‹ Le Conservatoire national de musique et de declamationChapitre 350 sur 473 · AU NOM DE LA SOUS-COMMISSION DE DECLAMATION · texte numérisé non relu

AU NOM DE LA SOUS-COMMISSION DE DECLAMATION

Nous n'entendons pas faire l'histoire de l'enseignement de la déclamation. Nous ne parlerons du passé et des anciens règlements que pour y puiser des arguments à l'appui des modifications que nous vous proposons. Nous nous bornons à rappeler que l'art de la déclamation est essentiellement français, qu'il rend à notre littérature dramatique les plus éclatants services, et que son enseignement public a été organisé avant même l'existence du Conservatoire national.

Si, en effet, le décret organique de la Convention, en date du 16 thermidor an m, développant le germe contenu dans un décret du 18 brumaire an n, instituait le Conservatoire national de musique, nous ne pouvons oublier que la première école de déclamation remonte au 18 juin 1786 -et que les professeurs s'appelaient Mole, Dugazon et Fleury. Nous rappellerons aussi que c'est le titre VIII du décret du i5 octobre 1812, dit décret de Moscou, qui a marqué d'un caractère tout particulier l'enseignement de la déclamation.

Il n'y avait sous le premier Empire que 18 élèves, 9 de chaque sexe. Ils étaient désignés par le Ministre de l'Intérieur.

Les classes de déclamation deux fois supprimées, comme classes spéciales, en 1827 et 1 83 1, ont été définitivement rétablies par arrêté du 20 janvier i836. Les motifs de ce dernier arrêté sont à retenir :

cr Considérant que les ouvrages de nos grands maîtres sont menacés de manquer d'interprètes, et que, déjà trop rarement représentés, ils finiraient peut-être par être abandonnés entièrement ; que ces ouvrages ont pour la plupart disparu du répertoire de la province; qu'il importe donc de former des élèves capables de seconder le petit nombre d'artistes qui représentent encore ces chefs-d'œuvre et de remplacer ces artistes quand ils quitteront la scène, n

Les professeurs à cette époque s'appelaient Michelot, Samson et Provost.

Les trois classes de déclamation, en 1 836 , ne comprenaient pas plus de 21 élèves, 7 par classe; vingt-quatre ans après, en 1860, le nombre des aspirants et des aspirantes était de 36, sur lesquels 8 ont été définitivement admis. En 1880, le nombre des aspirants monte à 1 56 : 71 hommes et 85 femmes, sur lesquels 28 étaient admis, îh hommes et 1 h femmes. Le nombre des candidats n'a fait depuis que s'accroitre. En 1 885 , il était de 188, sans que le chiffre des admissions ait augmenté.

Le règlement actuellement en vigueur est du 9 septembre 1878; il a été signé par le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts appartenant au cabinet présidé par M. Dufaure. C'est ce règlement qui , après l'examen fait par votre Commission , doit subir certaines modifications.

TITRE 1er. — Questions générales.

Deux questions générales ont d'abord élé posées :

Convient-il de séparer complètement l'enseignement de la déclamation et celui de la musique, d'avoir deux directions; et, en second lieu, y a-t-il un avantage à rétablir le pensionnat, au moins pour les élèves appartenant à la déclamation?

Séparer d'une façon absolue les deux enseignements, ne pas tenir compte de leur action, de leur influence réciproque , créer en un mot deux Conservatoires, ne nous a pas semblé utile, ni réalisable. Pour le chanteur, la déclamation est nécessaire. La lecture, la diction sont des éléments essentiels de l'art du chant. Il y aura au Conservatoire deux écoles, deux enseignements: celui de la musique et celui de la déclamation, sous une même direction. De même qu'à l'Académie de France à Rome, les peinlres et les sculpteurs n'ont jamais eu qu'à se louer de leur contact continu, de même les élèves du chant peuvent avoir des qualités de comédien qu'il est précieux de développer chez eux. La science de la déclamation s'impose d'ailleurs plus que jamais avec les œuvres lyriques nouvelles.

11 convient enfin d'ajouter que les nécessités budgétaires ne faciliteraient pas celle séparation.

Quant au rétablissement du pensionnat, la Commission ne lui a pas été favorable. Sans parler encore des considérations de budget, et en ne nous préoccupant que des intérêts de l'art, nous n'avons examiné que la question de savoir si l'internat est une nécessité pour la discipline, et un stimulant pour le travail. Vouloir retenir comme pensionnaires des jeunes gens et des jeunes filles, dans les conditions d'éducation où se trouve le

Conservatoire, esl chimérique; des considérations morales, d'autres déduites du changement de l'état social depuis trente ans, d'autres surtout tirées du peu de service que rendrait le pensionnat aux ('lèves des classes de déclamation , enfin le nombre toujours croissant des candidats, nous ont fait écarter presque unanimement ce projet qui, du reste, a été combattu par le Gouvernement. Rien n'est plus aisé que de maintenir dans l'externat une discipline stricte et d'imposer aux élèves l'assiduité. Un règlement intérieur auquel on tiendra la main suffira.

TITRE II. — Conseil supérieur de l'enseignement.

Nous affirmons de nouveau, à l'article 1" du règlement, le principe libéral de la gratuité des études de déclamation au Conservatoire. Cet établissement comprendra donc l'école gratuite de déclamation. Nous déclarons, par cela même, que les deux enseignements sont distincts, mais ne sont pas séparés.

Nous maintenons un Conseil supérieur d'enseignement pour les éludes dramatiques. Ce rouage existe dans toutes les écoles supérieures. Le Conservatoire serait le seul établissement où l'autorité administrative serait sans contrôle. Au surplus ce Conseil supérieur existe déjà, mais il ne fonctionne pas. Il pouvait être réuni; nous disons qu'il devra se réunir. Ses fondions n'étaient pas suffisamment précisées, nous les préciserons.

Il était uniquement composé, dans l'ancien règlement, en dehors du Directeur et du Sous-Directeur du Conservatoire, de trois auteurs dramatiques, membres de l'Académie française, désignés par le Ministre des Beaux-Arts, et du doyen des professeurs de déclamation; nous avons pensé que le Conseil supérieur devait comprendre des membres de droit, des membres choisis par le Ministre et des membres élus.

Le Directeur des Beaux-Arts, le Directeur du Conservatoire, le Secrétaire général de cet établissement et le Chef du bureau des théâtres seraient de droit membres du Conseil supérieur. Ils lui apporteraient leur expérience, les renseignements nécessaires.

Quant aux membres désignés par le Ministre, nous en avons augmenté le nombre, sans exiger qu'ils appartinssent nécessairement à l'Académie française. Le Ministre nommera six membres qui seront ou des auteurs dramatiques, ou des critiques, ou même des artistes renommés pour leurs talents.

Enfin les professeurs de déclamation choisiront deux de leurs collègues.

Le Conseil supérieur comprendra donc douze membres. Composé à la fois d'administrateurs, de professeurs et d'hommes distingués, qui, placés en dehors, apportent un élément d'appréciation désintéressée, il exercera une surveillance salutaire. Mais pour éviter que ces fonctions ne se perpétuent pas entre les mêmes personnes, la partie du Conseil qui n'est pas composée de membres de droit sera renouvelée tous les trois ans.

Une réunion du Conseil est obligatoire au moins tous les trois mois.

Ses attributions devront être plus étendues qu'autrefois. En cas de vacance d'une chaire de déclamation, il présentera une liste de deux candidats au moins; il sera consulté sur la révocation d'un professeur, sur la collation des bourses, sur l'admission des auditeurs dans les classes, enfin sur toutes les questions relatives au développement des études.

Le Conseil supérieur de l'enseignement de la déclamation se réunira au Conseil supérieur des éludes musicales, toutes les fois que les intérêts généraux du Conservatoire l'exigeront. Les deux Conseils délibéreront alors en assemblée plénière.

TITRE III. — Des professeurs et de l'enseignement.

Nous ne pensons pas qu'il soit utile de maintenir pour la déclamation deux catégories de professeurs, les uns titulaires, les autres agrégés. Il n'y aura que des professeurs titulaires divisés en plusieurs classes pour le traitement.

D'après le règlement en vigueur, les professeurs titulaires et les agrégés sont divisés en quatre classes dont les traitements sont fixés pour les titulaires de a,ioo à i,5oo francs, et pour les agrégés de 1,200 à 600 francs.

La Commission, en supprimant les agrégés, s'est prononcée en faveur du relèvement des traitements, avec un maximum de 4,ooo et un minimum de i,5oo, et une échelle de 1,800, 2,100, a,4oo et 3, 000 francs, en prenant pour base le temps de service. Le professeur de l'histoire de l'art dramatique participerait à ce relèvement de traitement. Cette faible augmentation de traitements pour des professeurs distingués n'enlèvera pas à leurs fonctions leur caractère honorifique; le budget de l'État serait accru dans une proportion infiniment petite.

Les professeurs seront nommés par le Ministre des Beaux- Arts, sur une liste de présentation de deux candidats au moins, présentée par le Conseil supérieur.

Nous augmentons le nombre des professeurs. Il y aura désormais six professeurs et six classes de déclamation. Mais pour éviter que le nombre des élèves ne soit trop accumulé dans une classe, et pour permettre aux professeurs de s'occuper plus utilement et plus souvent de chacun d'eux, nous décidons que le nombre des élèves dans chaque classe ne pourra pas dépasser le chiffre de 1 0.

Nous n'avons pas voulu supprimer complètement l'usage des auditeurs, mais nous en limitons le nombre à deux par classe, et nous les faisons désigner par le Conseil supérieur. Nous permettons ainsi à quelques aspirants qui n'ont pas été admis, mais qui ont présenté des dispositions, de se préparer à l'examen d'entrée de l'année suivante.

Quelle doit être la direction des études? A l'époque où fut fondé le Conservatoire, on devait se préoccuper seulement de faire des comédiens pour le Théâtre -Français, puisque les théâtres de genre n'existaient pas. Aujourd'hui ces théâtres sont nombreux. Sans doute le Conservatoire est appelé à leur fournir des artistes; sans doute, it faut que l'enseignement soit plus varié, plus abondant qu'il n'était autrefois; cependant, puisque

ACTES ORGANIQUES

la nation a créé un Conservatoire de déclamation, c'est pour que les élèves y reçoivent une éducation première et classique, indispensable pour fortifier et régler le talent de ceux qui auront manifesté d'heureuses aptitudes. La déclamation , pour employer une expression peu juste mais consacrée, est un art qui ne s'acquiert que par un travail méthodique et opiniâtre, et surtout par l'étude du répertoire ancien. C'est là qu'est l'utilité de l'enseignement classique au Conservatoire, et les comédieus et comédiennes qui ont profité de cet enseignement se reconnaissent toujours par la suile, à quelque théâtre qu'ils appartiennent. Ce n'est pas à dire que nous voulions une étroite réglementation des classes. Nous pensons qu'en laissant aux professeurs une plus grande initiative, on obtiendrait sûrement un heureux résultat.

Pour donner à l'enseignement de la déclamation plus de force et de concentration, la Commission s'est élevée contre l'institution des élèves stagiaires et des classes préparatoires. Cette réforme introduite, par un arrêté du 6 août 1888, n'a pas produit les résultats qu'on espérait. L'expérience, au dire des maîtres les plus compétents, la condamne. Il y a de sérieux inconvénients à conserver, pendant une année, des élèves à qui leur qualité de stagiaire ne peut donner aucun droit. La création de deux classes préparatoires ne répond pas davantage aux véritables besoins de l'enseignement. Mais, en dehors de la classe dans laquelle il est inscrit, chaque élève sera tenu de suivre deux autres classes de déclamation, de façon que chaque jour il ait au moins une leçon. L'Administration déterminera pour chaque élève ces deux classes.

Nous n'avons pas été favorables au maintien de répétiteurs. Leurs conseils pourraient être très différents de ceux donnés par le professeur. L'unité de l'enseignement est la condition du progrès de l'élève. Nous croyons qu'avec la nécessité de suivre au moins neuf leçons par semaine, l'élève pourra s'instruire.

La lecture à haute voix et la diction sont les bases de l'enseignement de la déclamation. La diction doit comporter un enseignement technique préparatoire , correspondant à celui du solfège pour le chant. Mais apprendre à marcher, à saluer, à gesticuler, fait aussi partie de la grammaire de l'art du comédien. Pour mieux signaler l'importance qu'elle attache à cette partie de l'enseignement, la Commission propose d'inscrire dans le règlement que la classe de maintien, actuellement existante, sera en outre une classe de Mimique théâtrale.

La classe d'escrime continuera aussi d'être obligatoire. Enfin nous maintenons l'obligation pour les élèves d'assister au cours d'histoire et de littérature dramatiques. Le décret de Moscou, dans l'article 9/1 , avait institué des leçons de grammaire, d'histoire et de mythologie appliqués à l'art théâtral. Le cours créé en 1878 embrasse tant d'époques et tant de matières qu'il ne peut être qu'une revue rapide, quel que soit le talent du professeur; mais quand ces leçons ne serviraient qu'à indiquer aux élèves les sources auxquelles ils doivent puiser, elles auraient déjà donné de louables et utiles résultats.

L'assiduité des maures à leur enseignement est la première condition du progrès des élèves; nous renouvelons la prescription du règlement en vigueur : par conséquent tout professeur qui, sans empêchement légalement constaté ou sans autorisation du Directeur, aurait manqué de donner trois leçons dans le même mois, serait privé de son traitement pendant la durée de ce mois.

La Commission a pensé qu'une limite d'âge pour le professorat était nécessaire : à 70 ans, les professeurs cesseront leurs fonctions. Une mesure individuelle contre un maître est toujours pénible. On s'incline au contraire devant un règlement général , précis, absolu, et il n'y a pus alors de question de personnes.

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