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TITRE IV

Examens et durée des études.

C'est par la voie de l'examen et du concours qu'on entre au Conservatoire.

D'après le règlement en vigueur, aucun élève ne pouvait être admis s'il n'avait moins de 9 ans ou plus de 32 ans. Votre Commission propose de fixer la limite d'âge pour l'admission des élèves-femmes de i4 à 20 ans. Pour les hommes, nous arrêtons la limite de 16 à 26 ans, sous la condition qu'après 21 ans ils justifieront avoir rempli leurs obligations militaires.

Le jury d'admission se composera des professeurs de déclamation, du Directeur et du Secrétaire général du Conservatoire, du Chef du bureau des théâtres et de trois autres membres du Conseil supérieur à tour de rôle. Nous laissons à un règlement d'études, règlement tout scolaire, le soin de déterminer si les scènes que remettra le candidat, pour être interrogé, doivent être ou non acceptées.

Le candidat admis ne l'est que provisoirement. L'admission définitive ne doit être prononcée qu'après l'examen semestriel.

Sans doute les élèves étant admis, il faut en pratique conserver aux professeurs la faculté qu'ils ont, par voie de roulement, de choisir leurs élèves; mais pour éviter les engouements des candidats, qui pourraient déserter telle classe pour telle autre, nous maintenons au Directeur du Conservatoire le droit, on principe, de répartir les élèves entre les divers maîtres.

De tout temps, depuis l'organisation de l'Ecole de déclamalion, les élèves ont des obligations d'une nature spéciale. Nous n'entendons pas les supprimer. De leur exécution stricte dépend l'avenir même des artistes.

Ainsi tout élève admis contracte, par le fait de son entrée au Conservatoire, l'obligation de ne s'engager avec aucun théâtre, avant que ses études soient terminées. La sanction est la radiation des registres de l'École. Nous maintenons, comme condition essentielle, la prohibition de jouer, pendant la durée des études, un rôle sur un théâtre quelconque, sans la permission du Directeur, il y a un intérêt pédagogique évident à ne pas compromettre l'avenir d'un élève qui n'est pas encore (orme, en éveillant de bonne heure une vanité inquiète et le facile contentement de soi. L'État ne fait des frais et ne donne la gratuité que pour éviter l'abaissement du niveau de l'art dra-

malique. En fait, le Conservatoire est destiné à assurer le recrutement des théâtres subventionnés. Aussi les élèves s'obligentils, à la fin de leurs études, à donner pendant deux ans leur concours à ces théâtres, si l'un des directeurs les réclame. C'est la reconnaissance des sacrifices faits par l'Etat afin de donner aux œuvres classiques et aux chefs-d'œuvre contemporains une interprétation digne d'eux.

Afin d'encourager les efforts des élèves , nous proposons d'allouer, après un examen, aux plus méritants, hommes ou femmes, douze pensions.

Ce n'est pas une innovation. Mais nous proposons de créer deux catégories de pensions : les unes de 800 francs, les autres de 600 francs, afin d'exciter l'émulation. C'est une augmentation de a, 4 00 francs sur le chiffre actuel porté au budget du Conservatoire. Ces bourses seront délivrées, et pourront être retirées sur l'avis du Comité, à la suite d'un examen, ou par mesure disciplinaire sur la proposition du Directeur du Conservatoire.

La France a toujours été hospitalière en matière d'enseignement, et il ne faut pas porter atteinte à ses habitudes de générosité intellectuelle. Des élèves étrangers continueront donc à être reçus au Conservatoire de déclamation, avec l'autorisation du Ministre, sans qu'ils puissent être plus de deux dans chaque classe. Ce nombre est suffisant, si l'on établit une proportion avec le chiffre des élèves nationaux qui peuvent être admis. Les élèves étrangers jouiront des mêmes droits et seront soumis aux mêmes devoirs. Il fallait toutefois éviter qu'après avoir fait leurs études dans un autre Conservatoire, ils vinssent uniquement au Conservatoire de Paris passer quelques mois pour concourir : c'était un trouble dans les études. Les étrangers ne pourront donc, comme par le passé, être admis à concourir pour des prix qu'après deux années d'assiduité aux cours.

Pour maintenir le niveau des études, un examen semestriel est indispensable. Le Comité d'examen semestriel comprendra les membres du Conseil supérieur, sauf les professeurs, et de plus l'administrateur de la Comédie-Française et le directeur de l'Odéon. Chaque élève avant d'être examiné devra présenter une liste comprenant quatre scènes dont deux peuvent être modernes. Le comité d'examen choisira la scène sur laquelle l'élève sera examiné.

La Commission n'entend pas porter atteinte à l'étude de notre répertoire classique. Les œuvres qui le composent offrent, en effet, un caractère commun de simplicité, de justesse et de mesure qui constituent les qualités essentielles de notre génie national. Elles sont les meilleurs guides pour la formation et la direction première des talents. On a dit avec raison qu'elles ne risquent jamais d'égarer et peuvent suffire à toutes les variétés d'aptitude.

Nos auteurs contemporains ajoutent à ce répertoire nombre d'oeuvres dont plus d'une est destinée à devenir classique. Nous pourrions eu citer, si nous ne rencontrions pas des maîtres

parmi les membres de la commission. Ce que nous voulons éviter, c'est que les élèves de l'École de déclamation recherchent des succès faciles en s' essayant dans des œuvres d'ilèer que le public vient d'applaudir. Lorsque la commission permet à chaque élève de présenter aux examinateurs quatre scènes dont deux peuvent être modernes, elle entend conserver dans l'enseignement et dans les concours la place due légitimement au répertoire contemporain, mais à une double condition : c'est que la pièce «ura été jouée dix ans auparavant et que préalablement l'élève aura étudié le répertoire classique.

C'est après cet examen semestriel que le comité se prononcera sur le maintien ou le renvoi des élèves.

Cet examen aura un autre but : il permettra de désigner les élèves qui prendront part aux concours et ceux dont les études doivent être considérées comme achevées.

Quant à la durée même des éludes, nous proposons de la fixer à trois ans. On nous a signalé des abus auxquels il est indispensable de remédier. Trois ans au maximum sont suffisants pour la déclamation. Il n'y a pas d'analogie au point de vue de la durée des études entre la déclamation et la musique surtout la musique instrumentale.

Nous rappelons qu'après deux ans d'études, tout élève qui n'aurait pas été admis à concourir sera rayé du contrôle. La question a été soulevée de savoir si l'élève ayant obtenu un second prix ne pourrait pas exceptionnellement être admis à suivre les cours du Conservatoire pendant une quatrième année. La Commission a pensé que cette faveur une fois admise, il serait difficile de ne pas l'accorder à tous les élèves ayant obtenu uu second prix au bout de la troisième année et l'exception dev-endrait ainsi une règle. Il n'y aura donc aucune exception qui permette de prolonger les trois ans d'études.

TITRE V. — Concours.

Sans doute, de sérieuses critiques peuvent être adressées au système des concours: ils ne permettent pas toujours de reconnaître le talent , comme toutes les épreuves uuiques. Votre Commission a cependant pensé que, précédés d'examens semestriels et surtout des examens d'ensemble dont nous parlerons, les concours seront une preuve d'intelligence, d'études et d'efforts.

Nous ne proposons de modifier ni l'époque où le concours a lieu, ni la division des récompenses qui soni accordées. Il y aura toujours, en juillet, un 1er prix, un a" prix, un 1" accessit, un 2e accessit.

Le jury du concours no peut pas être composé comme un jury habituel d'examen. Les professeurs ne peuvent en faire partie. Nous proposons de composer le jury de la façon suivante : le directeur du Conservatoire, le chef du bureau des théâtres, les six auteurs ou critiques dramatiquss ou artistes faisant partie du comité supérieur d'enseignement et trois mem bres étrangers à ce conseil et choisis par le Ministre.

Fallait il introduire, comme membres de droit, l'administrateur du Théâtre-Français et le directeur de l'Odeon? L'article

ACTES ORGANIQUES

19 du règlement en vigueur le décidait ainsi pour l'administrateur du Théâtre-Français. C'était conforme aux traditions. La majorité de la commission a fait observer cependant que dans certains cas l'administrateur du Théâtre-Français et le directeur de l'Odéon pouvaient être juges et parties et que leur présence obligatoire dans le jury de concours pouvait parfois présenter des inconvénients. L'administration sera absolument libre de les désigner parmi les membres laissés au choix du Ministre. La Commission n'entend pas 'es exclure.

Les élèves ayant été admis au concours à la suite de l'examen semestriel, il est inutile de maintenir l'ancienne disposition du règlement qui n'admettait pas au concours les élèves ayant moins de six mois d'études.

Comme conséquence des observations que nous avons plus haut formulées, les élèves qui concourent pour la première fois devront le faire dans une scène de l'ancien répertoire, à leur choix. C'est un moyen de sanctionner l'étude des classiques. Les élèves qui ne concourent pas pour la première fois présenteront deux scènes : l'une ancienne, l'autre moderne; après avis de leur professeur, le comité d'examen décidera dans laquelle des deux scènes l'élève devra concourir. Les scènes modernes devront appartenir à des ouvrages joués sur l'un des théâtres subventionnés et dont la première représentation remonte au moins à dix ans. Si pour l'examen d'admission au Conservatoire nous avons écarté l'obligation de ne choisir que parmi les ouvrages représentés sur l'un des théâtres subventionnés, il n'en est pas de même pour le concours public.

Il y a présentement deux concours, dont l'un, celui de tragédie, est le plus faible. Beaucoup d'élèves se font admettre à concourir dans des scènes de tragédie, uniquement parce qu'ils espèrent plus facilement obtenir de ce côté une récompense. La Commission a pensé qu'il convenait de réunir dans le concours les scènes de drame à celles de tragédie; on aurait ainsi une division plus logique des genres.

Nous n'apportons aucune modification dans le mode de vote et de délibération du jury, pas plus que dans l'habitude de proclamer à haute voix les récompenses après le concours. Les manifestations bruyantes qui se sont produites plus d'une fois sont-elles un motif suffisant pour déterminer la modification d'un état de choses existant depuis de longues années? Nous ne l'avons pas pensé. Le concours étant public, la proclamation de la décision du jury doit être aussi faite en public. Des mesures d'ordre permettront d'éviter le retour des conflits qui ont eu lieu.

TITRE M. — Dispositions finales.

Les deux derniers articles du projet de règlement ne sont pas les moins importants.

Après de longues discussions et des hésitations qui témoignent de la difficulté des solutions, la Commission vous propose de décider que tout élève ayant obtenu le premier prix de tragédie el de drame, ou de comédie, s'il n'est engagé par le Théâtre-

Français, aura droit à un engagement de deux années à l'Odéon, sous la réserve qu'il n'y aura jamais plus d'un lauréat par genre et par sexe qui soit appelé à bénéficier de ce droit. Toutefois , l'administrateur du Théâtre-Français pourra toujours le réclamer à l'expiration de la première année, s'il le juge à propos.

Cette mesure n'a pas besoin d'être justifiée ; si nous consultons en effet le passé, et particulièrement le décret de Moscou, nous voyons que les dix-huit élèves de l'Ecole de déclamation étaient destinés au Théâtre-Français. Ceux qui n'étaient pas encore capables d'y débuter pouvaient, avec la permission dn surintendant, s'engager pour un temps au théâtre de l'Odéon ou dans les troupes des départements.

Depuis cette époque, l'art dramatique, par la multiplité des théâtres et des genres, s'est en quelque sorte renouvelé. En fait, l'administrateur de la Comédie-Française a aujourd'hui un droit de préemption sur les lauréats du Conservatoire; convientil que des liens plus étroits soient établis entre le Conservatoire et le Théâtre-Français? Nous n'en voyons pas l'utilité; M. l'administrateur, que nous avons entendu, partage cet avis. L'entrée immédiate à la Comédie-Française d'un élève du Conservatoire est un droit pour l'administration et non pour l'élève. Ce droit de l'administration est par nous réservé formellement. N'a-t-on pas vu même (le cas est rare il est vrai) le Théâtre- Français prendre au Conservatoire un élève qui n'avait pas terminé ses études?

Le stage à l'Odéon par les élèves sortant du Conservatoire sera le cas le plus ordinaire. A quelques exceptions près, les lauréats engagés dans ces dernières années à l'issue des concours ont-ils prouvé qu'ils étaient suffisamment préparés pour entrer d'emblée au Théâtre-Français.

Quelques membres de la Commission avaient d'abord émis l'avis que tout lauréat sortant du Conservatoire aurait droit à trois débuts au Théâtre-Français dans les six mois, sauf, si les débuts n'avaient pas été heureux, à être engagé à l'Odéon; mais la majorité de la Commission a pensé que la plupart du temps l'administrateur du Théâtre-Français serait en quelque sorte amené par la force des choses à garder, après ses débuts, tout lauréat du Conservatoire, même médiocre. D'ailleurs on s'est demandé s'il serait facile chaque année de trouver pour chacun des lauréats le temps nécessaire aux répétitions qu'exigeraient les trois débuts et qui pourront amener neuf ou même douze pièces à monter.

Nous pensons donc que l'Odéon, sous le bénéfice des réserves faites dans notre rédaction, au profit de l'administrateur de la Comédie-Française, doit être la véritable école d'application pour les lauréats du Conservatoire.

Reste la question des exercices publics. Elle n'a pas moins été débattue. Les détails de leur organisation (l'expérience le constate) prêtaient déjà à des difficultés matérielles qui tiennent aux locaux et à des dépenses imprévues pour un budget très étroit. Mais ce sont surtout des motifs pédagogiques qui ont déterminé la Commission à repousser les exercices publics.

PROJETS DE HEORGAMSVTION, 1892.

Donner aux exercices du Conservatoire l'importance d'un début, avec la présence du public, avec les ovations préparées, c'est d'une part diminuer l'autorité du professeur; c'est ensuite stériliser, avant qu'ils soient mûrs, de jeunes talents. Au point de vue des études, on est amené à ne faire travailler que les élèves qui doivent participer aux exercices. Nous n'établirons pas de comparaison avec les exercices d'ensemble de la musique, c'est autre chose.

Nous rappellerons que les exercices publics de déclamation au Conservatoire ont été supprimés parce que les professeurs euxinèmes les trouvaient plus nuisibles qu'utiles à l'enseignement.

En présence des difficultés de toute nature que soulèverait l'organisation des exercices publics, la Commission les a remplacés par un examen d'ensemble, à l'occasion duquel les élèves des diverses classes seraient réunis pour jouer des pièces ou des fragments de pièces. Cet examen d'ensemble aurait lieu vers Pâques, en présence des professeurs et des membres du Conseil supérieur.

Tels sont les principaux motifs de ce projet de règlement.

La grande question pour l'avenir du Conservatoire, c'est l'enseignement. De lui dépend le recrutement de nos théâtres subventionnés. Nous espérons que les réformes que nous vous proposons, si elles sont strictement exécutées, aideront au relèvem?nt des études au Conservatoire. Nous ne dissimulons pas que, sans le dévouement des maîtres, les meilleurs règlements sont mort-nés.

Certes, en consultant la liste des anciens élèves, nous voyons que la grande majorité des comédiens et comédiennes en renom sortent de ce grand établissement. S'il ne donne pas du talent à tous ses élèves, il doit du moins leur laisser une bonne méthode pour apprendre leur métier et se développer. Nous ne disons pas qu'il n'y aura plus rien à faire après nos réformes, il suffirait que nous ayons donné à cette vieille maison de l'ardeur au travail pour que, dans cette époque de rivalités de toute nature, elle maintienne à notre pays le premier rang dans un art où il a excellé de tout temps et qui à fourni à nos grands auteurs dramatiques les talents les plus originaux pour interpréter leurs chefs-d'œuvre.

DXLIl, RÈGLEMENT PREPARE PAR LA SOUS-COMMISSION

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