, jointe aux autres qualités nécessaires, permettra de les destiner au théâtre.
On ne peut pas espérer que cent élèves soient tous propres au théâtre, et quand cela serait possible on en serait fort embarrassé. Nous n'avons pas assez de théâtres fixes en France, pour les regarder comme une ressource, et il faut cependant s'occuper du sort de ceux qui ne pourront pas y être destinés, et qui, ayant passé leur jeunesse sa conservatoire, ne sont plus capables d'embrasser 1111 autre état. Les garçons deviendront des musiciens d'orchestre, et les filles graveront de la musique.
Cette dernière idée en amène une autre. Le conservatoire, par ses propres ressources, peut élever un commerce de musique très considérable, et tel même qu'il envahirait bientôt celui de toute la France. H en résulterait un avantage double, savoir que ce commerce, très lucratif quand il est fait en grand et bien entendu, pourrait suffire au soutien du conservatoire et faciliter son extension , et qu'en même temps il offrirait un état honnête et agréable aux sujets qui ne pourraient convenir aux théâtres.
Chaque élève, pour être admis à l'École de musique, serait présenté par un protecteur qui paierait une somme annuelle pour lui. Mais comme cette ressource serait fort incertaine, si on ne l'attendait que de la bienfaisance, il faudrait y joindre un motif plus intéressé. On établirait donc dans cette école un spectacle musical, exécuté par les seuls élèves, tant pour la partie vocale, que pour celle des instruments. Ils y feraient des exercices trois fois la semaine, sons les \eux de leurs
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protecteurs , intéressés k leur avancement. Assurément, si faible que put être ce spectacle, il vaudrait bien ceux des boulevards, où Ton se porte en foule, et il aurait de plus un grand attrait d'amour-propre pour ceux qui l'auraient fondé.
Quant aux ouvrages qu'on y représenterait, le mémoire que nous extrayons propose une idée qui nous paraît avantageuse, et que nous allons citer :
«On se plaint tous les jouis de la manière dont les ouvrages présentés à nos théâtres sont jugés; on convient qu'une Tsimple lecture est un moven bien insuffisant pour apprécier une pièce dont le mérite consiste souvent dans le mouvement *et les situations. C'est bien pis pour les pièces en musique : il faut absolument les entendre. Eh! comment les juger <rà une répétition qui, malgré les peines, les soins, l'argent qu'elle coûte, est toujours mal faite? Le conservatoire offre rrun remède à ces inconvénient qui jusqu'ici n'en avaient pas para susceptibles. On apportera au maître la partition d'un t opéra sérieux ou comique. S'il en juge la musique assez correcte pour être entendue, les élèves eu copieront eux-mêmes «•les rôles et les parties d'orchestre. Ils les apprendront par cœur, et les répéteront entre eux, sous les yeux de l'auteur et ifdu maître, jusqu'à ce qu'il y ait assez d'ensemble pour en donner une juste idée. Alors ils eu feront une répétition réelle <r devant les intéressés, c'est-à-dire les acteurs du théâtre auquel l'ouvrage est destiné, et les protecteurs de l'école qui tren seront les véritables juges. Cette représentation, faite avec tout l'appareil nécessaire , par des jeunes gens d'un talent <r faible encore, à la vérité, mais exercé avec justesse et avec goût, doit faire juger avec certitude du mérite des paroles, -de la musique , et de l'action théâtrale. Si l'ouvrage , ainsi exécuté , parait trop faible pour un grand spertacle, il restera -rau conservatoire, en dédommagement de ses frais. Si, au contraire, ce spectacle l'accepte, il paiera au conservatoire une ircertaine somme , pour les dépenses de copie et de représentation; ainsi, outre les avantages que nos théâtres en tireront, rrcette école servira encore à former de jeunes auteurs, et à leur faire entendre l'effet de leurs ouvrages, eu leur épargnant . (f ainsi qu'aux acteurs, le désagrément des chutes publiques, et les dégoûts des répétitions.*
Tels sont les ouvrages qui formeraient le répertoire de l'école. Mais ce ne seraient, dira-l-on, que de mauvaises pièces, puisqu'on n'aura que le rebut des autres théâtres. On n'a de même aux Variétés et aux autres petits spectacles que le rebut des antres théâtres, et cependant on s'en contente; on y voit même quelques ouvrages estimés. Ceux qui resteront au conservatoire seront faibles, sans doute, mais ils seront proportionnés à la force des élèves, k qui l'on ne demandera pas d'aussi grands talens qu'à des acteurs formés.
Nous avons dit que les représentations se feraient devant les protecteurs de l'école. C'est à eux, selon le projet, qu'appartiendraient les loges. Chacun d'eux aurait la jouissance d'une loge de quatre places, du moment où leur protégé serait admis. Le parquet serait occupé par des abonnés qui n'auraient aucun autre droit , et qui, en conséquence, paieraient annuellement un prix beaucoup moindre.
A la fondation du conservatoire, il serait essentiel de joindre celle d'une académie. La musique est le seul art en France qui n'en ait point, tandis qu'un trouve des associations musicales dans tous les autres pays. On n'objectera pas sans doute notre Académie royale de musique : on sait que c'est abusivement que le spectacle de l'opéra porte ce titre , dont voici l'origine , etc.
[Encyclopédie méthodique, t. 1, p. 3oC. Extrait d'un Mémoire sur le projet d'un Conservatoire , a a p.; projet présenté en 1776' à MM. des Menus-Plaisirs et depuis M. de Coroartin, etc.]