THERMIDOR AN III— 2 5 JUILLET
Le citoyen Sarrette. l'un des administrateurs de l'Institut, etc., produit à la Commission executive trois états ci-joint,
etc Le premier de ces états comprend : i° les appointements des treize musiciens supplémentaires pour le mois
messidor dernier, montant à mille vingt neuf livres, trois sols , quatre deniers; 2° les frais divers (pie nécessite le service de l'Institut, portés à cent soixante-onze livres, ce qui forme au total la somme de douze cents livres, trois sols, quatre deniers, ci i,2oott 3* Ud
Le second, relatif aux frais occasionnés par la fête du ili juillet, s'élève à la somme de deux mille vingt-cinq livres, ci 2,oa5tt
Le troisième regarde une demande formée par les administrateurs aux fins d'obtenir : i° que la Commission de l'instruction publique ordonne, en conséquence de l'arrêté du Comité d'instruction publique, du ih germinal, le payement de la somme de sept cent cinquante livres pour acquit du dernier quartier de location de la maison que l'Institut occupait rue Joseph, et qu'il a évacuée le 10 messidor dernier; 2° le remboursement de la somme de deux cents livres, prix du déménagement des instruments de musique et pupitres du dit Institut, ce qui forme au total la somme de neuf cent cinquante livres , ci o,5ott
Total : quatre mille cent soixante-quinze livres , ci 4, 1 75tt
Le payement de ces différentes sommes est autorisé par l'arrêté du Comité d'instruction publique du 2/1 germinal et dont la teneur se trouve dans les précédents rapports.
On propose, en conséquence, conformément, etc. Fait à Paris, le 7 thermidor 3e an républicain.
1° Dépenses pour l'Institut national, par le citoyen Sarrette. Mois messidor.
Appointements aux 1 3 musiciens supplémentaires à la musique de la garde nationale pour le mois
messidor 1 ,02Qtt 3S 4d
Papier réglé par l'association des artistes musiciens 72 » »
Dépenses de détail 99 » //
Total i,2oott 3S h*
1" thermidor an m. Vu : Sarrette, commandant la musique de la garde nationale.
3° Loyer et déménagement.
Je soussigné, propriétaire de la maison ci-devant occupée par l'Institut national de musique, rue Joseph, reconnais avoir reçu du citoyen Sarrette, administrateur provisoire de l'Institut, la somme de sept cent cinquante livres pour prix du dernier terme de location échu le premier messidor présente année, dont quittance finale, ayant donné congé pour cette époque, de la dite maison, à l'administration de l'Institut, me réservant à me pourvoir en indemnité jusqu'à l'époque du payement des réparations locatives du temps qui s'écoulera depuis le premier messidor.
A Paris, ce premier thermidor an m de la République, une et indivisible. Wasse.
De Paris, ce 17 messidor.
Pour avoir desmenagé pour l'institu nacionnalle .
7 voyage à voitur à 20tt font 1 4ott 1 voiyage à prancar à 1 ott font 1 ott
U voyage à crochet à 5tt font 20 Autres voiyage a voitur à 3ott font 3o
Reçu le montant ci-desus. Joseph Lesprit.
Totale 200*
[Arch. nat., F" 1991.]
m L'INSTITUT NATIONAL DE MUSIQUE, 1795.
CCXYII. -- DÉCISION RELATIVE \ LA MISE A EXÉCUTION DE L'ARRÊTÉ PORTANT AFFECTATION DES BATIMENTS ,
8 MESSIDOR AN 111-2 6 JUIN l"]$h.
Ouï le rapport de la Commission d'instruction publique sur l'Institut national de musique, qui, forcé de quitter, dès le 10 de ce mois, le local qu'il occupe en ce moment rue Joseph, se trouvera dans la nécessité de cesser ses leçons si le Comité ne vient promptement à son secours, le Comité charge le commissaire Laporle de se transporter au Comité des finances, section des domaines, à l'effet d'obtenir de ce Comité, pour l'Institut national, le local qu'il demande au bâtiment des Menus, et pour le citoyen Gossec, qui dirige l'école de chant, un logement dans le même édifice.
[Arcli. nat., AF* n , 3o.]
CCXVIII. PRÉSENTATION DU PROJET DE CHÉMER A LV CONVENTION, 10 THERMIDOR AN III-28 JUILLET 179,5.
Chénier vient, au nom du Comité d'instruction publique, faire un rapport sur l'Institut national de musique; il propose diverses mesures tendantes à l'augmentation et l'amélioration d'un établissement qui surpasse déjà, par la réunion des artistes qui le composent . toutes les autres institutions de ce genre qui existent en Europe.
[Journal des débats et décrets, p. 55A.]
Le rapporteur propose deux projets de décret, la Convention en ordonne l'impression ainsi que du rapport et ajourne
la discussion.
[Moniteur universel, du 16 therm. m, p. 1272.]
CCXIX. RAPPORT AU NOM DES COMITÉS D'INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES FINANCES SUR L'ORGANISATION DE L'INSTITUT
CENTRAL DE MUSIQUE, PRESENTE PAR M.-J. CHEMER À LA CONVENTION; SÉANCE DU 1 O THERMIDOR 111— 28 JLILLET 1795.
fCitovens Représentants, peut-être il était courageux de venir plaider à cette tribune la cause des arts consolateurs de la vie. quand l'ignorance orgueilleuse et cruelle, ne pouvant dominer que par des moyens tyranniques, étouffait les lumières , proscrivait les talents et traitait d'objet frivole tout ce cpii pouvait adoucir les mœurs d'un peuple qu'on voulait rendre esclave soumis en commençant par le rendre despote féroce. Aujourd'hui que la mémoire de ces dominateurs impies est livrée à l'opprobre ; quand nous venons de célébrer ce 9 thermidor, qui a brisé les échafauds dressés par le despotisme anarchique ; quand des fêtes glorieuses, civiques, rappellent aux souvenirs de tous les républicains deux mémorables époques . celle de la chute du Trône et celle du Décemvirat, c'est un devoir doux à remplir que de proposer à la Convention nationale, amie de la République et des arts, l'organisation définitive d'un Établissement que les arts chérissent et qui a bien mérité de la République.
Déjà, Représentants, un décret rendu par vous, et rendu même dans un temps propice, ordonnait au Comité d'instruction publique de vous présenter, dans un court délai, des vues d'organisation pour l'Institut national de musique dans la commune de Paris ; mais ce décret bienfaisant était resté jusqu'à présent illusoire, soit par de longues entraves que les dominateurs d'alors ne cessaient d'opposer à son exécution , soit par les orageuses circonstances qui vous ont pressés de toutes parts depuis l'heureuse époque du 9 thermidor.
11 est temps, sans doute, de venir au-devant d'une foule d'artistes distingués, qui sont restés en France pour l'illustrer et la servir, préférant leur patrie agitée, mais libre, au calme et à l'opulence des cours qu'ils pouvaient embellir de leurs talents. En effet, les despotes, fatigués d'une fausse grandeur, sentent le besoin de se réfugier dans le sein des arts pour échapper à l'ennui pompeux qui les environne et les accable.
\os comités, fidèles au vœu formé par vous, viennent donc aujomd'hui vous proposer d'organiser définitivement l'Institut central de musique, car il a fallu lui donner ce nom: d'abord, en ce qu'il désigne mieux que tout autre l'établissement, et, en second lieu, parce qu'il empêche la confusion qui pourrait résulter de la conformité de l'ancien nom avec celle d'un établissement beaucoup plus vaste, qui vous est proposé dans le nouveau plan de constitution. Cet
lnsiiiut centrai de musique est déjà provisoirement organise en on eorps de musiciens exécutants, attaches à la garde nationale de Paris.
C'est ainsi que, depuis le fameux décret du ik juillet, ces artistes patriotes, sous la direction de Gossec pour la partie qui tient à l'art, n'ont cessé de concourir à l'exécution des fêtes nationales, indépendamment «lu service qu'ils remplissaient habituellement auprès du Corps législatif. Sous celte bannière civique, se sont rassemblés, à différentes époques, les premiers talents que la France possède dans l'art musical.
Je résiste au désir qui m'invite à les désigner publiquement, et je n'en cite aucun, car, pour être juste, il faudrait les citer tous. Qu'il me sutlise de dire, et je ne crains point d'être démenti par la France ni même par les étrangers, que, dans l'étal actuel des choses, il n'existe point en Europe, soit pour la composition, soit pour renseignement, soit poulies différentes parties exécutoires, une aussi brillante réunion de talents précieux et d'artistes justement célèbres.
C'est delà que sont partis ces nombreux ('lèves qui, répandus dans les camps français, animaient, par des accords belliqueux, l'intrépide courage de nos armées; c'est de là que nos chants civiques, disséminés d'un bout de la Fiance a l'autre, allaient jusque chez l'étranger, jusque sous les tentes de l'ennemi, troubler le repos des despotes ligués contre la République ; c'est là qu'ont été inspirés ces hymnes brillants el solennels que nos guerriers chantaient sur les monts d'Argonne, dans les plaines de Jenmiapes et de Fleurus, en forçant les passages des Alpes et des Pyrénées, en délivrant la Belgique des fureurs de l'Autriche et la Hollande des longues usurpations du Slalhoudérat : ces hymnes, qui font l'ornement de nos fêtes civiques, qui excitaient encore hier le juste enthousiasme de la Convention nationale, et que les républicains fiançais n'oublieront pas plus que les tiers descendants de Guillaume Tell n'ont oublié le chant rustique el populaire, qui, sur un sol étranger et jusque dans leur vieillesse, rappelle à leur imagination frappée les doux souvenirs de l'enfance et les souvenirs plus doux encore de la terre natale.
Et tel est l'empire de cet art, de tous les arts le plus universellement senti, qu'il ne faut qu'une àme et «les oreilles pour en jouir. Malheur à l'homme glacé qui ne connaît pas son charme irrésistible! Malheur au politique imprudent, an législateur inhabile, qui, prenant les hommes pour des abstractions et croyant les faire mouvoir comme les pièces d'un échiquier, ne sait pas qu'ils ont des sens : (pie ces sens forment des passions ; (pie la science de conduire les hommes n'est autre chose que la science de diriger leur sensibilité; que la base des institutions humaines est dans les mœurs publiques et privées , et que les beanx-arls sont essentiellement moraux, puisqu'ils rendent l'individu qui les cultive meilleur el pins heureux?
Si c'est une vérité pour tous les arts, combien est-elle évidente pour l'art musical! Orphée, sur les monts de la Thrace, soumettant les monstres des forêts au pouvoir de sa lyre; Arion, échappant au naufrage; Ampbion, bâtissant des villes; toutes ces fables de l'antiquité, embellies par l'imagination des poètes, ne sont, aux yeux du philosophe, (pie de brillantes allégories qui retracent énergiquement l'empire très réel de la musique. Mais si j'ouvre les annales de l'histoire, je vois Timothée subjuguant Alexandre, les rustiques Spartiates proscrivant le commerce et les arts, à l'exception de la musique ; ces mêmes Spartiates vaincus plusieurs fois et ressaisissant la victoire aux chants de l'Athénien Tyrtée.
Il n'a existé aucune nation sur la terre qui n'ait aimé cet art enchanteur; il est partout un instinct de la nature, un besoin de l'âme; on le trouve dans les camps et dans les forêts, dans les palais d'or des despotes de l'Orient et dans les pâturages de la Suisse et de la Sicile; il égaie la solitude, il charme la société, il anime à la fois la guerre et l'amour, la chasse et la vie pastorale. Le noir Africain, transporté sur la rive américaine, soulage ses travaux et son esclavage en chantant l'air que lui apprit sa mère libre ; le robuste habitant de l'Ecosse septentrionale répète les hymnes de ses anciens bardes, et se promenant dans la nuit, il croit entendre, le long des montagnes, la harpe et la voix d'Ossian.
L'enfant chante sur le sein de sa mère, qu'il peut à peine encore nommer; l'impétueux jeune homme chante au milieu des batailles ; le vieillard , réchauffant ses derniers jours aux doux rayons du soleil , répète , en pleurant , la chanson qui fit les délices de son enfance; les femmes, surtout, douées d'une sensibilité exquise et supérieure à la nôtre, aiment passionnément la musique, qui, comme elles, adoucit les mœurs, tempère la force par la grâce, rapproche et lie ensemble les divers éléments de la société.
Ce bel art charme aussi l'étude, et la philosophie aime à lui sourire. Sociale, au moment de boire la ciguë, le cultivait dans sa prison; Platon, qui connaissait son pouvoir et sa moralité, le mêlait à toutes les institutions de sa Uépublique, comme les ministres des différents cultes l'ont introduit, avant et depuis Platon, dans toutes les cérémonies
CO.NSEnVATOIRK. • 6
religieuses. Parmi nous, enfin, ce sage el sublime écrivain, qui a prouvé, partant d'ouvrages, que l'éloquence est l'arme la pins puissante delà raison, el que la sensibilité n'exclut point la profondeur philosophique . Jean-Jacques Rousseau, après avoir adoré toute sa vie cet art enchanteur, auquel il a dû même quelques succès, Jean-Jacques Rousseau, dans sa vieillesse, soupirait encore ses simples romances, qu'on ne peut chanter sans être attendri, et qui portent dans l'âme, doucement émue, la mélancolie qui tourmentait ses derniers jours.
Si donc cet art est utile, s'il est moral, si même il est nécessaire pour les armées, pour les fêtes nationales, et, ce qui comprend tout, pour la splendeur de la République, hâtez-vous, Représentants, de lui assurer un asile. Déjà, depuis vingt ans, les progrès rapides qu'il a faits parmi nous ont augmenté la gloire que la France s'est acquise dans les beauxarts. L'Allemagne et l'orgueilleuse Italie, vaincues en tout le reste par la France, mais longtems victorieuses en ce genre seul, ont enfin trouvé une rivale.
Cependant nos fêtes nationales seraient inexécutables dans cette vaste commune, les corps de musique de nos armées ne se renouvelleraient plus, nos théâtres et leurs orchestres dépériraient; les musiciens découragés, quitteraient nos contrées ingrates pour chercher une rive hospitalière; l'art lui-même succomberait sous les attaques du vandalisme, si la sage prévoyance des législateurs ne prévenait tous ces inconvénients.
La suppression des Ecoles de musique et des musiciens attachés aux anciennes cathédrales et aux chapitres a fait rentrer plus de quinze millions dans le Trésor public; il est instant de suppléer à leur existence par un établissement plus ('tendu . plus fertile en moyens d'enseignement et en moyens d'exécution , el dont les dépenses annuelles ne se monteront pas à a3o,ooo francs.
H sera glorieux pour vous. Représentants, de prouver à l'Europe étonnée, qu'au milieu d'une guerre immense, qui n'a été pour la République qu'une suite non interrompue de triomphes, contenant à la fois, dans l'intérieur, le terrorisme anarchique et le terrorisme royal, décrétant, pour des siècles, une constitution sage, républicaine, vous savez encore donner quelques instants à l'encouragement d'un art qui a gagné des victoires et qui fera les délices de la paix.
PROJET DE LOI SUR L'ORGANISATION DE L'INSTITUT CENTRAL DE MUSIQUE POUR L'ENSEIGNEMENT DE CET ART ET LA CÉLÉBRATION DES FETES NATIONALES DANS LA COMMUNE DE PARIS.
I. L'instilut central de musique, créé par le décret du 1 S brumaire an deuxième de la République , est établi dans la commune de Paris pour exécuter et enseigner la musique. Il est composé de cent quinze artistes.
II. Sous le rapport d'exécution, il est employé à célébrer les fêtes nationales ; sous le rapport d'enseignement, il est chargé de former les élèves dans toutes les parties de l'art musical.
III. Six cents élèves des deux sexes reçoivent gratuitement l'instruction dans l'Institut.
IV. La surveillance de toutes les parties de l'enseignement dans l'Institut et de l'exécution dans les fêtes publiques, est confiée à cinq inspecteurs de l'enseignement choisis parmi les compositeurs.
V. Les cinq inspecteurs de l'enseignement sont nommés par le pouvoir exécutif.
VI. Quatre professeurs pris indistinctement parmi les artistes de l'Institut, en forment l'administration, conjointement avec les cinq inspecteurs de l'enseignement. Ces quatre professeurs sont nommés et renouvelés tous les ans par les artistes de l'Institut.
VIL L'administration est chargée de la police intérieure de l'Institut, et de veiller à l'exécution des décrets du Corps légis-
latif ou des arrêtés des Autorités constituées relatifs à cet établissement.
VIII. Les artistes nécessaires pour compléter l'Institut ne peuvent l'être que par la voie du concours.
IX. Le concours est jugé par un jury de neuf membres de l'Institut ; ils sont nommés par le Pouvoir exécutif.
X. Une Bibliothèque nationale de musique est formée dans l'Institut : elle est composée d'une collection complète des partitions el ouvrages traitant de cet art, des instrumens antiques ou étrangers, et de ceux à nos usages, qui peuvent par leur perfection servir de modèles.
XL Celte bibliothèque est publique et ouverte à des époques fixées par le pouvoir exécutif qui nomme le bibliothécaire.
XII. Les appointemens fixes de chaque Inspecteur de l'enseignement sont établis à cinq mille livres par an ; ceux du secrétaire, à quatre mille livres; ceux du bibliothécaire, à trois mille livres.
Trois classes d'appointemens sont établies pour les autres artistes. Vingt-huit places à deux mille cinq cents livres forment la première classe; cinquante-quatre places à deux mille livres forment la seconde classe ; et vingt-huit places à seize cents livres forment la troisième classe.
XIII. Les dépenses d'administration et d'entretien de l'Institut sont réglées et ordonnées par le Pouvoir exécutif, d'après les états fournis par l'administration de l'Institut: ces dépenses sont acquittés par le Trésor public.
XIV. Après vingt années de service, les membres de l'Institut
central de musique ont pour retraite la moitié de leurs appointemens ; après celte époque, chaque année de service en plus augmente cette retraite d'un vingtième desdits appointemens. XV. L'Institut fournit tous les jours un corps de musiciens pour le service de la Garde nationale près le Corps législatif.