A MONSIEUR LE MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ARTS
Monsieur le Ministre,
La Commission d'organisation du Groupe F, Classe â (Enseignement spécial artistique) de l'Exposition universelle de igoo, avait, dans le programme de fa section des arts de la musique et du théâtre, dont j'étais président, émis le vœu que le Conservatoire national de musique et de déclamation exposât, en plus des travaux de ses professeurs et de ses élèves, une collection aussi complète que possible de documents relatifs à l'histoire de cette institution, depuis son origine — 16 thermidor an m — jusqu'à nos jours.
Cette collection, dont les éléments avaient depuis longtemps fait l'objet de recherches patientes et laborieuses, a été imprimée, et c'est votre bienveillance qui, sur l'appel de M. Henry Roujon, directeur des Beaux-Arts, a fourni les moyens de subvenir aux dépenses qu'entraînait l'impression de ce volumineux et intéressant recueil.
J'ai l'honneur aujourd'hui de vous proposer d'en vouloir bien approuver la publication.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'hommage de mon respect.
Le Directeur du Conservatoire national
de musique et de déclamation,
Membre de l'Institut,
Th. DUBOIS.
Pl'KOUYE
Le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts,
G. LEVGUES.
AVERTISSEMENT
En 1 83*7, longtemps avanl la publication de son Histoire de la Société des Concerts (1860), A. Elwarl — alors professeur adjoint de contrepoint et fugue — conçut le projet de faire l'historique du Conservatoire, mais il ne le réalisa pas. bien qu'il eût obtenu du Ministre l'autorisation de puiser dans les archives de l'Ecole. Vingt-deux ans plus tard, Lassabathie, ancien chef au Bureau des théâtres au Ministère de l'intérieur, administrateur du Conservatoire depuis cinq ans, publia sous ce titre : Histoire du Conservatoire impérial de musique et de déclamation , un volume in- 1 -j, de 5^2 pages, qui n'était, suivant l'expression même de son auteur, qu'une <r compilation bien sèche et bien aride;;, faite presque exclusivement avec les documents existant dans l'établissement. Or le fonds était peu important; il offrait de grandes lacunes et la pénurie était complète pour la période initiale (1789-1822), pourtant fertile en événements. Dès 1821, la disparition des pièces d'archives avait été constatée par Perne, inspecteur général de l'Ecole et, l'année suivante, Cherubini, qui lui avait succédé avec le titre de directeur, dut écrire à l'ancien secrétaire, Vmit, pour lui demander «des renseignements sur le personnel du ci-devant Conservatoire», réclamés par l'autorité supérieure.
Quoique incomplet, l'ouvrage de Lassabathie était d'une utilité incontestable et sa continuation ou sa refonte semblait nécessaire.
Un nouveau travail fut entrepris en 1882, par l'auteur de ce volume, sur un plan différent, plus vaste et plus complet, que le Ménestrel résumait en ces termes : k II comprend, après un aperçu sur l'en- Rseignemenl musical dans le passé (maîtrises, conservatoires italiens, école de l'Opéra, etc.), l'histoire k administrative et artistique de l'Ecole royale de chant, de l'Institut national de musique et du Conservatoire. La seconde partie, consacrée à l'étude du régime et du fonctionnement de cet établissement. «ainsi qu'à l'historique de chacune des branches de l'enseignement, se complète par des listes de professeurs, de morceaux de concours, récompenses annuelles, etc., et par de nombreux documents officiels -et statistiques. La troisième partie donne alphabétiquement la notice biographique de tous les profes- -seurs et lauréats» (n° du l\ novembre 180/1). Cet ouvrage comportait donc à la fois une histoire pouvant être lue avec intérêt et un recueil de documents précieux à consulter.
Un important fragment, embrassant la période 1 78 0- 1 tS 1 5, fut publié en i8g5, à l'occasion du centenaire de la fondation du Conservatoire, en deux volumes intitulés : l'un, IL Sarreite et Us origines du Conservatoire national de musique et de déclamation; 1 autre, h Magasin de musique à I usage des fêtes natimales et du Conservatoire. Le premier faisait connaître les titres que le protagoniste de l'institution et ses collaborateurs se sont acquis à la reconnaissance du monde musical: il contenait aussi de curieuses décoin ertes sur les actes et les incidents d'une époque singulièrement active. Le second renseignait sur la nature et l'importance des travaux de composition et d'édition exécutés pour le service des fêtes publiques et pour les besoins de l'enseignement musical, par les artistes attachés à l'Institut national de musique.
x„ AVERTISSEMENT.
Quatre ans après, la publication intégrale «Hait enfin décidée. Le Conservatoire se trouvait appelé, pour la première fois, à participer à une Exposition universelle, en 1 900, avec les autres établissements d'enseignement artistique ressortissant à la direction des Beaux-Arts. La Commission spéciale du Comité d'admission de la classe à, présidée par M. Théodore Dubois, directeur du Conservatoire, élabora un programme indiquant les principaux documents ou renseignements qu'il convenait de mettre à la disposition du public. Elle demandait, indépendamment de divers objets ou travaux techniques, -la liste « des professeurs qui ont enseigné au Conservatoire depuis un siècle, avec l'époque de leur entrée en «fonctions, de leur retraite ou de leur mort: la liste des élèves qui en sont sortis avec distinction, avec ^quelques notes sur la carrière des plus brillants; l'historique du Conservatoire depuis sa fondation; -des documents très précis sur ce qu'ont été et ce que sont les concours, avec, pour chaque enseigne- « nient, le nom des professeurs, le nombre des élèves concurrents, le nom des lauréats, l'indication des * sujets de concours, etc. v , tous renseignements contenus dans l'ouvrage en préparation. En conséquence, sur la proposition de M. Henry Roujon, directeur des Beaux-Arts, membre de l'Institut, M. Georges Leygues, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, prit, à la date du 26 décembre 1800, l'arrêté suivant : «M. Constant Pierre, commis principal au secrétariat du Conservatoire national de c; musique et de déclamation, est chargé de l'organisation matérielle de la section de pédagogie musicale et dramatique (groupe I, classe h) à l'Exposition universelle de 1 900, du rassemblement et de «l'impression des documents historiques et administratifs intéressant cette section. •»
Vu l'impossibilité d'achever dans les limites prescrites un historique complet du Conservatoire, la présente publication comprend seulement les documents qui, dans la conception initiale, devaient en former l'appendice. Il a donc fallu apporter quelques modifications au plan primitif, pour constituer un ouvrage suffisamment complet par lui-même et disposé méthodiquement, qui permît au lecteur de dégager lui-même les enseignements et les déductions qu'il comporte.
Parmi les documents que contient ce recueil, les uns sont reproduits in extenso (pièces historiques, règlements, rapports, décrets, arrêtés, programmes, correspondance ministérielle, etc.); les autres ont été entièrement reconstitués d'après des éléments multiples, empruntés à des pièces authentiques (états nominatifs et numériques, listes périodiques et alphabétiques, statistiques, budgets, notices biographiques, palmarès, etc.). Les premiers se reconnaissent à l'indication des sources, mentionnée à la suite de chacun d'eux.
Le chapitre Ie1' est consacré à l'Ecole royale de chant fondée en 1 -7 S 'i , qui précéda le Conservatoire, mais ni> lui donna pas naissance. On ignore presque tout de cette institution, la première qui ait reçu des subsides de l'Etat, et le rédacteur de la notice sur l'enseignement musical, placée en tête du catalogue de la classe k de l'Exposition universelle de 1900, a dû se borner à nommer cette Ecole en constatant que les documents précis la concernant font défaut. Les quatre-vingt dix-huit pièces que l'on trouvera ici établissent les circonstances de sa création et révèlent les incidents de son existence passablement agitée et précaire de 1791 à 1795. Contrairement à l'opinion admise, Gossec, on le verra, n'est point le fondateur de cette Ecole : il en fut seulement le directeur au refus de Dauvergne et de l'abbé Roussier. Ses notes d'examen sur les aptitudes, le caractère, le travail et les mœurs des élèves
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ne laissent pas d'être instructives. Elles révèlent les tendances et les procédés d'enseignement ainsi que l'état d'esprit des maîtres et prouvent, parla franchise des appréciations que, pour eux, la question d'art primait l'intérêt particulier même à l'égard des protégés des plus grands seigneurs ou des plus puissants fonctionnaires.
Grâce à cet ensemble de documents on peut aujourd'hui porter un jugement véritablement équitable sur l'Ecole royale de chant, tant au point de vue de sa composition que de ses résultats.
C'est l'Ecole royale dramatique, absolument distincte de la précédente et dont la durée n'atteignit pas quatre ans, qui fait l'objet du chapitre II. On y trouvera notamment le curieux manuscrit de Mole, la liste des rôles travaillés parTalma, une liste des ouvrages ayant formé le répertoire général d'études de 1786 à 1788, les articles de divers critiques qui attestent que l'enseignement dramatique, comme l'enseignement musical, eut, dès le principe, des détracteurs parmi lesquels les comédiens ne se montraient pas les moins ardents.
Le Conservatoire a sa véritable origine dans la Musique de la garde nationale organisée en 1789, et successivement transformée en Ecole de musique municipale (1792), puis en Institut national de musique (1793), définitivement constitué en 1795 sous le titre actuel. Les documents relatifs à la Musique de la garde nationale forment ici le chapitre III. Tous les renseignements sur Sarrette, à qui l'on doit la réunion de cette phalange musicale, sont groupés en un paragraphe spécial; un autre comprend ce qui a rapport au corps de musique proprement dit et à l'Ecole créée par la Municipalité à l'instigation des musiciens de la garde nationale parisienne. La participation de ces artistes aux fêtes nationales et la fondation de leur magasin de musique sont à mentionner pour mémoire, l'une et l'autre ayant été le sujet d'ouvrages spéciaux auxquels il convient de renvoyer.
Le décret portant création de Y Institut national de musique, auquel le chapitre IV est consacré, ne fut qu'une simple décision de principe. Pendant les vingt et un mois qui s'écoulèrent jusqu'à la promulgation de la loi organique de l'an m, la situation fut la même pour la musique de la garde nationale : l'ère des sollicitations n'était pas close. Les pétitions adressées par les musiciens à la Convention, la délibération du Conseil général de la Commune de Paris relative à l'appui qu'il convenait de donner à leur requête, les justifications fournies à la Commission de l'instruction publique par les membres de l'Institut national sur leurs travaux et les pouvoirs qui leur avaient été conférés, insérées dans ces deux chapitres, font connaître, dans leurs moindres détails, les diverses phases des négociations et des démarches entreprises pour obtenir d'abord de la Convention la création de l'Institut de musique, puis sa constitution définitive en établissement national.
Au chapitre V, près d'une centaine de pièces montrent comment il fut procédé à l'organisation du Conservatoire, enfin fondé le 16 thermidor an m (3 août 1795). Elles font connaître les conditions du concours ouvert pour compléter l'effectif du personnel enseignant, quel était le jury et en quoi consistaient les épreuves; dans quelles circonstances se fit la nomination de Sarrette aux fonctions de «commissaire chargé de l'organisation » de l'École dont il était le principal promoteur et dans laquelle
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la loi organique ne lui avait point fait place. Largement doté au début, le Conservatoire ne devait pas tarder à ressentir les effets de la situation générale et, dès l'an v, ses administrateurs se trouvèrent contraints de se défendre contre un projet de réduction aux conséquences duquel ils n'échappèrent pas en l'an vm; des pièces, jusqu'ici inconnues, éclaircissent ce point spécial. Peu après, en l'an x, une seconde réduction des ressources budgétaires amoindrit sensiblement l'Ecole. Depuis quelque temps, une violente campagne diffamatoire dirigée contre elle était engagée dans les journaux et dans d'indignes pamphlets. Longtemps silencieux, les professeurs jugèrent utile de réduire à néant les calomnies propagées par ces écrits, et ils s'assemblèrent pour délibérer sur les moyens de défense et pour provoquer des explications de ceux qui, parmi eux-, se montraient partisans des accusateurs. Rien n'avait encore transpiré de ces orageux débats; un procès-verbal et d'autres pièces imprimés ici pour la première fois, d'après les manuscrits originaux, établissent ce qui s'est passé. La publication du « Recueil de pièces à opposer à divers libelles dirigés contre le Conservatoires, adressé à tous les hauts fonctionnaires de l'Etat, acheva de confondre les détracteurs. L'agitation se calma peu à peu et, par ses succès, le Conservatoire prouva sa vitalité.
Sous l'Empire, l'Ecole reprit sa marche ascendante; d'intéressants documents inédits (propositions, mémoires, rapports, règlements, etc.) permettent de suivre les étapes de ce mouvement qui aboutit à des relèvements de crédits, à la création du pensionnat pour les élèves de chant et d'une école de déclamation dramatique, à la construction de la salle de spectacle et de la bibliothèque. Mais survinrent les événements de 181 k et de 1810, et le développement subit un nouveau temps d'arrêt; l'existence de l'établissement fut même menacée.
A l'époque de la Restauration on revint au titre d'Ecole royale donné en 178/1, et l'on ramena l'enseignement au programme restreint de l'institution primitive, dont l'unique objet était d'alimenter le théâtre de l'Opéra. Trente années d'efforts et de progrès se trouvaient ainsi annihilées! Cette transformation suscita des difficultés de divers ordres que relatent les pièces méthodiquement réparties dans les cinq divisions du chapitre VI, relatif aux événements de la période 1816-1822.
La première de ces divisions a trait à la réforme de l'Ecole. Elle comprend les projets, les propositions, ainsi que la correspondance échangée à ce sujet entre le Ministre de la Maison du Roi et le Ministre de l'intérieur qui, depuis l'origine, avait le Conservatoire dans ses attributions. Il en ressort que l'on faillit, un instant, avoir deux écoles de musique; l'une, le Conservatoire proprement dit, serait restée à la charge du Ministère de l'intérieur, auquel était rattaché le service de l'instruction publique; l'autre, l'Ecole royale, devait être établie par le Ministère de la Maison du Roi. Pour des raisons budgétaires, le Ministre de l'intérieur dut sacrifier l'Ecole ressortissant à son Département.
Pendant ces pourparlers, les membres du Conservatoire, intéressés au maintien de l'établissement, multiplièrent leurs instances auprès des aulorités. Leurs mémoires, rapports, notes sur l'organisation et les résultats artistiques, et la correspondance du marquis de Larouzière — ancien directeur des haras, relevé de ses fonctions et mis à la tête du Conservatoire par le Ministre de l'intérieur lors de la desti-
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tution de Sarrette, — sont rangés dans la deuxième division. Ces curieux documents, inédits, montrent combien la lutte contre les entreprises de l'intendant de la Ferté fut ardente. Le marquis de Larouzière défendit énergiquement la cause du personnel du Conservatoire, soulevant maints conflits et opposant tous les moyens légaux aux fonctionnaires de l'Intendance. Il refusait d'obtempérer à leurs injonctions en se basant sur ce fait que, le Conservatoire ayant été créé par une loi, seule une ordonnance royale pouvait le supprimer. Sa résistance fut vaine!
Quand la dispersion du Conservatoire fut un fait accompli, de nombreuses réclamations s'élevèrent. Les professeurs évincés firent valoir les droits acquis conformément à la loi du 16 thermidor an 111. Mais le Ministre de la Maison du Roi qui, en réduisant le personnel enseignant, cherchait l'économie, se montrait peu disposé à augmenter ses dépenses en concédant de nombreuses pensions. Toutefois, ne pouvant contester le bien-fondé des demandes, il les renvoya au Ministre de l'intérieur qui, naturellement, n'entendait point payer des pensions pour des réformes qu'il n'avait pas prononcées. Sous prétexte que les professeurs n'avaient rendu aucun service à la Maison du Roi, le Ministre chargé de ce département refusa de leur attribuer aucune indemnité et, après une longue discussion, le Ministre de l'intérieur dut céder : vingt pensions, s'élevant ensemble à 20,000 francs, furent imputées sur son budget. Les divers incidents de cette affaire sont demeurés inconnus jusqu'à ce jour, la correspondance ministérielle, ainsi que les mémoires et pétitions présentés par Cherubini, Méhul, Saint-Prix, etc., au nom de leurs collègues, sont reproduits à la troisième division du chapitre VI.
La restitution au service de l'Intendance des Menus-Plaisirs, des bâtiments occupés parle Conservatoire, provoqua d'autres contestations. Ici encore, on retrouve le marquis de La Rouzière en lutte avec l'intendant de la Ferté, et, s'il succomba, ce ne fut pas sans avoir opiniâtrement combattu. Les pièces du débat forment la quatrième division de cet ouvrage.
La cinquième est affectée à la réorganisation et au fonctionnement de l'Ecole royale sur de nouvelles bases. Les partisans du Conservatoire ayant été vaincus, l'Ecole royale de musique prit sa place; mais, en réalité, ce ne fut qu'une substitution partielle, puisqu'elle s'ouvrit le 17 avril 181 G avec des professeurs sortant de l'établissement supprimé et des élèves choisis parmi les plus avancés de ses diverses classes. L'administration, le régime étaient systématiquement modifiés; mais lentement, par étapes, l'on revint aux traditions de l'établissement-type. A peine entré en fonctions, Perne, qui avait remplacé l'ancien directeur du Conservatoire avec le titre d'inspecteur général, ne manqua pas d'invoquer des précédents et de signaler les avantages de l'ancienne organisation, en demandant l'accroissement des ressources et l'augmentation du personnel; après lui, Cherubini obtint progressivement le retour aux usages consacrés pnr la précédente institution.
Outre les rapports de Perne sur la situation et le fonctionnement de l'Ecole, il convient de signaler au chapitre VI du présent ouvrage ses observations relatives à la modicité des fonds accordés pour 1 entrelien des pensionnaires du chant — tous adultes prêts à débuter sur les théâtres royaux — en comparaison de l'énorme dotation attribuée aux élèves de l'Ecole primaire de chant dirigée par Choron, jeunes enfants dont les besoins étaient moindres et les services encore incertains et bien éloignés. L'Académie royale de musique (l'Opéra) avait été hostile à l'Ecole royale fondée en 1 78/1 ; elle mani-
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testa la même antipathie à l'égard du Conservatoire en l'an x, et la nouvelle Ecole royale éprouva, elle aussi, la malveillance des sujets de l'Académie. La protestation des professeurs et le rapport de Perne édifient sur les mobiles de cette opposition, ainsi (pie sur le rôle peu correct du célèbre chanteur Garât. Enfin, l'administration de l'intendant de la Ferté n'ayant pas obtenu l'approbation du Ministre, celui-ci apporta d'importantes modifications dans le régime de l'Ecole; Cherubini fut nommé directeur, et avec lui se renoua la tradition un instant interrompue. A partir de ce moment, l'Ecole n'éprouva plus de sérieuses vicissitudes; on lui rendit en 1 33 1 son titre primitif, et sa prospérité ne fit que s'accroître avec le temps.
Là s'arrête la série des documents historiques. Ils proviennent en majeure partie des Archives nationales et sont le produit du dépouillement de plus de mille cartons ou registres (io65) émanant des diverses autorités : Assemblées, Comités de salut public et d'instruction publique, Maison du Roi, Ministères de l'intérieur, de l'instruction publique, des finances, Service des fêtes, théâtres, Directoire, Empire, Ville de Paris, etc. Pour chacune des pièces reproduites ici, les sources sont indiquées, ainsi que les cotes d'inventaire; il se peut toutefois qu'on ne retrouve plus toutes ces pièces sous la cote désignée, par suite de remaniements opérés dans le classement par le service des Archives, depuis l'époque assez lointaine — 1887-189/1 — où les dossiers ont été compulsés. Il a bien été établi une concordance entre les anciennes cotes et les nouvelles, mais elle porte sur des séries entières de cartons ei non sur chacun des documents inclus. Une centaine de cartons des archives de l'Opéra et plusieurs recueils du fonds des manuscrits delà Bibliothèque nationale, ont procuré quelques pièces intéressantes. Grâce à ces collections diverses, il a été possible de combler les lacunes constatées dans les archives du Conservatoire pour la période 178/1-1822.
La série des documents administratifs s'ouvre par les s actes organiques *», (chapitre Vil). Elle comporte trois divisions : l'une consacrée aux règlements généraux, anciens ou actuellement en vigueur; l'autre aux arrêtés ou décisions portant réglementation spéciale pour le service des classes et de l'enseignement, les bâtiments, le diapason, la Société des concerts et les classes instituées par le Ministre de la guerre pour les élèves militaires; la troisième division est réservée aux projets de réorganisation et aux débats des diverses commissions sur la revision des règlements.
Pour les conseils d'enseignement et comités d'examen (chap. VIII). ce recueil contient premièrement, les arrêtés pris en dehors des règlements généraux auxquels , d'ailleurs , il faudra se reporter pour être complètement renseigné sur les attributions desdits conseils et comités; secondement des listes spécialement établies pour la présente publication, indiquant la composition de ces conseils et comités, d'abord par séries périodiques et par catégories d'études, puis par ordre alphabétique.
L'état du personnel administratif et enseignant depuis la fondation est présenté de deux façons au chapitre IX.
En premier lieu, il y a une suite de listes quinquennales, sauf pour la période 1790-1822, pendant laquelle il s'est produit de nombreuses et incessantes modifications.
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En second lieu, vient une liste alphabétique résumant l'état civil et les services de tous ceux qui ont fait partie, à un titre quelconque, du personnel des professeurs ou de l'administration, qu'ils aient été appointés au non. Le registre du personnel n'ayant été ouvert au secrétariat du Conservatoire qu'en 1 828, il a fallu reconstituer totalement la période antérieure au moyen d'éléments pris de divers côtés, et, comme l'on n'inscrit sur ce registre que les titulaires d'emplois rémunérés, la liste que l'on trouvera plus loin a dû être complétée par l'adjonction des professeurs, répétiteurs, chargés de cours, etc., sans traitement.
Les Exercices publics des élèves font l'objet du chapitre X. Une notice historique a été rédigée spécialement pour faire ressortir l'importance du travail accompli, les documents recueillis ne suffisant pas pour en donner une idée. Cette notice retrace les débuts de la jeune phalange d'artistes, élèves ou lauréats du Conservatoire, qui se fit connaître par d'intéressantes séances désignées d'abord sous le nom de «Concerts français», et que l'on appela ensuite, trop modestement «Exercices». Ces séances eurent bientôt un immense succès; des pièces authentiques l'attestent : états de recettes et articles de journaux non complaisants. L'orchestre surtout excitait l'admiration des auditeurs par ses brillantes qualités, et on le plaçait «au-dessus des meilleurs de la capitale»; les étrangers le déclaraient supérieur aux orchestres de l'Allemagne et ils venaient entendre au Conservatoire les œuvres de Haydn, de Mozart et même de Beethoven, car — on en fit la remarque — c'est au Conservatoire que l'on exécuta, pour la première fois à Paris, trois des symphonies de ce maître, que des artistes plus expérimentés n'avaient osé aborder. L'orchestre était conduit tour à tour par un des violonistes et, dès ce moment, Habeneck révéla les merveilleuses facultés qu'il devait mettre plus tard au service de la Société des Concerts, qui tire son origine — on le verra — de cette première association d'élèves.
La collection des programmes des différents exercices, concerts ou représentations, devait compléter utilement la notice ci-dessus mentionnée. Ceux des premières années n'ayant pas été conservés en originaux, il a fallu les reconstituer à l'aide des annonces ou comptes rendus des journaux; toutefois, certaines lacunes n'ont pu être comblées. Les exemplaires connus du programme imprimé en feuille volante, pour être distribué dans la salle, ne sont pas antérieurs à l'année 1808; un astérisque, placé à la suite de la date, indique ceux qui ont été reproduits d'après ces sortes d'originaux; pour les autres, la source est citée immédiatement au-dessous du texte; quelques programmes sont connus à la fois par un exemplaire original et divers journaux. Lorsque, pour une cause quelconque, les œuvres annoncées n'ont pas été exécutées, le titre du morceau substitué a été seul mentionné. La reproduction de ces programmes n'a pas été faite littéralement; une disposition uniforme a été adoptée pour tous afin de rendre les recherches faciles et rapides; enfin, les textes ont été complétés par l'adjonction des noms d'auteurs faisant souvent défaut sur les originaux, et par la désignation précise des morceaux exécutés, parfois annoncés par ces simples mots : air, duo, trio, ouverture, air italien, etc.
L'exposé des résultats de l'enseignement devait être fait à plusieurs points de vue ; de là les cinq parties du chapitre XL • La première comprend tous les palmarès de l'an va 1819, tels qu'ils ont été publiés ou simplement
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proclamés. Les exemplaires originaux étant extrêmement rares — quelques-uns sont restés longtemps inconnus, — il convenait de les rééditer exactement. En outre, un certain nombre de ces documents n'ayant jamais été imprimés, il importait qu'ils fussent reconstitués intégralement. La collection est complète maintenant.
Pour diverses raisons, la reproduction des palmarès, dans la forme admise par l'administration, n'a pas été opérée au delà de l'année 1819. Il a semblé plus pratique d'établir autant de subdivisions qu'il y a de branches dans l'enseignement et de donner, pour chacune d'elles : i° le nom des professeurs dans l'ordre où ils se sont succédé; 20 le titre des morceaux imposés aux concours; et 3° la liste des récompenses décernées, cette dernière disposée sur autant de colonnes qu'il y a de degrés dans l'échelle des prix. De cette façon tous les lauréats d'une même année sont placés sur une ligne horizontale, et tous ceux qui ont remporté une nomination de même nature sont groupés, par années, les uns au-dessous des autres. Cette deuxième partie du chapitre ne comporte pas moins de 1 55 pages. Les listes de professeurs, par ordre de succession dans chaque faculté, ont dû être entièrement dressées pour cet ouvrage, non sans difficultés, car les renseignements ne sont pas toujours précis. Il a été suppléé, dans la mesure du possible, à ces lacunes. Quant aux listes de morceaux imposés dans les concours et qui fournissent un critérium pour apprécier la force des études, elles ont été formées à l'aide des procès-verbaux ; cependant rien n'a été noté pour les années — peu nombreuses il est vrai — où chaque concurrent exécutait une œuvre choisie par lui ou par le professeur; pour d'autres années, les procès-verbaux manquent ou ne contiennent pas les renseignements nécessaires.
11 ne suffisait point de présenter chronologiquement les lauréats de chacune des parties de l'enseignement; il était indispensable de donner, pour chacun d'eux, un résumé des diverses récompenses obtenues dans tous les concours auxquels ils ont participé, en y ajoutant leur état civil, les prénoms, les pseudonymes, les lieu et date de naissance, les décès, une liste de leurs œuvres, emplois, fonctions, distinctions honorifiques, etc., de façon à constituer de courtes notices biographiques (§ d). Il a semblé intéressant de placer en regard de l'indication des succès scolaires, quelques notes succintes sur la carrière artistique parcourue — ou en cours — sans qu'elles aient le caractère d'une biographie : simples jalons destinés à guider les recherches.
Aucun travail de ce genre n'ayant encore été entrepris, il a fallu en réunir les éléments disséminés. On ne possède pas, au Conservatoire, de registre d'inscription pour les élèves antérieurement à 1822. Pendant longtemps on y inscrivit — pas toujours exactement faute de pièces suffisantes — le nom et les prénoms de l'élève, sans qu'il fût fait mention du lieu et de la date de naissance, ni des récompenses obtenues; on se bornait souvent à marquer l'âge au moment de l'admission. D'ailleurs, ces renseignements n'ont paru au palmarès qu'à partir de 1800.
Plus de six mille notices forment ainsi le Dictionnaire des lauréats. Elles contiennent une partie officielle comprenant les renseignements extraits des palmarès et registres de l'Ecole ou d'actes authentiques s'y rattachant, et une partie non officielle donnant les références artistiques puisées à diverses sources ou recueillies au fur et à mesure des événements depuis l'époque assez lointaine où ce travail a été projeté.
Les lieux et dates de naissance sont tirés, en partie, des registres d'inscription du Conservatoire.
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Quelques erreurs s'y sont glissées à une époque où l'on n'exigeait pas de pièces authentiques; quelquefois, lorsqu'il y a eu substitution d'acte en vue d'échapper à une limite d'âge rigoureuse, ces renseignements ne s'appliquent pas à la personne qui a réellement appartenu à l'Ecole; des circonstances fortuites ont ultérieurement révélé plusieurs faits de ce genre. Pour la période assez longue où ces registres n'existent pas, on a eu recours à diverses pièces d'archives : pétitions, demandes d'emploi, dossiers de retraite, certificats de vie, états du personnel des théâtres ou administrations, de sociétés artistiques, etc. Là encore, il a été constaté qu'il n'y a pas toujours corrélation entre les divers documents. En ce qui concerne les décès (dont l'indication provient, pour la plus grande partie, de sources étrangères à l'administration), les mêmes réserves sont à faire. Les listes d'œuvres ont été dressées d'après les annales, les almanachs, journaux de musique, catalogues, etc. ; les emplois ont été relevés sur les états du personnel des théâtres, YAlmanach nalional notamment a donné la composition des troupes des théâtres subventionnés, et les annuaires de l'Association des artistes dramatiques ont indiqué les principales villes dans lesquelles ses adhérents ont exercé leur talent; de même en a-t-il été pour l'Association des artistes musiciens.
En parcourant le dictionnaire des lauréats, on constatera que, si beaucoup d'entre eux sont parvenus à la célébrité ou tout au moins ont rempli une carrière artistique honorable, il en est qui, pour des causes diverses, ont complètement renoncé à l'exercice de leur profession ou à la pratique de l'art.
Des statistiques étaient nécessaires pour achever l'exposé des résultats de l'enseignement. Il en a été dressé six qui forment la dernière partie du chapitre. Sans en tirer toutes les déductions qu'elles comportent, il est à propos d'en faire un résumé et d'y ajouter les éclaircissements indispensables.
C'est d'abord le tableau n donnant, par sexe et par années, l'effectif total des élèves ayant fait partie des diverses classes depuis 180"). Il fait ressortir une marche ascendante, puis une légère décroissance provenant, non pas d'un arrêt du mouvement, mais de mesures administratives destinées à obvier à l'encombrement des classes dont le nombre était insuffisant pour certaines facultés. Si l'on y eut maintenu une trop grande quantité d'élèves, c'eut été au détriment des études.
Le chiffre de 5oo, atteint en 18/12, s'est élevé progressivement jusqu'en 1861, où il est passé à 600; mais c'est à partir de 187/1 que l'accroissement a été surtout sensible : le nombre total dépasse 700 en 1880, puis il oscille entre 607 et 677 pour arriver brusquement à son maximum (735) en 1886. L'année suivante, on enregistre encore un chiffre à peu près égal, puis il redescend peu à peu jusqu'à ce que l'arrêté de 189/1, portant limitation du nombre d'élèves à recevoir dans chaque classe, ramène rapidement l'effectif total au-dessous de 600 ; depuis lors, il n'a pas dépassé 62 A. En réalité, le nombre des sujets qui fréquentent le Conservatoire est beaucoup plus élevé, car aux élèves inscrits s'ajoute une quantité d'auditeurs dont il n'est pas fait état en raison de leur situation exceptionnelle; ce sont dos expectants, de futurs élèves, auxquels le règlement n'impose aucune obligation et qui jouissent simplement d'une faveur.
Le tableau suivant b, donnant les chiffres annuels d'aspirants aux classes pour lesquelles l'admission a lieu par voie de concours, prouve que la diminution du nombre d'élèves n'est pas due au défaut de candidats, mais à une élimination intentionnelle.
AVERTISSEMENT
Pour l'ensemble des facultés, on constate que la progression du nombre des aspirants est constante. En 1870, on avait atteint le chiffre de 436 , pour une série de cinq concours, et dans l'espace de dix ans, l'on passa à 702 , le nombre de concours étant resté le même. En 1886, on arriva à 0,37 avec un concours supplémentaire (instruments à vent), et, comme il n'apporta qu'un appoint de 83 candidats, il en résulte que le nombre d'aspirants fourni par les cinq autres concours s'était encore élevé sensiblement. Enfin, depuis cette époque, le chiffre total s'est maintenu entre 900 et 938, — sauf dans les années où, faute de places vacantes, l'on dut supprimer le concours pour certaines branches d'études
et, si ce maximum n'a pas été dépassé, c'est que l'arrêté ministériel précité a réduit notablement la
limite d'âge d'admission pour le piano, le violon, la déclamation et divers instruments à vent.
En examinant le mouvement qui s'est produit dans chacune des matières de l'enseignement, on remarque une diminution très sensible des aspirants aux classes de chant (65 en 1897, contre 127 en 1 885), bien qu'aucune mesure restrictive ne soit venue s'opposer à leur inscription; tandis que, pour les aspirantes, il y a augmentation progressive. Au nombre de 122 en 1879, e^es ^ta>ent l/j9 en 1888, et, depuis, le chiffre a varié entre 120 et 1 36.
11 y a également diminution pour les aspirants aux classes de piano, dont le nombre maximum fut de 5 q en 1887 et qui n'est plus que de 2 1 à 35 dans ces dernières années.
Comme pour le chant, on trouve une augmentation dans le nombre des aspirantes aux classes de piano. Jusqu'en 1870, on ne dépassa pas la centaine (87 en 1867); mais, dès 1871, on y arrive, et de 1872 à 1878, les chiffres varient entre \ho et 175, pour passer subitement à 2i5 en 1879, soit un excédent de 5o sur l'année précédente. On n'en resta pas là, et en 1889 on parvint au maximum de 238. Une légère diminution se produisit ensuite jusqu'en 1892, et malgré l'abaissement de la limite d'âge à 18 ans (au lieu de 22) en 189/1 , le nombre d'aspirantes n'est pas descendu au-dessous de 170.
Pour le violon, il y a accroissement continu et, chose curieuse, le chiffre le plus élevé d'aspirants (i48 en 1898) s'est produit à une époque où la fixation de l'âge d'admission à 18 ans écartait un assez grand nombre de postulants; antérieurement aucune limite n'était imposée.
Jusqu'en 1880, la déclamation dramatique attira moins d'une centaine d'aspirants; ils dépassèrent ce nombre dans la période décennale 1881-1889, puis on n'en compta plus que de 80 à 96 pendant huit années, et c'est à partir de 1 898 que la centaine fut de nouveau dépassée. L'année 1899 donne le maximum avec i3/i candidats. La progression a été semblable — à peu de chose près — pour les jeunes filles, et il ne parait pas que la limite de 20 ans ait influé sur le chiffre des aspirantes.
Il n'y a pas grandes déductions à tirer de l'examen du tableau c (admissions annuelles), puisque la quantité d'élèves reçus annuellement dépend à la fois du nombre de classes et du maximum d'élèves qu'elles peuvent recevoir. Il n'y a pas non plus à établir de proportionnalité entre les chiffres des aspirants et ceux des admissions, ces derniers chiffres étant déterminés par le nombre de places vacantes. On verra toutefois que les inscriptions d'élèves n'ayant pas encore fait partie de l'Ecole varient de 1 5o à 200 par année. Une seule fois, en 1 885, il y eut 216 admissions. On en retiendra aussi que s'il y a près de 200 aspirantes pour le piano, il n'en peut guère entrer qu'une vingtaine par année, et qu'il en est à peu près ainsi pour toutes les autres classes; d'ailleurs les deux tableaux b et c — aspirants et admis — ont été placés en regard pour que la comparaison fût aisée et instructive.
AVERTISSEMENT
Les tableaux dans lesquels on trouve le nombre des concurrents et celui des récompenses attribuées annuellement au concours dans toutes les parties de l'enseignement (S 2, a h g, p. 87G). font voir que l'on ne prodigue pas les diplômes et qu'il y a peu d'élus, si les appelés sont relativement nombreux.
Ces tableaux ré sument, en chiffres, les listes nominatives des lauréats données précédemment (p. 533 et suivantes). Ils expriment, en oulre, le nombre d'élèves ayant participé aux concours, à l'exclusion de ceux que le Comité avait admis à concourir et qui n'ont pu se présenter pour un motif quelconque. Par suite des nécessités de la composition typographique, ces tableaux ont été dressés par séries groupées d'études a nalogues. Ainsi le premier contient l'enseignement théorique oral et écrit : sollège, harmonie, fugue, etc.; le deuxième, les études vocales : chant, déclamation lyrique, etc., et un tableau récapitulatif (/*) totalise les chiffres des six séries.
On voit que jusqu'en i843, il y eut moins de 100 récompenses pour.plus de i5o concurrents; que jusqu'en 1 809, les récompenses dépassèrent la centaine et que c'est à partir de 1860 qu'on en compte plus de 200. Deux fois on excéda 3oo, en 1 86 5 et en 1869.
Le chiffre total des concurrents commença à dépasser 5oo en 18G/1 ; il s'abaissa à 3/19 en 1872, et depuis il est monté jusqu'à 596 (1887); la moyenne des dix dernières années est de 619, chiffre relativement bas, alors que pendant ce temps le total des récompenses a suivi une marche ascendante.
Bien qu'il ne faille pas tirer des conclusions trop absolues de certaines statistiques, il a paru qu'il serait au moins curieux de connaître approximativement l'importance de la contribution de chaque département et des pays étrangers dans le nombre total de lauréats couronnés par le Conservatoire. De là le tableau de répartition (i) par départements d'origine. Il importe d'observer préalablement que pour l'établir il a été simplement tenu compte du lieu de naissance qui n'implique pas toujours la nationalité. On ne s'étonnera donc point, en relevant dans la série des pays étrangers, des lauréats du concours de composition musicale (Prix de Rome), pour lequel la qualité de Français est rigoureusement requise.
En classant les départements d'après le nombre de lauréats fournis dans l'espace d'un siècle, on s'aperçoit que celui de la Seine tient le premier rang avec 2,358 unités. Le Nord prend la deuxième place en accusant 32 1 lauréats. Fort au-dessous du précédent, ce chiffre est le plus élevé pour toute la province; il est dû évidemment au goût naturel des habitants de ce.tte région et à la multiplicité de leurs écoles de musique. D'ailleurs, nul n'ignore l'excellence de nombreuses sociétés musicales du Nord, chorales et instrumentales.
Sept départements seulement ont donné plus de cent lauréats; ce sont : la Haute-Garonne (i63), la Gironde (160), la Seine-et-Oise (i55), le Rhône (i25), les Bouches-du-Rhône ( 1 1 3 ) , le Pas-de- Calais (112); sept autres viennent ensuite avec plus de cinquante : Bas-Rhin (g5), Hérault (67), Seine-Inférieure (66), Côte-d'Or (62), Moselle (62), Loire-Inférieure (59), Vaucluse (56).
Cherchant maintenant ceux qui ont produit le moins de résultats, on constatera que : la Haute- Savoie ne compte pas un seul lauréat; la Lozère n'en offre qu'un; deux sont sortis de la Savoie, de la Haute- Loire et de la Creuse; quatre proviennent de la Vendée, de la Corrèze, du Cantal et de l'Ardèche; cinq sont originaires de la Mayenne; le Lot, l'Orne, l'Aveyron, les Hautes-Alpes et les Landes
CONSERVATOinK.
an AVERTISSEMENT.
peuvent en revendiquer six; le Gers. ;ept; le Jura huit, et enfin, les Deux-Sèvres et l'Indre, neuf. On remarquera que ce sont là précisément les pays qui manquent d'écoles de musique.
L'Algérie est, de nos colonies, la seule qui ait produit plus de 3o lauréats.
Une quarantaine de pays étrangers figurent dans cette statistique, la Belgique en tête ( i3i), l'Espagne et l'Allemagne (56), la Russie (Û7), l'Italie {ào), les Etats-Unis d'Amérique (28) et l'Angleterre (27). Les autres n'ont donné qu'un très petit nombre de sujets.
L'examen des spécialités fait constater que les chanteurs viennent pour la plus grande partie de la Seine (354), et pourtant le Sud-Ouesl est communément considéré comme la pépinière par excellence des artistes lyriques! La Haute-Garonne, il est vrai, se place en deuxième ligne (86), mais elle est suivie de près par le département du Nord (60). Puis, ce sont la Gironde (39), le Rhône (35), les Bouches-du-Rhône (29), la Seine-et-Oise (26) et l'Hérault (23). Aucun chanteur n'est venu des Hautes-Alpes, de l'Ardèche, de la Corrèze, delà Corse, du Gers, du Jura, de la Haute-Saône ou de la Haute-Savoie.
Pour les pianistes , c'est encore le département de la Seine qui tient le premier rang avec A92 lauréats, chiffre fort au-dessus de celui des autres départements, dont le plus favorisé — la Seine-et- Oise — ne met en ligne que 22 lauréats.
Pour les instruments à vent, la différence est moins sensible. En regard de 267 lauréats originaires de la Seine, on en trouve 1 55 du Nord, 65 du Pas-de-Calais, /12 de la Gironde, 37 de Seine-et-Oise, 3o des Bouches-du-Rhône, 28 de Vaucluse, 26 delà Haute-Garonne et 2 3 du Rhône. En revanche nul n'est issu de la Creuse, de l'Indre, de la Haute-Loire, de la Lozère, de la Savoie et des Deux- Sèvres.
Les documents relatifs aux distributions de prix consistent en discours et en programmes de concerts. Ils forment le chapitre XII.
C'est seulement depuis i865 que l'on est revenu à l'usage, inauguré sous la Révolution et presque aussitôt abandonné, d'insérer le discours prononcé à la distribution des prix dans le palmarès publié annuellement. Il manquait donc une assez longue série de ces discours. Faisant partie de l'histoire de l'Ecole et contenant des observations intéressantes sur sa situation, sur les améliorations tentées, sur les projets proposés, sur les idées en cours, ils avaient droit à l'insertion.
Jusqu'en 181 3, ces textes proviennent de diverses sources; puis il y a 'une lacune de onze années pendant la période qui correspond à la réinstallation de l'Ecole royale; et, à partir de 1 82/1, c'est au Moniteur universel, l'organe officiel, qu'ils sont empruntés.
Il convenait de reconstituer la série des programmes de concerts donnés aux distributions de prix (p. 967), tout autant que ceux des exercices des élèves. Elle a été complétée, pour la période initiale, grâce à divers journaux et aussi à quelques exemplaires originaux. Sauf pour l'année 1827, tous les originaux ont été retrouvés à partir de 1819.
Un établissement aussi vaste que le Conservatoire ne peut subsister, semble-t-il, sans nécessiter de
A\ERTISSKMENT. uui
dépenses considérables, et l'on ne sera pas peu surpris de voir, par l'examen des documents rassemblés au chapitre XIII, combien il fut insuffisamment doté.
D'après Lassabathie, il est impossible de donner les chiffres exacts des premières années; cependant il a publié le chiffre total des budgets de 1810 à 1860. Il a paru que pour faciliter une étude précise, de plus amples détails étaient indispensables, car diverses dépenses ne concernant pas directement le Conservatoire furent imputées sur les crédits qui lui étaient affectés.
Il a donc été dressé un tableau comparatif (a) contenant le total des budgets annuels, avec le montant de chacun des deux chapitres principaux : personnel et matériel — distinction nécessaire — et l'indication de la somme totale des dépenses effectives. Une suite de notes renseignent sur les diverses causes des variations constatées dans les chiffres.
Pour les premières années il subsiste des lacunes; c'est qu'il est fort difficile de retrouver la totalité des documents. Les Archives nationales en ont donné quelques-uns; les autres ont disparu ou sont confondus dans des classements généraux qui ont échappé.
La comptabilité n'ayant pas toujours été établie d'après des règles fixes et selon la méthode actuelle, il a fallu refaire les comptes pour un grand nombre d'années, et les reconstituer entièrement pour la période 1820-1828 dont les éléments, à ce qu'il semble, ne sont pas au complet.
Ainsi qu'il vient d'être dit, il importe de connaître la destination assignée aux fonds accordés par les lois de finances. Le tableau de répartition des crédits par nature de dépenses (p. 991) répond à cette nécessité. Il a été établi d'après les détails des budgets arrêtés par les Ministres et disposé de telle sorte que les comparaisons en soient aisées. En regard des crédits affectés au personnel on trouvera indiqué le nombre des emplois rétribués, élément essentiel d'une juste appréciation. Il convient d'observer toutefois que ces chiffres ne donnent pas l'effectif complet du corps enseignant, un certain nombre de professeurs ne recevant pas de traitement. Quant au détail des appointements attribués à chacun des emplois rémunérés, il est porté sur les états nominatifs du personnel par période quinquennale (p. A07 et suiv.).
Enfin, une suite de tableaux (p. 997) fait connaître, par années et par nature de dépenses, le montant des sommes ordonnancées sur divers articles des crédits alloués.
De généreux donateurs ont fondé à perpétuité des prix en faveur des élèves du Conservatoire qui remplissent certaines conditions. Le nombre de ces fondations est de 1 2 , dont on trouvera la liste avec le nom des bénéficiaires au chapitre XIV (p. 1 ooli).
Pour les Ecoles de musique des départements, dont l'histoire est indépendante de celle du Conservatoire, il a semblé qu'il suffisait de publier le texte de la Convention qui les place sous la dépendance du Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, avec la date a laquelle elles ont été érigées en écoles subventionnées par l'Etat (chapitre XV).
C'est par la multiplicité des tables qu'un recueil de documents aussi variés peut être d'un usage facile et rendre quelques services. L'index bibliographique (p. 1011) fait connaître la provenance des documents utilisés (voir p. xxvui) ; l'index chronologique (p. 1 0 1 3) permet de se reporter promptement
mv AVERTISSEMENT.
au chapitre où se trouve le renseignement cherché (voir p. xvvni). La table analytique et alphabétique des matières (p. ioi5) est suivie (p. 1022) d'une table des noms de personnes non compris dans les diverses listes alphabétiques insérées dans le corps de l'ouvrage (voir p. xxvni). On remarquera que dans ces tables, les numéros de pages ne sont pas placés d'après l'ordre de succession des chapitres, mais qu'ils se suivent, à quelques exceptions près, dans l'ordre chronologique des documents auxquels ils réfèrent.