XLIV. NOTICE DE FRAMERY SUR L'ECOLE ROYALE; CRITIQUES
L'Ecole royale pour le Citant et la Déclamation a été établie au mois d'avrd 178^1. Elle est composée d'un directeur, de quatre maîtres de cbant, trois maîtres de solfège, un maître pour la déclamation parlée, deux maîtres pour la déclama-
tion chantée, un pour la composition, detix pour le clavecin, un pour le \iolon, un pour la basse, un pour les armes, un pour la danse, un pour la langue françoisc, l'histoire, la géographie, etc.; en outre, plusieurs jeunes gens qu'on appelle maîtres de supplément. Il n'y en a point pour la flûte, le haut-bois, le basson, le cor, la clarinette, etc. Quoique ces instruments soient fort employés dans les orchestres, et qu'il y en ait très-peu à Paris. La plupart de nos joueurs d'instruments à vent nous viennent d'Allemagne.
Cette foule de maîtres n'a pourtant à former qu'une trentaine d'élèves, et encore arrive-t-il que , faute d'un ordre bien établi dans la distribution des études, ou parce que l'attention des maîtres se porte naturellement sur ceux qui sont le plus avancés, les autres demeurent quelquefois dans l'oubli et vont pi usieurs jours de suite, matin et soir, à l'école, sans pouvoir v trouver une leçon. Mais ce qu'il y a de plus dangereux, c'est la différence qui se trouve nécessairement dans la manière de donner des leçons , quelque unanimité qu'on veuille supposer aux maîtres dans leurs principes. Cette différence ne sert qu'à brouiller les idées des élèves et à retarder leurs progrès.
C'est un des grands inconvéniens de cette fondation de ne pas y loger les élèves, et suivre leur instruction depuis le matin jusqu'au soir. Avec une jeunesse naturellement dissipée, ces perpétuelles allées et venues suffisent pour détruire l'effet des meilleures leçons. Pour les dédommager de l'entretien . on a imaginé de leur donner des appointemens, pavés en partie par l'école, en partie par l'administration de l'Opéra, auquel la plupart de ces sujets sont destinés; mais il est presque impossible d'éviter que ces appointemens ne soient proportionnés plutôt à la protection dont jouissent les jeunes gens qu'à leurs véritables besoins, ou à leurs véritables talens.
Dès le moment qu'ils sont appointés par l'Opéra, ils y ont leurs entrées: ils viennent par conséquent s'y voner à l'imitation avant d'être assez forts par eux-mêmes pour savoir s'en défendre. Us y prennent particulièrement les défauts de nos chanteurs, car c'est toujours ce qu'on saisit le plus facilement. Eh ! comment . en effet . éviteroient-ils d'imiter des défauts qui n'empêchent pas les applaudissements, qui même quelquefois les excitent et finissent par être consacrai? Ainsi, loin de régénérer l'art du chant en France, comme il étoit à désirer, cet établissement ne sert qu'à perpétuer lès vices de l'école françoise.
Ils étudient: mais comme on veut qu'ils entrent à l'Opéra le plutôt possible, ils n'étudient que des rôles d'opéra déjà au théâtre, et puisque ces rôles doivent leur appartenir, il faut bien qu'ils le< chantent comme on les a toujours chantés. Ou sent combien cette méthode, qui ne permet aux élèves aucune idée propre, s'oppose au perfectionnement de l'art.
Us n'ont point d'exercices publics; ainsi leurs maîtres sont les seuls juges de leurs progrès. De là. peu d'émulation. Le seul but des élèves est de savoir bien vite quelques rôles, pour être en état de débuter au premier besoin.
Cette fondation est aux frais du gouvernement, ce qui n'est pas juste, car les revenus du gouvernement sont le résultat de la contribution de tous les ordres de citoyens, et tous les ordres de citoyens ne s'intéressent pas également à la conservation de l'art musical. Il en résulte d'ailleurs que les fonds de l'établissement sont bornés et ne lui permettent pas une extension dont il auroit quelquefois besoin.
Tels sont les vices principaux d'une institution formée dans des vues excellentes, et ce n'est pas la faute des chefs si
l'effet ne répond pas à leurs bonnes intentions. Nous allons exposer quelques idées sur les améliorations dont nous la
croyons susceptible. Elles sont tirées d'un mémoire qui fut publié en 178/i . lors de sa création
(Voir pièce xxx, p. 17.)
[Framebv, Encyclopédie méthodique , 1788-1791, t. I, p. 3o6.]
XL\ . NOTES DES PROFESSEURS SUR LVAPTITUDE, LE TRAVAIL ET LES PROGRES DE DIFFERENTS ASPIRANTS ET ELEVES
Du a g avril i-j8à. — Le S' Mozin s'est fait entendre; il se dit âgé de i3 ans; il était cy-devaut de l'Ecole de M. Méon; il est très bon musicien, chantant toute la musique à livre ouvert, il est même en état de très bien l'enseigner, il est en outre d'une assez grande force au clavecin, lisant aussi toute la musique à la première vue sur cet instrument, il pourra seconder les maîtres tant de solfège que de clavecin , il a une teinture de la composition et joue un peu du violon , il devient très utile aux Maîtres de déclamation pour accompagner l'élève dans cette partie.
Guichard, Gossec, etc.
Du 1 3 juillet i-j8à. — M. Catel, âgé de la ans, passablement musicien, jolie voix; présenté par M. Sacchini.
Du a5 novembre iy8à. — M. Lefèvre, âgé de 22 ans, dragon au régiment de Ségnr, ayant montré une fort jolie voix de haute-contre a été reçu à l'école; il savait un peu de musique et chaulait assez agréablement sans avoir reçu de principes de chant; en conséquence on lui a acheté son congé. Il a été placé sur-le-champ dans les chœurs de l'Opéra.
Du 2 aoust ij8ô. — MUe Saint-Charles, présentée par M. Grétry, a été entendue à l'Ecole Royale de chant; elle se dit âgée de 18 ans. Elle est très bien de figure et montre de l'intelligence, du goùl et de la sensibilité dans son chant: mais il est bien fâcheux qu'avec ces qualités sa voix soit vouée et trop faible pour le grand théâtre et qu'indépendamment décela, elle ait deux défiants portés à l'excès dans la prononciation, l'un est de blézer et l'autre est de grasséier excessivement ; ces défiants provenant de la conformation de sa bouche, il est à craindre qu'on ne puisse les corriger, celte demoiselle n'ayant que six mois d'études de musique est fort peu avancée. Les avis ayant été recueillis à son sujet, ils ont été partagez pour son admission aux exercices de l'Ecole pendant trois mois. Les ordres des supérieurs régleront la conduite des professeurs à cet égard. Depuis admise à l'essai; ensuite réformée.
Du 26 septembre ij8ô. — M"c Clozet de Saint-Hyer, Agée de 21 ans, a la voix très belle, mais n'a aucune teinture de musique. Elle est reçue à l'Opéra; elle est d'une taille trop puissante pour laisser espérer qu'elle puisse jamais paroitre sur la scène. Envoyée à l'Ecole par M. d'Auvergne et toute l'administration de l'Opéra, et recommandée par beaucoup de inonde, entre autres par M. Campan. Elle est fille d'un capitaine de cavalerie. Admise à l'essai en raison de ses recommandations.
Du 20 novembre ij85. — M"' Rolandeau, âgée de 11 ans, a la voix fort jolie, elle annonce beaucoup d'intelligence, elle a fait de grands progrès depuis six mois qu'elle est à l'Ecole. (Cette demoiselle est fille de feu Rolandeau, chevalier de Saint-Louis, commandant-major de la ville de Charlemont en Ardenne, ayant servi 32 ans en qualité d'ofiicier au régiment de la Tour du Pin.)
Du 20 novembre ijSÔ. — M. Le Brun, âgé de 19 ans, mérite beaucoup d'attention; d a une charmante voir de ténor, qui n'a pas encore acquis tout son développement; il annonce beaucoup de grâce, de goût et de sensibilité dans son chant, il est très bien défigure, excellent musicien, il a même du talent pour la composition. On ose enfin assurer, si sa conduite seconde ses dispositions , qu'd deviendra en très peu de temps un sujet d'autant plus précieux qu'il pourra chanter des rôles de haute-contre, indépendamment de ceux de i'employ du sieur Laïs. On observe qu'il seroit instant de lui accorder dans le moment des appointements à l'Opéra, faute de quoi on l'échapera et ce seroit vraiment une grande perle dont la province s'enrichiroil.
Du 1 a janvier ij8j. — Note pour le S' Philippe, recommandé par Mmc la Comtesse de Matignon : Le Sr Philippe, âgé de 26 ans et demi, voix de basse-taille, point du tout de musique, mauvaise prononciation. Le physique en général fort mal, ou a pensé qu'en raison de son âge, ayant plus de deftauls que de bonnes qualités, il étoit inadmissible et que ce seroit servir favorablement le Sr Philippe que de l'engager à continuer son état de menuisier.
Cette note a été remise à Mmc la Comtesse de Matignon qui n'a plus insisté à ce que l'on garda le S' Philippe.
[Note autogr. d<; Gosscc]
Du 5 juillet / 7S7. — Mllc Charlote- Renée de Mazière, âgée de dix ans, fille de M. de Mazière, mousquetaire du Roy de la seconde compagnie, capitaine de cavallerie, chevalier de Saint-Louis, et nièce de M. de Mazière, fermier général, et enfin petite-fille de M. de Mazière, brigadier des armées du Rov, se trouvant réduite à la nécessité de recourir à des talens pour subsister, nous a été présentée par Madame sa mère qui , elle-même , est obligée de faire usage du travail de l'éguille pour pourvoir à ses premiers besoins et élever son enfant. M"e de Mazière, que ses malheurs autant que ses qualités rendent intéressante, a été admise à l'essai à l'École de chant. La voix parait vouloir se développer chez elle; elle
touche un peu du clavecin et a déjà un commencement de musique, avec une ligure distinguée. Nous osons espérer que
les supérieurs ne nous blâmeront pas d'avoir cédé non seulement à l'instante recommandation de M"" de Fourqueulx,
mais encore à tout l'intérêt que cette jeune demoiselle nous a inspiré, et qu'elle doit inspirer à tout le monde.
Ont signé : Guichard, Piccinni, Langlé, Méon. (iossoc.
[Noie nutogr. de Gossec]
Du i 'i juillet ij8j. — M"' La Tour, âgée de i5 ans et demi, après avoir été entendue par M" les Directeurs el les Maîtres de l'Opéra en leur assemblée, reçue ensuite aux apointemens de l'Académie Royale de Musique, est venue le l 'i juillet 1787 se faire entendre à l'Ecole Royale de Chant où elle fut envoiée et recommandée par l'administration de l'Opéra. L'opinion de M" les professeurs de l'Ecole est absolument conforme à celle de M" les Chefs de l'Académie sur la voix de M"1' La Tour: elle est forte, timbrée, ayant la qualité et l'étendue qu'il faut pour le grand genre auquel elle est destinée. Si l'on a trouvé quelques deffauts dans la voix de M1Ic La Tour, on a senti qu'elle ne les avoit pas reçus de la nature, mais qu'ils provenaient de la mauvaise méthode par laquelle elle fut dirigée et par la manière dont on lui a fut pousser des cris au lieu de donner des sons; on voit avec satisfaction que ces deffauts ne sont pas si essenciels qu'ils ne puissent, avec une bonne méthode, disparaître en peu de teins. La voix de M"e La Tour une fois réglée par le travail et à force de filer des sons, on ne doit pas douter de voir allors en cette demoiselle un sujet du plus grand espoir, et qu'elle n'arrive bientôt au but où on l'attend; elle est fort bien du côté du physique et lit déjà passablement la musique. 11 s'agit maintenant de savoir si la nature a doué M"1' La Tour de la portion nécessaire d'intelligence pour l'état qu'elle embrasse, et si elle aura de l'aptitude au travail.
Guichard, Langlé, Mkon. Rigel. Picciwi, De La Slze, Rochez, Rodolphe, Gobert, Pillot, Gossec.
[Note autographe de Gossec sur le registre, p. 1/19, et expédition par le même sur feuille tellière; Arcli. du Cons. |
Juillet ij8j. — Dessaules, vu son inexactitude à suivre l'Ecole où il n'a paru qu'environ deux fois depuis un mois. les professeurs ont délibéré de le réformer comme étant d'un exemple dangereux pour les autres sujets de l'Ecole en activité à l'Opéra.
Octobre f/8j. Sujets en activité à l'Opéra et ceux qui vont paraître. — On ne fera point ici mention des progrès de ces sujets, les uns sont jugés, et les autres vont l'être par le public. Ceux qui vont paraître sont M"" Lilette, Saint- Amans el Mante; ceux qui ont paru sont M"c Mulot, les sr> Adrien, Lefèvre et Lebrun, leur succès est le garant de leur progrès. Quant au s' Dessaules, il n'en sera plus mention, sa carrière est finie à l'Académie et à l'École sa conduite et son âge l'ont ainsi voulu.
Octobre 1787. — MUe Parisot, âgée de 12 ans et demi, est un prodige pour son âge, la légèreté la plus étonnante, musicienne, docile, modeste et appliquée ; cet enfant est assurément des plus intéressantes, avec cela une figure charmante, sujet excellent pour la Comédie italienne.
Du 6 novembre ij8j. — Le sr Le Bœuf, âgé de 12 ans, s'est présenté à l'Ecole de la part de M. de la Ferté pour apprendre à jouer du violon ; on a remarqué que cet enfant est extrêmement délicat et que la nature lui a refusé les moïens de parvenir à jouer de ce pénible instrument d'une manière à gagner sa vie avantageusement , ce serait donc du tems perdu que d'entreprendre son instruction dans cette partie. Au reste les professeurs se conformeront aux ordres qu'il plaira à M. de la Ferté de leur donner à l'égard de cet enfant.
Nota. — Des ordres nouveaux ont été donnés pour son admission. Admis.
Examen de la classe de langue française , de géographie, de mythologie et d'histoire. 12 juillet ij88. — En général tous les grands (demoiselles et garçons) négligent singulièrement cette classe, et semblent même la fuir; est-ce paresse
ou deffaut de ne savoir apprécier les genres de science que l'on y enseigne, el qui sont si nécessaires à leur état? Kst-ce la honte d'être regardé pour des enfants qui vont apprendre à lire à l'École, cela seroit assé vraisemblable car il y a dans celte classe des enfants de 10 ans qui en apprendraient à beaucoup de leurs camarades âgés de 18, 19, -20 et 24 ans, iilles et garçons, et qui resteront toute la vie dans une ignorance crasse avec beaucoup de présomption fondée sur un faible don (la voix) qu'ils ont reçu de la nature, et qui, pour tout le reste, ne sont que des brutes. (Note autographe de Gossec.)
Du i3 octobre ij88. — M11' Sophie Germain (La Chanterie), reçue depuis 3 mois à l'Opéra et confiée ensuite aux soins des professeurs de l'Ecole ne fait point les progrès désirés, par défiant de zèle el d'exactitude. Sa voix est assé jolie, mais elle n'est point égale, le médium surtout en est faible. On craint beaucoup que trop de dissipation et ses nombreux alentours ne la mettent dans l'impossibilité de remplir jamais le service que l'Académie pouroit attendre d'elle. Son physique qui, au premier aspect parait agréable, n'aurait peut-être pas le même avantage au théâtre.
M"1 Villers, âgée de 16 ans et demi, reçue à l'Opéra à Pâques dernier et envoiée ensuite à l'École, n'y a paru de bon compte que 20 à 20 fois depuis son admission, encore arrivoit-elle à midi ; elle ne fait en conséquence aucun progrès. Cette demoiselle semble avoir sacrifié ses devoirs au penchant de l'amour, elle vient enfin de se marier avec un sujet des chœurs de l'Opéra et suivant les rapports elle est maintenant enceinte; on peut juger de ce que l'on doit attendre d'un tel sujet. (Autogr. de Gossec.)
Du a5 janvier fj8g. — M"1 Rolandeau, âgée de i5 ans, a la voix toujours jolie (voix d'ariettes) ; elle chante avec beaucoup d'aisance et de légèreté ; le peu d'empressement qu'elle met à suivre divers exercices et à s'instruire sur divers objets, avec cela son inclination à courir les concerts et à jouer la comédie sur des théâtres particuliers, pouroit lui faire soupçonner une conduite un peu dissipée, au reste on mettra tout en usage pour s'instruire de la vente à cet égard.
Du 3o mars 1 j8y. — Le s Carbonel père retire son fils de l'Kcole pour lui donner le lems de faire des écoliers et écolières de clavecin dans Paris, ne pouvant, dit-il, subvenir aux frais de l'entretien de son fils. Les professeurs pensent que celle démarche est un peu légère et trop précipitée de la part du s' Carbonel père, attendu que l'éducation de son fils, quoique très bon musicien el bon claveciniste, n'est pas entièrement achevée, que d'ailleurs il étoit devenu nécessaire à l'accompagnement du clavecin à la classe de déclamation et que dans le moment il n'en est point qui puisse le remplacer, que cette retraite enfin va occasionner quelque emban-as. H est peut-être dangereux même de laisser aux païens des élèves la liberté de retirer ainsi leurs enfans de l'Kcole où ils ont commencé et achevé leurs talens. Il est donc tout naturel, et suivant les statuts de l'Ecole, que l'on voie si les élèves formés ne peuvent être utiles au Roy qui les a fait élever, avant de consentir à les rendre à leur liberté. Les professeurs de l'École attendent à cet égard les ordres des supérieurs.
P.-S. Il a été enjoint au sr Carbonel de continuer ses exercices trois fois par semaine, mardi, jeudi et samedi, au théâtre de l'Ecole, jusqu'à ce qu'il plaise aux supérieurs le rendre, et jusqu'à ce qu'il y ait un autre élève en état de le remplacer à l'accompagnement. (Autogr. de Gossec.)
Du 3o mars f]8(j. — M"' La Haye a toujours une voix charmante, le physique très bien, malgré cela elle donne très peu d'espoir de devenir un sujet utile; elle n'est point du tout musicienne et ne la sera jamais ; il s'agirait donc de lui siffler des rôles par routine, encore faudroit-il pour parvenir à les lui apprendre, qu'elle eut un maître qui ne fit autre chose toute la journée, vu qu'elle a la conception très difficile, et qu'elle n'a point le tacte musical; elle est aux apointemens de l'Opéra. (Autogr. de Gossec.)
Du 3 mai fjSg. — M"c Bellet ayant été demandée au spectacle des Baujolois a obtenu des professeurs et directeurs assemblés d'y entrer après ses sollicitations réitérées. Pour cet effet, on l'a réformée de l'Ecole et suprimé ses
apointemens et biffé son engagement. Il a été délibéré que, dans le cas où ses services aux Baujolois ne seroieol plus utiles, elle ne pouroit plus prétendre a rentrer à l'École. (Autogr. de Gossec.)
Du 6 juillet tj8tf. — M"0 Byard qui jadis se distinguoit comme lecture de musique, cesse de faire des progrès dans cette partie depuis qu'on l'a mise au chant et à la déclamation; ou est fâché de la voir se négliger sur une partie si essentielle, parce qu'on a bien voulu, pour l'encourager, l'admettre à deux classes plus distinguées, et qui ne sont ordinairement que la récompanse des élèves qui se sont rendus musiciens. (Autogr. de Gossec. )
[Examens et réceptions; Arch. du Conservatoire, j
Notes particulières concernant quelques sujets de l'Ecole Royale de chant. Avril 1786. — M"" Mu Ilot. De Lillette et Rochetin. Ces trois demoiselles montrent les plus heureuses dispositions, et ne laissent aucun doute sur les services prochains qu'en doit espérer l'Académie nationale de musique. Mais une belle voix a besoin de bonne nourriture; un peu d'aisance souteint le courage, et la misère l'amollit ; c'est ici le cas de faire cette observation : M"" Midlot, Ldlette et Rochetin , toutes les trois , on ne peut pas plus mal partagées de la fortune , et ayant à peine de quoi fournir à leurs premiers besoins, sollicitent les bontés de M. de la Ferté pour obtenir une augmentation à l'Opéra. D'après les qualités . les dispositions et les progrès qu'elles ont montrés, ce sacrifice pourroit-U paroitre à charge à l'administration, lorsqu'elle paye très chers des sujets de nulle espérance, et qui ne paroissent pas six fois dans l'année; lorsque d'autres sujets appelés à grands frais de la province où ils ont joué toute leur vie l'opéra-comique , qui. n'ayant point acquis le talent de la grande scène de l'Opéra ne peuvent, vu leur âge, promettre dans cette partie un service distingué. Ou est sur au moins que ceux dont il est question, étant exercés dans la Capitale sur de bons principes, sur les vrais principes de la scène lyrique , n'ayant point allié le genre de l'opéra comique avec celui de la grande scène , ils ne montreront point un genre mixte et abbatardi , d'ailleurs ils ont encore pour eux l'avantage de la jeunesse.
M. Le Brun. Ce jeune sujet âgé de 30 ans, fort jolie voix de ténor, excellent musicien, fort bien de figure, peut devenir en peu de tems un sujet très interressaut pour l'opéra, et avec d'autant plus de raison que la disette de hautecontre se fait sentir plus que jamais , qu'en conséquence on va être forcé de leur substituer souvent des ténors. Que d'ailleurs le petit nombre de haute-contre qu'il y a à l'Opéra ne peut encore longtems résister à la quantité d'ouvrages nouveaux et anciens qui se succèdent sans relâche sur la scène, joint au service de la Cour beaucoup plus pénible qu'il ne l"étoit précédemment ; qu'en outre il a toujours manqué à l'Opéra un intermédiaire entre la basse-taille et la hautecontre, pour des rôles de demi caractère, des rafles secondaires, tels que celui d'Anténor dans Dardanus , et celui du Roy dans Chymène, etc.. Rôles de Tiran amoureux, de rival, d'amant haute-contre, de confident, d'amant déjà sur l'Age , etc. Vodà sans doute bien des causes pour déterminer l'administration à faire acquisition de ténors. On observe que le sr Le Brun n'ayant ni état ni revenu ne pourra continuer de suivre l'École, et sera forcé de chercher une place en province si les supérieurs n'ont pas la bonté de le fixer à l'Opéra comme les s" Dessaules, Adrien et Schouk . Quoiqu'il ne prétende point aux mêmes appointements, le sr Le Brun est laborieux, docile et exact; de plus sa voix pourra se prêter à beaucoup de rôles de haute-contre.
Les s" Mozin et Rigel fils. Ces deux sujets, emploies comme sous-maîtres, méritent aussi quelqu'attention par leur zèle et leur assiduité ; ils ne manquent pas un jour de l'année à se rendre à l'École , leur travail est de la plus grande utilité pour nos jeunes enfants à qui ils développent les commencemens de la musique, fout répéter les chœurs, les rôles même, accompagnant du clavecin au théâtre, à la classe des maîtres du chant et de la déclamation, surtout le sr Mozin qui , dans cette partie , a beaucoup de talent et d'intelligence. Ils vont être aussi chargés de seconder le sr Gobert pour les leçons de clavecin, attendu que ce dernier ne peut suffire au nombre qui s'accroît chaque jour. Cet accroissement vient en raison des progrès que font les élèves dans le chant ; ce qu'il est essentiel qu'un chanteur ou cantatrice sache s'accompagner dn clavecin. Il y a d'ailleurs à l'École quantité de jeunes élèves qui ont un commence ment de clavecin qu'il faut cultiver, cela les rend musiciens, les organise et leur donne l'avantage de parcourir des partitions, de s'exercer eux-mêmes, et de faire enfin des progrès infiniment plus rapides.
On pense que le sr Mozin aux appointements de 600 tt pourroit être porté à 8oott et le sr Rigel de /»oott à 600**
Les sujets qui auront été exercés à l'École et auxquels on n'aura pas avec le lenis découvert les dispositions requises pour devenir acteurs, ayant néanmoins de la voix, et s'étant rendus musiciens jusqu'à un certain point, ne pourroient-ils pas prétendre à des places dans les chœurs de l'Opéra ? Il semble que cette préférence leur est due sur d'autres sujets inconnus, qui souvent y sont admis sans talens et sans voix, à la faveur d'une protection. Comme l'École est établie pour fournir des sujets à l'Opéra, on ne peut trouver aucune injustice dans cette proposition, pourvu toutefois que les dits sujets ayent pour cet effet les qualités convenables.
M"c Glachant, recommandable par beaucoup de qualités, âgée de 173ns. Sage, modeste, docile, pleine d'ardeur, pénétrée de tendresse pour sa mère qu'une maladie incurable tient au lit depuis près de trois ans, et qui l'a réduite à la plus affreuse misère. Celte demoiselle enfin ne soupire qu'après les moyens de venir au secours de cette mère infortunée. Une place dans les chœurs de l'Opéra la readroit heureuse ; l'intérêt qu'on ne peut s'empêcher de prendre à elle semble lui assurer le succès de ses vœux; elle a de la voix, va fort bien dans la musique et promet un service irréprochable dans cette partie. Son physique ne peut guère lui permettre d'aller plus loin
[ Bibi. du Conservatoire, ms. 25i5i.]
XLVI. VOEU POUR LA SUPPRESSION DES ECOLES, EXTRAIT DU CAHIER DES DOLEANCES , REMONTRANCES ET INSTRUCTIONS
DE L'ASSEMBLEE DE TOUS LES ORDINAIRES DES TIIÉÀTRES ROYAUX DE PARIS; 10 AVRIL I789.
1\. Enfin, nous croyons pouvoir exiger aussi la suppression de ces écoles connues sous le titre d' École dramatique , de musique, composition, danse, chant et déclamation. A quô*i bon tant d'écoles et tant d'instituteurs? Les Baron, les Dufresne, les Lecouvreur, les Dangeville, les Clairon, les Chassé, Lemaure, Cailleau, Dupré ont-ils été élevés à l'École et nous-mêmes ne sommes-nous pas des disciples de la nature et le public n'a-t-il pas été notre seul maître ? Pourquoi nos successeurs au théâtre recevraient-ils une autre éducation? Est-ce pour nous supplanter, pour faire oublier peut-être un jour nos talens, qu'on veut en former à si grands frais de nouveaux? C'est une prétention ridicule, que rien ne saurait excuser. Et qu'importe qu'un acteur possède l'histoire, la mythologie, la géographie , leçons préliminaires qu'on donne
dans ces écoles? Qu'importe au public qu'on y redresse les uns, qu'on y apprenne à marcher aux autres? Quel
peut donc être le but d'une pareille institution? sinon de nous forcer à être toujours en garde contre les tyrans qui peuvent nous détrôner, de redoubler de zèle, de nous livrer à des études approfondies, afin qu'un jeune écolier ne vienne dans un moment s'emparer de la place que nous occupons, ou du moins ne la partage avec nous?. . . . Nous insistons encore sur la réforme de pareilles écoles parce qu'elles n'ont que trop de ressemblance avec les conservatoires d'Italie et qu'il se pourrait bien, à cause du goût général qui se manifeste pour la musique ultramontaine. . . .
[Cahier de doléances, etc.; Bibi. nat. , Lb39 7083.] XLVI1. EXTRAIT DU PRECIS SUR L'OPERA ET SON ADMINISTRATION , PAR L'INTENDANT DE LA FERTE1.
Observations au sujet de l'Ecole royale de chant, de composition , de déclamation , de danse, d'histoire et de mythologie
relatives à l'art dramatique.
Le Roi désirant contribuer, le plus efficacement possible, au soutien de l'Académie royale de musique et donner à ce spectacle, unique en Europe, et si intéressant pour le public, tout le degré de perfection dont il peut être susceptible,
1 Précis sur l'Opéra et son administration et réponses à différentes Saint-Priest , avec l'autorisation de publication dutlil opuscule. Le objections, p. 87, ( in-4° typog. de ga p., s. d. ; anonyme). D'après une Précis fut imprimé en 178g, puisque la Chronique de Paris en fait note de Franeœur que nous avons vue aux archives de l'Opéra, l'au- une analyse dans son numéro du 18 octobre 178g; les exemplaires teur de cet opuscule serait de la Ferté; nous en trouvons l'assurance qui nous sont connus se trouvent aux Archives nationales dans le cardans un certificat relatif au Précis sur l'Opéra, signé de de la ton 0'63i, à la Bibliothèque de l'Opéra, vol. n° 6378, à la Biblio- Ferté à la date du i3 ortobre 178g, publié dans le Journal de Pans thèque nationale, Inv. Y/ i2ii. [C.P.] du ig (p. l345), lequel est suivi de l'approbation du comte de
Sa Majesté, persuadée que ses finances seraient plus que dédommmagécs, par le concours des étrangers dans la capitale, des avances qu'elle pourrait foire pour le soutien de l'Opéra, elle a établi en conséquence, par arrêt de son Conseil d'Etat du 3 janvier iy84, une Ecole de chant, de composition, de déclamation, de danse, d'histoire et de mythologie relatives à l'art dramatique; l'intention du Roi étant en même temps que ladite Ecole pût être utde pour former des musiciens pour le service de sa chambre et chapelle, ainsi que des sujets propres au Théâtre italien.
On ne peut se dissimuler que cette Ecole n'ait été. en eiïet, d'une grande utilité à l'Académie royale de musique, quoique n'étant pas absolument en laveur auprès de la plupart des sujets de celle Académie; et, malgré tous les moyens qu'ils ont tentés pour mettre en discrédit cette Ecole, et causer sa chute, soit en déprimant injustement les lalens de ses maîtres et ceux de leurs élèves, soit en se liguant tous pour décourager ces jeunes sujets leurs rivaux, et, par un esprit d'anarchie et de cabale, les repousser de la scène. Cette injustice est d'autant plus criante, que ces mêmes sujets de l'Opéra se rappellent sans doute qu'ils ont été jeunes, qu'ils ont été médiocres avant d'être bons, et que dans ce temps ils étoient heureux d'être accueillis par leurs camarades, d'être même soufferts ou quelquefois encouragés par le public, et de recevoir des conseils des maîtres qui vouloient bien leur en donner. Enfin, si maintefois, pour ne point fermer la porte, l'Opéra s'est trouvé dans la nécessité d'arracher à l'École des sujets à peine ébauchés. ou plutôt des enfans pour ainsi dire sortant du berceau, si, par celte raison, cette Ecole n'a pu remplir complètement ce qu'on en altendoit. c'est-à-dire offrir des talens faits, est-on fondé pour cela d'avancer qu'elle n'a point été utile, qu'elle n'a point rendu compte des services essentiels, qu'enfin elle a été nulle pour l'Opéra? Cela se dit cependant chez les sujets de 1 Académie. Mais ces assertions sont tellement absurdes et destituées de fondement, que, par une nécessité absolue, la scène de l'Opéra n'a été souvent remplie que par des sujets de l'Ecole; que chaque jour on en voit sur le théâtre deux, trois et quatre. A qui. ces jours-là, l'Académie doit-elle l'ouverture de son spectacle? Le public, plus juste, en rendra témoignage, et il a toujours encouragé ces jeunes sujets, en les honorant d'un accueil favorable.
L'Ecole royale de chant, depuis son établissement, a formé onze sujets: M'" Dozon aujourd'hui M",e Chéron, M"" Mulot, De Lillette, La Tour et Méon; MM. Dessaules, Adrien, Le Fèvre, Le Brun, Renaud et Dufresne. Deux autres sujets. M"" Rosine et Gasser, sont sur le point de paraître. Que veut-on de plus? Quatre jeunes princesses, une reine, bonne aussi pour les rôles à baguette, trois basses-tailles, deux haute-contre, un ténor chantant aussi les rôles de haute-contre. N'est-ce pas là une régénération complète? Que l'on juge maintenant, sans ce secours, où en serait l'Opéra avec des sujets, dont les uns ont quinze et seize ans de service, les autres dix. douze et quinze ans, avec des doubles non moins avancés dans le terme de leur service. 11 n'est pas jusqu'aux cantatrices de petits airs, confidentes, cantatrices dans les gloires, qui ne soient aux trois quarts de leur carrière.
Tout le regret des professeurs de l'Ecole, c'est d'avoir vu sans cesse leurs élèves ballolés, repoussés par les sujets de l'Opéra; c'est de s'être vus forcés de céder des sujets dont l'éducation n'était point faite. C'est cependant ce qui parlait en faveur de l'utilité de l'Ecole, en prouvant les besoins urgents de l'Opéra; la vanité et la gloire entrent toujours pour beaucoup dans le travail des artistes; ainsi il est naturel qu'ils aiment à perfectionner leurs ouvrages; leur* réputation même l'exige.
Cette école à l'avenir, et peut-être plus tôt qu'on ne pense, doit cependant devenir plus utile qu'on pense. Les premiers sujets actuels de l'Opéra courent à grands pas vers le terme de leur carrière; il faudra les remplacer.
Les acteurs, dans chaque genre, doivent être au moins triplés. Il en est même qu'il faut quintupler; telles sont les basses-tailles, et ce qu'il va d'étonnant, c'est que souvent, avec ce nombre, l'Opéra est encore menacé de fermer. D'un autre côté, si, comme tous les privilèges, ceux de l'Opéra sont abolis, d'où tirera-l-on des acteurs? Pourra-t-on, comme par le passé, envoyer des ordres supérieurs à ceux des spectacles de province ? ou, sur une simple demande, croit-on qu'ils se rendront à Paris, sachant que leur sort y serait beaucoup moindre que celui qu'ils ont en province? D'ailleurs, quel fruit a-t-on recueilli de la plupart de ces sujets, à qui l'on a fait perdre leur état en province, de ces sujets appelés à grands frais et sous des conditions onéreuses? Arrivés ils débutent et ils tombent1, on les renvoie. Leur chute à Paris les met en discrédit dans la province; ils n'y retrouvent plus le même sort, ils sont marchandés et deviennent
'Il faut certainement excepter de cette classe ta dernière débutante, M"° Rousselois. Cette actrice joint à la plus belle voix, une intelligence qui ne peut être égalée que la sensibilité touchante qu'elle met dans l'expression de ses rôles. Mais des sujets aussi distingués sont rares, et l'Académie doit employer tous les moyens possibles pour se les attacher.
CONSERVATOIRE. G
42 L'ÉCOLE ROYALE DE CHAi\T, 1789.
malheureux; ou si par humanité on les garde à Paris, on les met dans les rôles accessoires, avec un traitement qui est modique pour eux, en comparaison de celui qu'ils avaient en province, mais toujours trop fort pour l'Acade'mie, en raison du petit emploi qu'elle leur donne. C'est ainsi que l'Opéra se trouve grevé d'une multitude de sujets superflus. Des sujets des chœurs, un peu plus distingués que les autres, devraient remplir ces sortes de rôles; c'està-dire que tous les sujets employés dans les rôles accessoires devraient chanter dans les chœurs, sans qu'aucune considération en empêchât, mais avec un traitement eu conséquence, tel que cela se pratique à la Comédie italienne.
Enfin, le meilleur acteur de province, le plus souvent, est très médiocre à l'Opéra de Paris; la raison en est simple : hahitué au chant léger, sautillant et exempt de méthode, au jeu simple, naïf et hurlesque de l'opéra-comique , et à porter au théâtre l'habit de ville ou de village, il ne peut chanter le genre large et méthodique, ni jouer le haut tragique du grand opéra. Il faut être instruit dans les principes de la grande scène, tant pour le chant que pour le jeu, si l'on veut y réussir. Ce n'est donc qu'une école qui peut parer à tous ces inconvénients, et fournir à l'Opéra des sujets exercés dans ce genre.
L'intérêt et les progrès de l'art , tant du côté du chant que de la composition , semblent d'ailleurs exiger cet établissement dans la première capitale de l'Europe. Si l'on n'avait craint d'être trop long, on aurait donné ici quelques détails sur celte matière avec des preuves de la nécessité d'un Conservatoire ou École de musique à Paris.
On peut étendre plus loin l'utilité de celte Ecole pour le Théâtre italien, le Théâtre français et la Musique du Roi,
ainsi que pour tous les spectacles de province. Sur ces derniers, l'on conserverait, par ce moyen le droit de tirer des
acteurs, s'il s'en trouvait qui pussent convenir à l'Opéra. On ferait, en conséquence, des arrangemens avec eux en leur
envoyant des sujets.
[Précis sur l'Opéra, voir plus haut p. ho, note 1.]
XLVIII. EXTRAIT D'UNE NOTICE SUR L'OPERA : UTILITE DE L'ECOLE; REPONSE AUX CRITIQUES; DECEMBRE 1 7 8 9 .
L'auteur dit que l'École de chant lui a toujours paru inutile. Les ministres ont pensé différemment; ils ont vu
dans cet établissement le seul moyen de soutenir et conserver dans la capitale ce spectacle aussi essentiel
Cet établissement, quoique en dise l'auteur, est infiniment utile en ce qu'il a fourni des sujets qui donnent les plus grandes espérances et dont les talens mettent quelque frein à l'insubordination des premiers sujets. D'ailleurs indépendamment des avantages réels qui en résultent pour l'Opéra qui ne peut plus se recruter en province depuis que l'opéra comique est presque le seul spectacle qu'on y aime, l'objet que le gouvernement s'est proposé étant de former en outre des musiciens pour la chapelle du Roi et surtout des compositeurs et même des sujets pour le théâtre
des comédiens italiens du Roi et le service de la Cour D'ailleurs quant à la dépense , elle n'est pas à la charge
de l'Opéra et on la diminue insensiblement tous les jours, chaque fois qu'on en trouve l'occasion
[Arch. nat. , 0' 626, mss.]
XL1X. CRITIQUES SUR LA DEPENSE, LE NOMBRE DE PROFESSEURS ET DE MATIERES ENSEIGNEES, L'OBJECTIF RESTREINT;
ORGANISATION, REGIME ET METHODE D'ENSEIGNEMENT DES CONSERVATOIRES D'ITALIE ET DE L'ECOLE ROYALE DE CHANT; PARALLÈLE.
De l'Ecole royale de chant et de déclamation.
Cet établissement a été fondé en 1784, et aux frais du Roi: c'est dire assez qu'on n'y a pas épargné la dépense, car dans ce temps on se croyait fort à l'aise quand c'était le Roi qui payait; quand cette école serait véritablement utile et formée sur un plan convenable, il faudrait encore la supprimer ou du moins s'en défaire, par la seule raison qu'elle coûte à l'Etat: et le trésor de l'Etat étant le produit de la contribution de tous les individus de la France, il n'est pas juste que le paysan du Limousin qui n'entend jamais de musique, si ce n'est le très faux bourdon de sa paroisse; que l'artisan des villes, même que le pauvre citoyen de Paris qui n'a aucune raison de s'intéresser à nos arts et à nos plaisirs, prenne sur les besoins de sa famille pour procurer quelques chanteurs à l'Opéra.
Je no sais pas bien au juslo jusqu'où s'élèvent les frais annuels de cet établissement. On avoue 60,000 livres; quelques personnes disent qu'ils surpassent de beaucoup cette somme. Supposons 72,000 livres pour être modérés; depuis six ans qu'il existe, il en a donc coûté au peuple /i3a,ooo livres pour avoir à l'Opéra cinq ou six personnes, dont deux ou (rois au plus jouent quelquefois des rôles, et dont les autres remplissent quelques coryphées, ou se confondent modestement dans les chœurs. 11 faut avouer que nous payons un peu cber un aussi minime avantage.
Voici en abrégé les défauts les plus importants de cette École :
1° Il y a trop de maîtres dans le même emploi. La manière de l'un détruit celle de l'autre, et il n'en résulte que du trouble dans la tète de l'élève. Celte diversité de maîtres fait encore qu'aucun d'eux ne met d'amour propre à former un sujet, que les leçons qu'ils donnent ne sont qu'un travail purement mécliauique et dénué de tout intérêt. Si l'un d'eux, au contraire, s'attache de préférence à quelque élève, il lui sacrifie tous les autres; tout son temps, tous ses soins, à l'objet de son cboix. J'ai vu des jeunes gens de celte Ecole attendre quelquefois pendant trois semaines le moment d'avoir une leçon de chant.
2° On enseigne aux élèves trop de choses à la fois. Comme on n'y donne qu'une éducation générale, il est impossible de bien consulter la capacité, et de suivre les progrès de chacun; la distribution des leçons est donc abandonnée au hasard ou à la fantaisie. Les élèves n'étant ni logés ni nourris à l'Ecole, c'est en six ou sept heures d'études qu'on les fait passer du solfège au chant, du chant à l'accompagnement, de l'accompagnement à la déclamation, de la déclamation à l'escrime, de l'escrime à la composition, de la composition à la danse, de la danse à l'étude de la langue, de l'histoire, de la géographie, etc. Si l'une de ces leçons leur manque, ils en peuvent prendre une autre: ainsi celte distribution méchanique du temps, cette méthode de classer les idées pour les fixer dans la tête, si essentielle à l'éducation de la jeunesse, n'existent pas pour eux. Ce qu'il y a de pis encore, c'est qu'après ces leçons ils s'en retournent chez eux et perdent dans la dissipation inséparable des allées et venues le peu qu'ils ont pu retenir de tout ce qu'on leur a dit.
3° Quel but pouvait-on avoir en établissant en France une école de chant ? N'est-ce pas celui de réformer la méthode française reconnue mauvaise? Or cette méthode existe à l'Opéra dans toute son impureté, et la plupart des maîtres de l'Ecole tiennent à l'Opéra; on donne des leçons aux élèves sur des rôles d'opéra, dont ces maîtres ont grand soin de conserver ce qu'ils appellent la tradition, c'est-à-dire tous les vices. Malheur aux autres maîtres qui voudraient introduire une manière différente. Cette tradition est le feu sacré de Vesta; et pour être plus sûr de ne pas le laisser éteindre, on ne manque pas d'envoyer les élèves à l'Opéra pour étudier leurs modèles. L'espril d'imitation est un des attributs de la jeunesse, elle saisit facilement les caricatures; aussi parmi les sujets de l'Ecole qui ont débuté à l'Opéra, vous n'en avez pas vu en qui les défauts des premiers acleurs ne soient religieusement conservés. Mais la qualité, mais le talent réel qui fait passer sur ces défauts ou qui en dédommage, ne s'imite pas si facilement.
Mais , dira-t-on , le fondateur de cette Ecole a fait tout ce qu'il fallait pour prévenir ces inconvénients : il a mis à la tête du chant deux maîtres italiens, M. Piccinni et M. Langlé; il leur en a joint un troisième, M. Guichard, qui sans avoir reçu dans sa propre éducation la même pureté de principes, a su néanmoins par un goût naturel, par une sorte d'instinct musical, se défendre de la plupart des défauts reprochés à l'école française. Comment donc arrive-t-il que cette précaution ne remédie à rien ?
Ce fondateur de l'École a fait tout ce qu'il pouvait faire en la confiant aux premiers talens connus, mais n'étant pas luimême assez instruit dans ces sortes de matières, il s'en est rapporté pour la constitution de cette Ecole à des artistes qui n'y entendaient rien et qui ont tout gâté.
Que veut-on que fasse M. Piccinni d'un sujet de 16 ou 17 ans, qui vient sachant déjà la musique avec une voix toute formée et l'habitude de la mal conduire, dans laquelle ce maître trouve les vices nationaux déjà fortement enracinés? Que veut-on qu'il fasse en deux ou trois heures par jour qu'il passe à cette École trois fois la semaine, tandis qu'il faudrait six mois d'un travail opiniâtre et continu pour réformer ces défauts ? Ce sera bien pis si à ses efforts on vient opposer une tradition; si on lui dit que la langue française ne se prête pas à toutes les gentillesses du chant comme la langue italienne: que l'expression de la scène est surtout ce qu'il faut consulter, etc., etc. M. Piccini ne répondra rien à tous res préjugés qu'il ne saurait combattre; il se contentera donc de venir paisiblement donner sa leçon de deux homes; les autres maîtres en feront autant : les élèves en profiteront comme ils pourront. Cet établissement si dispendieux n'aura formé que des
hk L'ÉCOLE ROYALE DE CHANT, 1791.
sujets destinés à être à jamais médiocres, et loin de créer parmi nous une véritable école, comme on avait la bonne intention, notre scène lyrique se peuplera toutes les années de quelques mauvaises copies de nos premiers acteurs.
C'est d'après les conservatoires d'Italie qu'on a voidu avoir à Paris une école de chant. Mais quelle différence dans la formation de ces deux genres d'établissements, dans leurs elfels, dans leur régime et dans leur utilité!
Les conservatoires de Naples sont des espèces d'hôpitaux, des fondations pieuses qui se soutiennent par leurs propres revenus, en y joignant les bienfaits volontaires de quelques amateurs de musique, le service que font les élèves dans quelques églises et les [tensions, quoique modiques, payées par des élèves étrangers. Ils sont ouverts à toutes les classes de citoyens , particulièrement aux plus pauvres et fournissent des musiciens de tout genre à l'Italie entière. L'Ecole de Paris, qui ne forme guère de sujets que pour l'Opéra, qui ne peut être utile qu'à un petit nombre de personnes, est entretenue aux dépens du Trésor public.
Les conservatoires de Naples contiennent depuis oo élèves jusqu'à 200. Il n'j a que deux maîtres résidens et quatre OU cinq externes. Ils forment d'excellents chanteurs, d'excellents compositeurs et des professeurs pour les instruments d'orchestre. Les jeunes gens v sont logés, nourris, entretenus et instruits gratuitement pendant huit ans. L'École de Paris n'a que 3o ('lèves et vingt maîtres auxquels il faut enjoindre encore deux ou trois de supplément. On n'v forme que des chanteurs pour l'Opéra, ou tout au plus pour la Comédie italienne, quand on ne leur trouve pas assez de voix pour la grande scène. Un y apprend le violon et la basse, mais on n'v enseigne pas le hautbois, la flûte, le basson et le cor, quoique ces instruments soient parmi nous d'une rareté extrême et que nous soyons obligés de les prendre presque tous parmi les Allemands. Ces élèves, quoiqu'en petit nombre, ne sont ni logés, ni nourris, mais on leur donne des appoinlemens proportionnés aux dispositions qu'ils montrent ou peut-être à la protection qui sollicite pour eux. Quelques-uns de ces sujets tirent aussi des appointements de l'Opéra.
Je conclus de tout ceci que cette Ecole, dans l'état où elle est, ne saurait être utile: mais il serait utile qu'il existât une école. La forme de celle-ci est trop vicieuse pour être susceptible d'amélioration, il faudrait donc la supprimer tout à fait. Si, dans des temps plus heureux, on en voulait créer une autre sur un meilleur modèle, je pourrais en indiquer les moyens et peut-être y reviendrai-je dans cet écrit.
A l'Ecole royale de chant en est jointe une autre de déclamation simple, destinée à former des acteurs pour le Théâtre français. Je n'en connais pas assez bien le plan ni les principes pour en parler. A en juger par ses effets, elle a déjà produit au Théâtre de la Nation des élèves de mérite et c'est une considération en sa faveur.
[De l'organisation des spectacles de Paris ou essai sur leur forme actuelle , dédié à la Municipalité.
Paris, 1790, in-8°, p. 58; Bibl. nat., Inv. Yf, 1986.]
L. EXTRAIT DE LA LOI DU l8 FEVRIER I79I RELATIVE AL" Y DEPENSES PI CLIQUES.
Article 1er. Il sera fait un fonds au Trésor public, tant par les revenus ordinaires de l'Etat que par les impositions générales et communes: 1" d'une somme de 282,700,000 livres pour acquitter toutes les dépenses attribuées au culte, à la liste civile, aux apanagistes, aux départemens des affaires étrangères, de la guerre y compris les auxiliaires et la gendarmerie nationale, de la marine et des colonies, des ponts et chaussées, aux ministres, aux conseils, aux bureaux et frais d'administration du Trésor public, de la caisse de l'extraordinaire, de la liquidation générale et de la comptabilité, avec primes et encouragemens pour le commerce, à Y Ecole des Menus et aux dépôts publics, au jardin et à la bibliothèque du Pu>i, aux universités, etc.
LI. DÉCRET RELATIF AU MAINTIEN DES CORPS ET ÉTABLISSEMENTS D'INSTRUCTION