FRIMAIRE AN" X-4 DECEMBRE i8oi
Au Ministre de l'Intérieur.
Citoyen Ministre, par l'extrême pénurie dans laquelle je me trouve, ne recevant aucun fonds pour le service du Conservatoire je suis obligé d'appeler votre attention sur la situation de cet établissement. Il est encore dû sur les dépenses de l'an 8 dont le total s'est élevé à 19,07;) fr. 70, la somme de i3,ooo fr., le second semestre de l'an 9 montant à 4,i 79 fr. est dû entièrement et je n'ai rien touché encore sur l'exercice de l'an 10.
Cependant, l'époque prochaine de la distribution des prix aux élèves exige des fonds: les fournisseurs fatigués des retards qu'ils éprouvent m'excèdent de leurs réclamations; je vous prie, citoyen Ministre, de mettre un terme à la position critique dans laquelle je me trouve.
Veuillez me luire payer par urgence la somme de 4,179 n'- • '"onlaul des dépenses du dernier semestre de l'an (), dont les pièces à l'appui sont déposées dans vos bureaux de comptabilité; je \ous invite également à me faire rembourser
[Arrli. nat., F* i85o.|
CCLXIV. LETTRE AU SUJET DES ATTAQUES CONTRE LE CONSERVATOIRE; 26 FRIMAIRE AN X- 1 7 DECEMRRE l8oi.
Le directeur du Conservatoire au citoyen Arnault, chef de la division d'Instruction publique et des Beaux- Arts.
Citoyen, les inspecteurs de renseignement ont chargé le secrétaire du Conservatoire de publier la déclaration qu'ils ont adressée au Ministre de l'intérieur; ainsi votre lettre au secrétaire devient surabondante.
Je vous renvoie le journal La Gazette de France, qui, d'après l'arrêté du Ministre de l'intérieur, doit être dénoncé au Ministre de la police générale.
Je vous prie de me faire faire et de remettre au porteur, qui l'attendra, l'ampliation de la lettre du Ministre au citoyen Lesueur, afin que je la communique aux inspecteurs de l'enseignement qui sont réunis et qui désirent la connaître.
Je vous renvoie enfin la note que vous destiniez au citoyen Rœderer, il serait important de la lui faire parvenir afin qu'il fasse insérer dans son journal une note qui explique définitivement cette intrigue.
Salut et considération. Sarrette.
[Bibl. du Conservatoire.]
CCLXV. OBSERVATIONS SUR L'ETAT DE LA MUSIQUE EN FRANCE, PAR SARRETTE ; 5 VENTOSE X-2& FEVRIER l8o2.
[Voir Recueil de pièces à apposer à divers libelles, p. 29 ; Lassabathie; Hist. du Conservatoire (1860), p. 53 1 ; Constant Pierre, B. Sarrette et les origines du Conservatoire (1895), p. 1 89. ]
GCLXVI. RÉPONSE AUX CALOMNIES INSEREES DANS LE COIURIEB DES SPECTACLES; G GERMINAL X-27 MARS l8o2.
Le secrétaire du Conservatoire de musique au rédacteur du Courrier des Spectacles.
Citoyen, l'administration du Conservatoire de musique, d'après le vœu des membres de cet établissement, désire que vous veuillez faire connoître à vos lecteurs : 1° qu'il est faux que le Conservatoire de musique coûte environ 5oo,ooo fr. par année; il est porté dans le crédit du Ministère de l'intérieur pour a3o,ooo francs, toutes les dépenses comprises; 20 qu'il y a un bureau de surveillance permanent dans le Conservatoire, pour la police des élèves; 3° que les femmes reçoivent l'instruction dans un corps de bâtiment séparé de celui contenant les classes des hommes: h" qu'il y aune salle adhérente aux classes des femmes pour recevoir les parens ou surveillans des élèves-femmes; 3" que lorsque le besoin de l'enseignement exige la réunion des deux sexes pour l'étude, les parens ou surveillans sont appelés à rester dans les classes où ces réunions ont lieu; 6" que, depuis la fondation du Conservatoire, aucune atteinte n'a été portée aux mœurs, dans son enceinte.
Une réponse plus détaillée aux articles calomnieux insérés dans vos feuilles des 5 et 6 germinal courant, seroit une injure au Gouvernement, qui a revu, en l'an vin, tous les les détails de l'organisation de cet établissement public, et qui en surveille l'exécution.
Je vous salue. Vinit.
[Courrier des Spectacles du 7 germinal an x; Recueil des pièces à opposer, etc. p. 22, note t.]
CCLXVII. PROCÈS-VERBAL DE L'ASSEMBLEE DES PROFESSEURS RELATIVE À LA DEMISSION DE SARRETTE
ET AUX ACCUSATIONS PORTEES CONTRE LE CONSERVATOIRE", l8 JUIN l8o3.
Le 29 prairial an x, à 11 heures du matin.
Les membres du Conservatoire, réunis par convocation des inspecteurs de l'enseignement, le citoyen Gossec, présidant l'assemblée, annonce au Conservatoire que le citoyen Sarrette a communiqué au Comité d'enseignement, dans sa
séance du 28 prairial, les molifs qui l'ont déterminé à adresser au conseiller d'Etat chargé de la direction et de la surveillance de l'instruction publique, sa démission de la place qu'il occupe au Conservatoire.
Le président ordonne lecture de l'arrêté pris à ce sujet par le comité de l'enseignement. Suit la teneur de cet arrêté :
Arrêté du Comité des inspecteurs de l'enseignement du Conservatoire. Séance du s8 prairial an i.
Le Comité des inspecteurs, sur la communication qui lui esl faile par le directeur du Conservatoire, que, dans les circonstances actuelles, il a cru devoir donner sa démission enlre les mains du conseiller d'Etat: prenant connaissance des pièces qu'il dépose sur le bureau, arrête : Le citoyen Gossec est invité à prendre la présidence du Comité d'enseignement. Délibérant ensuite sur la conduite que doivent tenir les inspecteurs de l'enseignement, il est arrêté que le Conservatoire sera convoqué en assemblée extraordinaire demain 29 prairial, à onze heures du malin.
Les Inspecteurs de renseignement : Méhcl, Lesceur, Gossec, Martim, Cherubini, Monsignv.
Les pièces déposées au Comité d'enseignement par le citoyen Sarrette sont remises par le président à l'assemblée; elles consistent : 1' dans une brochure ayant pour titre : Lettre à M. Paisiello par les amateurs de la musique dramatique ; 2° en un recueil de pièces relatives à la réunion des artistes qui, en 1789, formèrent le noyau du Conservatoire de musique. Ces pièces sont successivement lues par le secrétaire du Conservatoire.
L'indignation des membres du Conservatoire interrompt souvent la lecture de la Lettre à M. Paisiello. Un membre exprime le vœu que le Conservatoire se transporte chez le conseiller d'Etat pour le prier de ne point accepter la démission du citoyen Sarrette. Celte proposition est écartée.
Un membre observe que le Conservatoire doit, avant tout, prendre connaissance des motifs qui ont déterminé le directeur à donner sa démission: il pense qu'avant de se livrer à une démarche irréfléchie, les membres du Conservatoire doivent remonter à la source des troubles qui sont fomentes dans son sein par des membres de cet établissement ; il pense qu'un acte récent fait par le citoyen Janson est lié au système établi de dissoudre le Conservatoire en amenant des décbiremenls intérieurs, en avilissant l'établissement au dehors et en le livrant à ses ennemis les plus acharnés.
Le secrétaire du Conservatoire lit la lettre signée Janson aine, et insérée dans le Journal de Commerce, n° 269, sous la date du 27 prairial an \:
Au rédacteur du Journal de Commerce.
Citoyen, on m'a prêté hier un écrit ayant pour titre : Lettre à M. Paisiello. J'approuve et je signerai volontiers les éloges mérités que l'on y donne à ce compositeur célèbre, mais je réclame contre une note de celle même lettre1, note dans laquelle on semble accuser tous les professeurs du Conservatoire d'avoir souscrit pour le buste du citoyen Sarrette, directeur de cet établissement.
Ami passionné des arts, plein de vénération pour les hommes qui s'immortalisent dans cette carrière, je souscrivis jadis avec joie pour le busle de l'auteur à'Alceste et d'Iphigénie. Un pareil hommage n'est dû qu'aux grands hommes; convaincu de cette vérité, j'ai refusé de signer, quand on me l'a présenté, l'arrêté dans lequel on proposait de le décerner au ciloyen Sarrelte5.
' On lit page 22 de la lettre citée : ^Récompense plus flatteuse sans doute que ne peut l'être un hommage commandé par la crainle chez des souscripteurs du busle qui n'osent rompre la chaîne qui les asservit, et s'écrier : La liberté seule a des droits sur les arts.tt ° Je dois à la vérité de dire que plusieurs professeurs ont tenu la même conduite que moi.
Le citoyen Janson est interpelé de déclarer quels sont les motifs qui l'ont déterminé à faire imprimer une telle réclamation, il répond : irJ'ai voulu justifier les membres du Conservatoire accusés de n'être pas libres et j'ai prouvé que la liberté existait dans l'établissement, puisque j'ai déclaré que moi et plusieurs professeurs nous n'avons pas signé l'arrêté relatif au buste. . . -
Le citoyen Janson est interrompu par un murmure général: un membre prend la parole et dit : -Vous avez, par votre réclamation, consigné dans les papiers publics un mensonge, vous avez voulu accréditer une calomnie, il est faux que le Conservatoire ait pris un arrêté pour élever un buste à qui que ce soit; je demande que l'arrêté du 2 germinal soit lu.» Le secrétaire lit l'arrêté dont il s'agit.
Le citoyen Janson est accusé par un membre d'avoir, non seulement articulé un fait calomnieux ainsi qu'il vienl d'être prouvé; il est accusé d'avoir, par sa réclamation, donné de la publicité à un libelle continuateur du svstème de calomnies établi depuis le mois brumaire dernier contre le Conservatoire et dont la source existe évidemment flans la brochure
LE CONSERVATOIRE DE MUSIQl E, IH02. 145
intitulée : Lettre à Gaillard. L'opinant déclare que c'est avec le plus grand regret que le Conservatoire doit voir dans sou sem des individus, vivant des bienfaits du Gouvernement, soutenus de la protection qu'il accorde à la réunion des artistes qui composent le Conservatoire, employer tous les moyens pour détruire l'institution.
Car, ajoute-l-il. il n'y a que des scélérats qui puissent manger le pain d'un établissement et provoquer sa ruine.
Cette expression est vivement rele\ée par le citoyen Rey ; il demande si l'on entend appliquer cette épithète à ceux qui n'ont pas signé l'arrêté du 2 germinal, il déclare qu'il ne l'a pas signé: on lui objecte que sa sortie est inconvenante, qu'il s'agit de ceux qui, salariés par l'établissement, le déchirent, provoquent sa dissolution et cherchent à avilir srs membres.
Le citoyen Rey réplique, il s'élève un grand tumulte; une voix dit au citoyen Rey que les expressions qui le blessent s'adressent à ceux qu'on vient de désigner et qu'elles s'adressent encore aux membres du Conservatoire, qui dans l'Opéra , soit à l'orchestre, soit au théâtre, soit aux fovers invectivent à tous propos l'Administration et les membres de l'établissement dont ils devraient s'honorer de faire partie.
Le citoyen Rey veut sortir et déclare que s'il eut su que l'assemblée avait pour but de l'injurier, il n'y serait point venu. On lui observe que ses applications ont été faites par lui-même; il est invité à rester.
Le calme se rétablit enfin. Le citoyen Janson, reprenant sa défense, persiste dans le contenu de sa réclamation et conclut en déclarant qu'il est responsable de ses écrits et qu'il les a signés. En vain le citoyen Janson veut-il se justifier dans l'écrit qu'il a publié.
Je propose que l'on ne s'occupe plus de cet objet; l'assemblée, composée d'artistes qui n'ont en vue que la prospérité du Conservatoire, saura qu'elle portion d'estime ou de blâme elle devra accorder au citoyen Janson pour l'acte dans lequel il s'obstine à persister
Reprenant l'avis de l'un des membres qui ont parlé sur la démission du citoyen Sarrette, j'invite l'assemblée à examiner avec soin la source des libelles dirigés chaque jour contre le Conservatoire: je désigne la lettre à Guillard comme l'origine de tous les maux, et je déclare que cet écrit insidieux, donnant à chacun des louanges et des injures, contient en outre un acte insigne de déloyauté; le citoyen Lesueur a rompu l'engagement solennel pris, sous la foi du serment, dans le sein d'un jury (nommé en l'an vin pour opérer la réduction du Conservatoire), de ne point relever les opinions des membres de ce jury, sur les individus qu'ils étaient obligés de désigner pour se donner mutuellement les éclaircissements nécessaires au but que le Gouvernement leur avait prescrit.
Le passage de la lettre à Guillard, page est lu. L'application en est faite à diverses explications données par
l'opinant. Le citoyen Lesueur récrimine et assure que la publicité dont on l'accuse existait avant l'impression de sa brochure; on lui répond que le fait est faux, et son accusateur interpelle les membres du jury présents de déclarer s'il a altéré la vérité dans les explications qu'il vient de donner; il dit : Si la moindre objection m'est faite, je me reconnais indigne de siéger plus longtemps avec les hommes respectables que comprend le Conservatoire, je me retirerai aussitôt.
Les membres du jury affirment (pie la vérité est toute entière dans les déclarations faites par l'opinant. Le citoyen Lesueur prend la parole, il établit sa défense sur des récriminations et des divagations sans ordre et sans suite, il dit (l'improbation générale des membres du Conservatoire manifeste les sentiments de l'assemblée à son égard). Un membre demande que l'on s'occupe des mesures qui doivent être prises.
Le président met aux voix si la parole sera maintenue au citoyen Lesueur. Elle est retirée au citoyen Lesueur.
L'assemblée s'occupe des mesures qu'elle doit prendre. Plusieurs propositions sont faites. L'arrêté suivant est adopté :
Une commission composée des citoyens Gossec, Méhul, Monsigny, Cherubini, Martini, Grasset, Donmich, Plantade, Raillot, fierton, Kreutzer, Rode, Carat, Guichard, Frédéric Duvernoy, Schneitzhoeffer, Tourette, Widerkehr, Eler, Ozi. X. Lefèvre, est chargée de préparer un travail tendant à réfuter par les pièces existantes, les calomnies insérées dans les libelles répandus contre le Conservatoire depuis le commencement de brumaire an x. Toutes ces pièces seront remises à la Commission.
On propose de charger cette Commission de faire . séance tenante, un projet de lettre au Conseiller d'Etat relativement à la situation dans laquelle se trouve l'établissement. Celte proposition est adoptée.
L'assemblée est suspendue un instant. Les citoyens Lesueur, Janson et Rey sortent de la salle.
COXSEnVATOlIlE. 1 (J
La séance est reprise, la Commission propose le projet de leltre suivant : (voir pièce CCLXVIII).
Ce projet de lettre est adopté, elle est transcrite et signée par les membres du Conservatoire.
Un membre propose qu'une lettre soit insérée dans les journaux pour annoncer que le Conservatoire va éclairer
l'opinion publique sur les manœuvres de ses détracteurs. Celte proposition est adoptée, la Commission est chargée de
son exécution. (Voir pièce CCLXIX.) La séance est levée.
[Minute mss. ; Bibl. du Conservatoire.]
CCLXMII. LETTRE DES PROFESSEURS AU SUJET DE LA DEMISSION DE SARRETTE; 29 PRAIRIAL AN X-l8 JUIN" l8o2.
Les Membres du Conservatoire au Conseiller d'Etat chargé de l'instruction publique.
Citoyen Conseiller, nous apprenons avec la plus vive peine que le citoyen Sarrette, directeur du Conservatoire, vient de donner sa démission; quels que soient les motifs qui l'y ont déterminé, les calomnies dirigées depuis longtemps contre lui et auxquelles le Conservatoire va répondre, nous font un devoir de rendre la justice due à son zèle et à son intégrité. Ses soins infatigables, son administration vraiment paternelle l'ont rendu nécessaire aux élèves, pour le succès desquels il a, depuis l'origine, consacré ses veilles avec une constance à toute épreuve, et aux professeurs dont il a, pour jamais, captivé l'estime, l'amitié et la reconnaissance.
Nous attendrons avec respect la décision du Gouvernement et nous osons espérer qu'elle sera favorable au vœu unanime de l'établissement dont le citoyen Sarrette a toute la confiance.
Salut et respect.
[Minute; Bibl. du Conservatoire.]
(Voir la pétition des élèves contre la démission de Sarrette, pièce CX.XXIV.)
CCLXIX. NOTE ADRESSÉE AUX JOURNAUX; 29 PRAIRIAL AX X-18 JUIN l8o2.
Les membres du Conservatoire de musique soussignés vous invitent, citoyen, à vouloir bien insérer dans votre journal la note suivante :
Un démenti formel sera donné aux calomnies renfermées dans le libelle intitulé Lettre à M. Paisiello, et rendu public par la réclamation du citoyen Janson. insérée dans le n° 269 du Journal de Commerce, sous la date du 29 prairial an x.
Le Conservatoire dévoilera enfin la conduite et les motifs de ceux qui demandent la dissolution de cet établissement.
Les membres de la Commission chargée de répondre au libelle,
Monsigny, Kreutzer, Martini, Eler, Gossec, Fréd. Duvernoy, Grasset, X. Lefèvre, H. Berton, Guichard,
SCHXEITZHOEFFER, Ozi, VYlDERKEHR , P. RoDE , ToURETTE , BaILLOT, PlANTADE , ChERUBINI, MkHDX , D0.MNICH.
[Minute ras. : Bibl. du Conservatoire; Cowrier des Spectacles, n" ig3i du 3o prairial an x; Journal de Commerce, n° 271 du 1" messidor au x.]
CCLXX. ATTESTATION DEMANDEE A GRETRY SUR LES CAUSES DE SA DEMISSION; 29 PRAIRIAL AN X.
Les membres du Conservatoire au citoyen Grétry, membre de l'Institut national des sciences.
Citoyen , un libelle infâme dirigé contre le Conservatoire et particulièrement contre le citoyen Sarrette renferme cette assertion que vous avez donné votre démission pour ne pas rester plus longtemps soumis aux passions de l'ignorance; les artistes y sont accusés de subir le joug du despotisme du citoyen Sarrette, etc
Nous attendons de votre respectable impartialité une déclaration authentique des motifs qui ont déterminé votre retraite du Conservatoire de musique. Salut et profonde estime.
Les membres de la Commission chargée de répondre au libelle
[Minute mss.; Bibl. du Conservatoire, n° 1 9,768.]
LE GONSER\ VTOIHK DE MUSIQUE, 1802. 147
CCLXXI. DÉCLARATION DE GRÉTRY RELATIVE A SA DÉMISSION 1)1 CONSEBVAIOIRE.
De l'Iiermitage de J.-J. Rousseau à Emile Montmorenci, ce 3 0 prairial an io.
Je déclare : i° qu'ayant accepté la place d'inspecteur du Conservatoire de musique, je prévins dès lors mes confrères Gossec,
Méhul, Cherubini et Lesueur que, vu les fréquentes hémoragies auxquelles je suis sujet, je ne garderais ma place que le temps
nécessaire à l'installation de cet établissement indispensable à l'art musical, et pour lequel ils croyaient mon expérience utile; a° que
pendant une année que je l'ai remplie, le plus parfait accord a régné entre nous et le citoyen Sarrette; 3° qu'enfui je
n'ai donné ma démission au Ministre que par raison de santé et ne pouvant plus longtemps remplir les devoirs que celte place
impose.
(jretby.
[Recueil de pièces à opposer à divers libelles. . ., p. 8.]
CCLXXII. LESUEUR EST INVITÉ A FOURNIR LA PREUVE DE SES ACCUSATIONS CONTRE LE CONSERVATOIRE;
3 MESSIDOR AN X-2 2 JUIN l8o2.
Le Conseiller d'Etat chargé de la direction et de la surveillance de l'Instruction publique au citoyen Lesueur, professeur au Conservatoire.
Je ne pourrai juger, citoyen, si l'improbalion de vos confrères, la rumeur de vos subordonnés et le murmure des (■lèves du Conservatoire sont injure ou justice, tpie quand vous m'aurez fait connaître vous-même les preuves sur lesquelles vous accuse/ le chef de l'établissement dont vous faites partie. Je les atlens. Si vous attaquez le Directeur avec justice, le nombre de vos improbateurs sera une preuve de votre courage et je vous en estimerai davantage. Si, cédant à des préventions injustes, vous avez voulu nuire au Directeur, ce sera vous qui mériterez le reproche d'insubordination.
J'approuve que vous suspendiez vos fonctions d'inspecteur jusqu'à l'éclaircissement que vous promettez concernant le citoyen Sarrette. J'approuverai bien davantage que. par une prompte réconciliation avec votre cbef et vos confrères, vous évitassiez la nécessité de cette suspension. Au reste, je ne confonds pas, avec la rumeur dont vous vous plaignez, les injures personnelles qui peuvent vous avoir été dites. J'en prendrai connaissance, je les punirai par les moyens qu'autorise la police de TEcole, sans préjudice des voyes de droit qui vous sont ouvertes. Je vous salue.
RoKDERKR.
[Arcli. de l'Opéra; pap. de Lesueur.]
CCLXXIII. L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES PROFESSEURS ADOPTE LE RAPPORT PRÉSENTÉ LE 26 MESSIDOR AN \-
l5 JUILLET l8o2. EN REPONSE AUX ATTAQUES DIRIGÉES CONTRE LE CONSERVATOIRE ET L\ ORDONNE L'IMPRESSION.
Le rapporteur de la Commission nommée le 29 prairial dernier fait, en assemblée générale des membres du Conservatoire, lecture d'un travail ayant pour titre : Recueil de pièces à opposer à divers libelles diriges contre le Conservatoire de musique. Ce travail est adopté; il est signé par les membres présents, et l'assemblée arrête qu'il sera de suite livré à
l'impression.
Le secrétaire du Conservatoire : Vinit.
[ Minute : Bibl. du Gonserv., 1 97Z18 ; Recueil de pièces, etc., p. ■>. j
CCLXXIV. RECUEIL DE PIECES A OPPOSER A DIVERS LIBELLES DIRIGÉS CONTRE LE CONSER\ ATOIRE DE MUSIQUE.
On répand depuis longtemps dans le public des libelles dirigés contre le Conservatoire.
Ces libelles attaquent l'établissement dans son organisation , et renferment un système de calomnie tellement suivi , qu'on ne peut douter que leurs auteurs ne cherchent à égarer l'opinion publique, sous le prétexte d'éclairer les autorités sur les véritables intérêts de l'art.
Le Conservatoire, qui fait partie de l'Instruction publique , se doit à lui-même de chercher à justifier la confiance dont le Gouvernement l'honore; il se doit de repousser les calomnies dirigées contre l'institution qu'on cherche à peindre sous défausses couleurs, de faire connaître la conduite et les motifs de ceu.; qui voudraient faire perdre l'estime publique aux membres de cet établissement, de rendre enfin hommage à la vérité sur l'administration du citoyen Sarrette, dont tous les soins ont été constamment dirigés vers le progrès et la gloire de l'art musical.
On a longtemps méprisé de vaines clameurs; une institution si étrangère par elle-même à toute espèce d'intrigue, et qui présente dans son ensemble le tableau d'une grande famille livrée tout entière à l'étude et à la pratique des beauxarts, devait éviter des discussions scandaleuses. Le Conservatoire a gardé le silence; s'il le rompt aujourd'hui, ce n'est point pour entrer dans l'arène et fatiguer sans cesse le public par de nouveaux débats que ne manqueraient pas de rendre nécessaires de nouveaux libelles; ce vœu, qui serait sans doute celui des ennemis du Conservatoire, ne sera pas rempli. Celte réponse ne leur est point adressée : elle n'est simplement qu'un recueil de preuves capables de fixer l'opinion sur un établissement qui a besoin d'être environné de l'estime publique pour atteindre le but que le Gouvernement lui a désigné en lui confiant l'instruction des élèves et l'exercice des moyens qui peuvent assurer les progrès de l'art.
Parmi ces libelles, un article du Censeur des théâtres, du i 8 germinal, et une Lettre à M. Paisiello, par tries amateurs de la musique dramatique», ont principalement excité l'indignation du Conservatoire.
H est difficile d'abord de concevoir comment, sans égard pour ce célèbre compositeur arrivé d'Italie, de prétendus amateurs de musique ont osé le fatiguer de leurs déclamations contre un établissement que M. Paisiello ne connaît encore que pour avoir reçu des artistes qui le composent l'accueil distingué qu'ils se sont toujours fait un devoir de rendre au mérite.
Mais avant que d'entrer dans de plus grands détails sur ce libelle, qui n'est que le complément de ceux qu'on a insérés dans les journaux depuis neuf mois, on va faire connaître ce qui a déterminé leurs auteurs anonymes à miner sourdement une institution qui leur porte ombrage et qu'il est de leur intérêt à renverser.
Dans l'assemblée générale du Conservatoire, tenue le 5 ventôse an 10. le citoyen Sarrette, directeur, sachant que depuis longtemps on cherchait à attaquer un établissement qui jouissait de la bienveillance et de l'appui du Gouvernement, fit lecture d'un écrit intitulé : Observations sur l'état de la musique en France.
Cet écrit avait pour objet : i° di> faire le tableau comparatif des diverses branches d'instruction en activité dans le Conservatoire et de celles qui existaient dans les anciennes écoles; a" de présenter les résultats de l'enseignement depuis la fondation du Conservatoire; 3° de donner un aperçu des dépenses qu'occasionnerait l'organisation complète de renseignement de la musique dans toute l'étendue de la République, comparativement avec ce que coûtaient autrelbis en France les écoles de musique dans les établissements tenants au culte.
Ces observations, déjà communiquées parle citoyen Sarrette au Comité d'enseignement, avaient été faites dans l'intention de soumettre au Gouvernement un système complet d'enseignement musical. Les bases de ce travail avaient même été soumises dès l'an 5 à la Commission d'instruction publique du Corps législatif, et en fruclidor an o au Premier Consul.
Les ennemis du Conservatoire, frappés des vues qu'elles renferment, frappés surtout de ce qu'elles offrent aussi les moyens de compléter, comme on vient de le dire, l'enseignement de l'art musical dans toute la République, s'en sont emparés; ils ont présenté ce dernier avantage comme provenant d'un système conçu par eux et à la faveur duquel ils accusent le Conservatoire d'insuffisance dans son organisation actuelle. Enfin ils ont attaqué ouvertement l'institution, mais sous le voile de l'anonyme, prévoyant bien que cet écrit qui existait entre les mains de l'autorité pourrait un jour déposer contre eux, s'il venait à être publié, et assurerait pour jamais leur défaite.
Ils prétendent que tries maîtrises des cathédrales peuvent seules former des chanteurs, des musiciens et des sujets propres à la tragédie lyrique-* , et proposent en conséquence (p. i5 et 1 6 de la Lettre à M. Paisiello) "\a formation de soixante maîtrises et de sept écoles de perfectionnement n.
\ oici d'abord comment ils cherchent à prouver que cette formation est nécessaire :
Les rois de France n'avaient pas, comme les puissances d'Italie, lié les institutions musicales aux institutions sociales. Nous n'enseignions pas la musique dans nos écoles; nous n'avions pas ces précieux conservatoires, où, par une éducation soignée, on prépare les premières forces de l'enfance à assurer celles de la virilité. On ne conçoit pas que Louis ne sentit pas, en créant l'Aca-
délaie royale de musique, qu'il Fallait Faire enseigner l'art dans les écoles de l'enfance pour préparer les sujets qui devaient un joui chanter el jouera l'Opéra. Cela parait d'autant plus étonnant que dès son origine ce spectacle était créé comme école de perfectionne-
menl ; or, le perfectionnement suppose des études préparatoires pour élever, par exemple, un chanteur au degré de perfection. On ne peut excuser cet oubli, à moins qu'on ne pense qu'à celte époque on pressentit que les maîtrises des cathédrales fourniraient assez de sujets convenables à l'Opéra.
Il est vrai que ces établissements religieux en ont donné lorsqu'à la première révolution faite par Rameau dans la musique, l'art prépara les Français à devenir dignes des bienfaits d'une seconde. Celle-ci fut l'ouvrage de l'immortel Gluck : il trouva dans les jeunes gens que les cathédrales avaient fournis à l'Opéra 'une souplesse d'organes nécessaire à moduler le chant du sentiment et la brûlante expression des passions; il les forma lui-même pour ses ouvrages. Ce compositeur dramatique s'immortalisa en unissant au genre de la féerie et de la mythologie, riche domaine de l'opéra, celui de la tragédie lyrique; il a consacré la seconde révolution
musicale par les Ipltigéitie . Alceste, Orphée, Arinidc, elc rien ne manque à sa gloire il inspira le génie de l'auteur
d' Œdipe ii Colone. Ces ouvrages exigèrent le chant en action. SNous avons l'obligation aux anciennes cathédrales de nous avoir préparé des sujets capables de joindre à leur jeu l'expression et l'accent des compositeurs. La difficulté d'imiter les chanteurs-acteurs sera-t-elle donc un titre pour essayer de jeter du ridicule sur l'énergie nécessaire à la tragédie lyrique? Plaisante tant qu'elle voudra l'impuissance, il est constant et prouvé que les maîtrises des cathédrales nous ont donné des voix et que l'espoir qu'il s'en formera renaît avec l'espoir que, ces écoles ouvertes, nous aurons des chanteurs de lorce et de stature héroïques. On a été très mal éclairé dans des temps de troubles sur l'efficacité des moyens de suppléer les cathédrales et de former des chanteure.
Le Conservatoire de Paris a été établi; son existence, extrêmement onéreuse au trésor public, n'a tien produit encore, parce que les talents des grands maîtres, qui honorent l'art, y sont soumis à une organisation vicieuse; le double essai de SéJntromti et d'Arsace en est une preuve.» (Lettre à M. l'nisiello, p. h à 8.)
Notv. On a inséré à la suite de ce recueil les Observations sur l'état de In musique en France, et devant lesquelles ces déclamations tombent d'elles-mêmes; on \ renvoie le lecteur1.
Les libellistes ajoutent :
tt Elle est donc dîspendîeusement prouvée depuis huit ans celte combinaison vicieuse des éléments nécessaires à l'instruction
musicale ; et le moment approche où un emploi mieux raisonné de fonds considérables utilisera la science des professeurs distingués, qui rougissent de ne servir qu'à l'ambition du citoyen Sarrette, tandis que leur patriotisme et leur zèle les portent à désirer de voir régler renseignement et à lui donner l'essor utile qu'il doit avoir." (Lettre à M. Paisiello, p. 8 et p.)
Les observations précitées en disent assez sans doute sur cette combinaison vicieuse dispendieusement prouvée depuis huit ans (quoiqu'il n'y ait que cinq ans que le Conservatoire soit en activité pour l'enseignement du chant).
Quant à l'ambition du citoyen Sarrette, elle est bien réelle; on peut s'en convaincre par la lecture de ses observations; les produits du Conservatoire prouvent également vers quel but elle est dirigée : rien de ce qui peut tendre au progrès de l'art musical, et par cela même augmenter la gloire nationale, n'échappe à ses vues. C'est cette ambition, si pure dans son principe, si noble dans son objet, qui lui a captivé l'estime de tous les vrais amis de l'art. C'est à lui que l'on doit la fondation d'un établissement que le Gouvernement a jugé utile, qu'il a toujours protégé, et dont il a encouragé les élèves de manière à ne laisser aucun doute à cet égard. Us voient dans le citoyen Sarrette un administrateur zélé, s'occupant sans relâche à maintenir l'ordre dans un établissement, faisant naître toutes les occasions d'augmenter son utilité au dedans et sa considération au dehors. Les membres du Conservatoire, qui rougiraient sans doute de servir l'ambition personnelle, aiment à seconder celle qui anime le citoyen Sarrette; leur patriotisme et leur zèle y sont intéressés, persuadés, comme ils le sont, que cette ambition qu'ils partagent tourne tout entière an profit de leur art.
Le système des libellistes semble être d'éveiller toutes ces petites passions el d'exciter ces honteuses querelles, à la faveur desquelles on se donne une réputation d'un jour; le temps en est passé. Ceux qui ont une idée juste des beauxarts sentent qu'ils doivent être un lien dans la société, et non pas un sujet de discorde. Les prétendus amateurs de la musique dramatique se trahissent : ce n'est pas en écrivant des volumes d'injures que l'on prouve la pureté de ses intentions et la justesse de son jugement; ce n'est pas en fabriquant chaque jour de nouvelles diatribes que l'on manifeste
1 Voir plus haut (XLXVI.
son amour pour les arts, ces doux fruits du travail, de la paix et de la concorde; les vrais amis des arts suivent un autre chemin que celui de l'intrigue et prennent un autre langage que celui de la calomnie.
Les auteurs du libelle prétendent qu'on a repoussé du Conservatoire des hommes recommandables par leurs talents; ils disent :
L'histoire de la musique, le besoin d'en bien diriger l'enseignement étaient inconnus au citoyen Sarrette ; la moindre connaissance de l'art, les faibles notions, même en littérature, lui ont toujours été el lui sont encore fort étrangères. Cette absence du double
moyen nécessaire au chef administratif d'une école de ce genre n'échappait point aux observateurs Crétry, inspecteur de
l'enseignement, ne voulut pas rester longtemps soumis aux passions de l'ignorance : U cessa les fonctions de sa place, et il ne fut pas le seul : Lays, éloigné par l'intrigue, discontinua d'y donner des leçons de ce chant pur qui plaît, parce que le publie est convaincu que l'art n'est beau qu'en brillant sous les charmes de la nature; Martin et Solié, modèles précieux de l'aimable genre de chant, de la grâce et de la gaité, furent toujours repoussés du Conservatoire par un homme qui ne sait pas que la variété des talents est la richesse des arts.
Les pièces suivantes répondent à ces assertions '
Après ces pièces . qui détruisent les assertions auxquelles elles sont relatives, on va continuer à citer les passages calomnieux des libelles qu'il importe au Conservatoire de réfuter.
Sémiramis laite par un jeune professeur dévoué à exécuter toutes les volontés de son protecteur, le rôle d'Arsace chanté
par un élève devaient assurer et justifier de hautes prétentions; mais la faiblesse des armes employées pour vaincre présageait la défaite. Il serait peu séant, Monsieur, de battre ces deux champions à terre, mais il est important de neutraliser des etTorts constamment développés pour faire croire que l'art avoue l'enthousiasme payé des amis, des prôneurs et de quelques journalistes qui ne semblent se coaliser que pour affaiblir l'influence des arts sur la prospérité publique et pour dénigrer ceux qui les cultivent. | Lettre à M. Paixiello, p. 10 et il.)
On voudrait se servir de l'opéra de Sémiramis et du début d'un élève du Conservatoire comme d'un argument contre son organisation. On expliquera plus loin d'où vient cet acharnement contre un ouvrage et un élève que ie public a accueillis fa\orablement. Ce n'est ni aux libellistes qu'il appartient d'attaquer un opéra nouveau, ni aux membres du Conservatoire qu'il convient de défendre l'ouvrage d'un de leurs collègues; c'est au public à juger, c'est au temps à condamner ou à confirmer les jugements du public, à donner aux choses leur juste valeur, à établir enfin cet éqmlibre dans L'opinion qui fixe la réputation et détermine le rang que chaque auteur doit occuper.
Apollon fut à peine descendu dans les campagnes d'Admete que les bergers vinrent invoquer le dieu de la lumière.
Vous remarquerez et vous consacrerez, Monsieur, l'époque à laquelle un cri général demande une révolution administrative dans le régime auquel se trouve assujettie la musique. (Lettre à M. Paisiello, p. u.)
Il est inutile de faire sentir le ridicule de cet appel fait à un étranger respectable pour opérer une révolution dans le régime auquel se trouve assujettie la musique : el n'est-ce pas pousser l'indécence bien loin que de vouloir faire de M. Paisiello l'instrument d'une pareille révolution ?
Peul-on oublier que nous devons à Gluck Iphigénie en Aulide, Iphigénie en Tauride, Orphée, Alceste, Echo et \arcitte,
Armide ; à Piccini, Iphigénie en Tauride, Didon, ttoland et Athys ; à Sacchini, Renaud, Chimène, Dnrdanus, Œdipe à Colons et Arvire et Evélina ; à Salieri, les Danaïdes et Tarare; à Vogel, la Toison d'or et Démophon; à Lemoine , Phèdre, Nephté et les Prétendus; à Crélry. l/i Caravane, Panurge, Anarréon, Andromaque , Aspasie et Colinette à la cour; à Philidor, Ernelinde et Persée ; à Mozart, 1rs Mystères d'Isis ; àMéhul, Adrien ; à Fonlenelle, Bécube; à Kreutzer, Asbanax ; à Porta, les Horaces?
Ce riche répertoire, domaine du Gouvernement qui paie, on néglige à dessein d'en développer les trésors au public, afin de persuader que tous ces beaux ouvrages sont des antiquailles à remplacer par des Sémiramis 1
Ces ouvrages sont une vraie mine d'or pour l'Opéra , mais on se garde bien de l'exploiter ; ce serait présenter un objet de comparaison peu favorable aux novateurs.?) ( Lettre à M. Paisiello , p. i3 et j i.)
1 Voir ces pièces aux annexes, CCLXXI . p. \U- et A à C. p. lBS et suiv. | C. P.)
Les affiches prouvent qu'on n'a point négligé l'ancien répertoire. C'est d'ailleurs l'administration de l'Opéra, et non celle du Conservatoire , qui décide la mise au théâtre des divers ouvrages. De ce que l'on a donné un opéra nom eau, les
libellistes veulent tirer celte conséquence insidieuse que le Conservatoire est partisan de tel ou tel maître Son
respect pour les talents qui ont illustré la scène lyrique n'est point équivoque, et il a prouvé qu'il savait honorer le mérite dans toutes les écoles.
Le général victorieux et pacificateur a senti le besoin de donner plus de force au traité musical fait entre les trois peuples; vous êtes avoué le plénipotentiaire de l'un et des deux autres; présentez-lui nos vœux, indiquez-lui les réformes que le bien de l'art exige, et démontrez-lui le besoin du rétablissement des écoles musicales. L'organisation des cultes rétablit en France soixante cathédrales; chacune d'elles peut avoir une maîtrise: la dépense, que le citoyen Sarrette n'a point utilisée depuis huit ans, sera mieux employée si elle est répartie sur chacune de ces écoles.
Les élèves qui en sortiront avec des dispositions pour le chant entreront dans sept écoles de perfectionnement, dont six seront fixées dans les six plus grandes villes de France, parce que le luxe y favorise plus particulièrement le développement et le progrès des arts d'agrément ; la septième école de perfectionnement sera à Paris; elle doit être divisée en trois sections placées dans différents quartiers ; dans la première, on enseignera le solfège et le chant; dans la seconde, les instruments; dans la troisième, la théorie musicale et la composition.
Un inspecteur général se rendra tous les ans dans les écoles premières, y distinguera les élèves qu'il pourra faire passer dans les écoles de perfectionnement; dans les visites qu'il fera de ces dernières, il désignera les élèves qui conviendront à l'Opéra.
Ce théâtre, école lyrico-drarnatique, recevra ceux que des talents et des dispositions physiques auront fait distinguer; il reprendra sous un maître de perfection du chant, et sous des maîtres de scène, les institutions qui conservèrent jusqu'aujourd'hui les traditions qui font encore l'admiration des étrangers, charmés de l'éclat et de la magnificence de ce spectacle. Les professeurs habiles, que l'ambition du citoyen Sarrette enchaîne, seront libres de justifier le droit qu'ils ont aux faveurs et à la protection du Gouvernement. Ainsi se neutraliseront, les efforts que fait un seul homme pour asservir à sa domination l'art musical en France; ainsi sera détruite la funeste influence que le citoyen Sarrette a acquise : il commande l'asservissement de l'Opéra à l'autorité qu'il s'arroge. (Lettre à M. Pahiello , p. i5 à 17.)
Les Observations sur l'état de la musique renferment , comme on peut le voir, un plan dont une partie , adoptée par le Gouvernement, est en activité dans le Conservatoire. On a déjà expliqué comment les libellistes s'étaient emparés de l'idée relative au complément de l'enseignement musical dans toute la République, pour s'en servir' comme d'un argument contre l'organisation actuelle du Conservatoire; ils diffèrent cependant par les moyens d'exécution. Et les vices de ces moyens sont démontrés dans les observations dont il s'agit.
Elle (cette organisation) consacrera un emploi fait avec discernement des fonds concentrés dans une capitale, où la dissipation et la corruption n'ont pas permis et ne permettront jamais aux enfants de profiter de la dépense que fait depuis huit ans le Gouvernement pour former des voix au Conservatoire de Paris. Elle aura l'avantage de faire choisir dans les divers climats de la France les germes de voix que la nature sait y varier. (Lettre à M. Paixiello, p. 18.)
Le Conservatoire, il faut l'observer pour la seconde fois, n'est en activité que depuis cinq ans pour l'enseignement du chant; c'est une petite erreur échappée aux libellistes et qu'il est important de relever : ce n'est pas en aussi peu d'années que l'on forme des voix. Quant à l'avantage de fane choisir dans les divers climats de la France les genres de voix que la nature sait y varier, cet avantage a été également démontré dans les Observations sur l'état de la musique plusieurs années avant l'existence du libelle, comme on l'a prouvé.
Le citoyen Sarrette a fait faire une souscription dont l'objet est de lui ériger un buste. (Note de la Lettre à M. Pamello, p. 32.)
Une lettre . insérée dans le Journal du Commerce du 29 prairial au 10, et signée Janson, a rendu public le libelle diffamatoire dont on vient de rapporter quelques passages, et qui n'était destiné, suivant l'expression de ses auteurs, qu'à éclairer l'autorité.
Le citoyen Janson, en faisant connaître qu'il ne partageait point le vœu de ses collègues, a donné, par les termes de sa réclamation, une apparence de réalité à un mensonge, et a essentiellement compromis le Conservatoire : 1° en publiant un vœu, qui d'abord n'est pas celui que les membres du Conservatoire ont émis, comme on le prouvera
bientôt, et qui, dans (ous les cas, ne devait pas être publié sans l'assentiment de ceux qui l'ont formé; 2° en mettant lo Conservatoire dans la nécessité d'entretenir le public de calomnies sur lesquelles il aurait gardé le silence sans celle publicité qui le force, parles raisons qu'on a déjà données, à dévoiler enfin la conduite des ailleurs do cette lutte scandaleuse, qu'il est temps de faire cesser pour jamais, et qui est directement opposée à l'esprit de paix qui a toujours régné dans l'établissement.
Revenons à la prétendue souscription dont il s'agit.
Pour faire sentir tout ce que les calomnies dirigées contre le citoyen Sarrette ont d'odieux; pour faire connaître l'étendue des services qu'il a rendus à l'art musical, et les raisons qui doivent le rendre cber à tous les membres du Conservatoire, il suffira de dire quelle fut l'origine de cet établissement.
Quaranle-cinq musiciens provenant du dépôt des gardes françaises formèrent, en 1780, le noyau de la musique de la Carde nationale parisienne. Ils furent réunis au moment de la Révolution par le citoyen Sarrette '. En mai 1790, les avances qu'il avait faites lui furent remboursées; le corps de musique passa aux frais du corps municipal, et complété au nombre de 78 musiciens, il continua le service de la garde parisienne et fit celui des fêles nationales. Ce fut alors que, sur les pressantes invitations du citoyen Sarrette, plusieurs artistes se réunirent au corps de musique.
En janvier 1792, époque de la suppression de la Carde nationale soldée, le corps municipal n'ayant plus de fonds disponibles pour cet objet2, le citoyen Sarrette rcsla encore chargé de l'entretien des artistes. Cet état dura jusqu'au mois de juin de la même année. La dissolution entière des écoles entretenues par les fondations du culte entraînant la destruction totale de l'enseignement de la musique, le citoyen Sarrette sollicita au nom des artistes et obtint de la municipalité de Paris l'établissement d'une école gratuite de musique *.
Cette institution réunit et retint à Paris plusieurs artistes célèbres qui se disposaient, à la lin de 1792, à quitter le territoire français. L'école que les artistes formèrent fournit pendant la guerre ces nombreux corps de musique nécessités par la levée des quatorze armées. Le Gouvernement, vu les services rendus chaque jour par l'école de musique, fixa les fonds nécessaires au traitement des professeurs.
En brumaire an 2 , la Convention nationale adopta le principe d'organisation du Conservatoire, sous le titre d'Institut national de musique. Cet établissement continua avec ses nombreux élèves le service des fêtes publiques. L'Institut national de musique fut à cette époque un asile pour les talents, et les artistes nationaux et étrangers qui ne faisaient point partie de cet établissement y trouvèrent même un appui. Enfin le 16 thermidor an 3, une loi fixa définitivement l'organisation de l'Institut national et lui donna le nom de Conservatoire de musique.
Les professeurs du Conservatoire ne peuvent qu'honorer celui qui a provoqué la formation d'un établissement dont ils se font gloire d'être membres, celui qui l'a administré avec autant de dévouement pendant douze années. Témoins du courage avec lequel il a repoussé tous les traits dirigés contre l'institution; témoins de ses efforts conslants pour justifier la confiance du Gouvernement, ils ont cédé à l'impulsion de leur reconnaissance et ont cru qu'il convenait, au moment où l'on redoublait les clameurs, de manifester d'une manière durable les sentiments dont ils étaient animés; en conséquence, à l'insu du citoyen Sarrette, ils ont arrêté ce qui suit (voir CXXXIU, p. 76).
Il faut d'abord observer qu'il n'est pas ici question de souscription. Le Conservatoire, par un régime particulier qu'il a adopté comme association de famille, a des fonds destinés aux dépenses qu'il juge devoir faire. On voit ensuite qu'il ne s'agit pas d'un buste, mais d'un monument de gratitude destiné à transmettre aux artistes qui seront par la suite appelés à partager les travaux du Conservaloire les motifs de leur reconnaissance; or un buste ne peut transmettre des motifs. Cette interprétation est doublement fausse en ce qu'elle est à la fois contraire et à l'esprit et aux termes de l'arrêté. Le viril seul que renferme cet arrêté, inscrit dans l'intérieur du Conservatoire, eût été un monument de gratitude aussi simple dans son exécution que jusle et naturel dans son objet. Tel est "l'hommage commandé par la crainte chez des souscripteurs de bustes, qui n'osent rompre la chaîne qui les asservit*. (Lettre à M. Paisiello , p. 22.)
Calomniateurs! qui osez attaquer des artistes dans ce qu'ils ont de plus cher, leur indépendance; il ne vous est point donné de connaître en quoi ils font consister leur fierté. Vous qui vous écriez que la liberté seule a des droits sur les arts, vous ignorez sans doute que les droits de la liberté n'excluent point ceux de la reconnaissance; vous ignorez que
1 Voir CXL1X. — 2 Voir CLIV à CLVI. — 3 Voir CLVII.
la reconnaissance est le lien le plus sacré de la société; que c'est elle <jui partage les hommes en deux classes, les gens de bien et les méchants ; que les premiers regardent comme le plus saint des devoirs de ne jamais oublier les services rendus , et que les derniers, sans pudeur et sans foi, osent décorer du nom de liberté ce qui n'est qu'ingratitude! Et quel autre intérêt que celui de la gloire de l'art musical attache les membres du Conservatoire à cet établissement ? C'est parce qu'ils le croient fait pour marcher à ce but qu'ils honorent celui qui fait tout ce qu'il doit pour l'y conduire. Où sont les places ou les faveurs qu'ils attendent? Ils doivent tout à leur travail; ils trouvent dans leurs talents la garantie de leur indépendance; et l'estime de leurs concitoyens, seul bien qu'ils ambitionnent, les vengera de vos outrages.
Après avoir réfuté les calomnies insérées dans la Lettre à M. Paisiello , il reste à parler de l'article du Censeur du 18 germinal, où l'on cherche à peindre l'institution comme dangereuse pour les mœurs, parce qu'elle admet à la fois l'instruction des deux sexes.
Les ^Observations sur l'état de la musique* font sentir l'avantage et la nécessité même de faire participer les femmes à l'instruction musicale, instruction qu'elles ne recevaient pas dans les anciennes écoles. C'est à l'organisation intérieure d'un établissement à prévenir les désordres qui pourraient en résulter; c'est aux règlements à empêcher qu'il ne soit porté aucune atteinte aux mœurs. Dans la réponse faite au nom de l'administration du Conservatoire à ce sujet, on est entré dans des détails suffisants pour prouver que rien n'était négligé pour maintenir la décence dans l'établissement. Ou doit ajouter, comme on l'a déjà fait, qu'une plus grande explication serait injurieuse pour le Gouvernement qui revoit successivement tous les détails de l'organisation intérieure. Ce ne sont point des articles de la nature de ceux insérés dans le Censeur qui peuvent mériter la croyance du public , et l'on ne peut supposer que le lecteur choisisse entre deux assertions celle d'un prétendu ami de la vérité qui n'a garde de se nommer, et qu'il ajoute foi à des calomnies au préjudice d'un établissement placé sous l'inspection immédiate de l'autorité. Au surplus, voici l'explication du libelle: L'auteur ne veut point de femmes au Conservatoire, et la raison est simple, c'est qu'il veut soixante maîtrises de cathédrales. On voit qu'il s'entend à merveille avec les amateurs de la musique dramatique, et que le système de calomnie ne saurait être mieux suivi.
Le Conservatoire a fait connaître comment on cherchait à dissoudre l'établissement pour former de nouvelles écoles, et par quels moyens on avait cherché à lui faire perdre la confiance publique : il va dire quelle fut l'origine de cette guerre scandaleuse.
C'est avec douleur qu'on a vu l'un des membres de cet établissement, le citoyen Lesueur, faire imprimer un écrit intitulé : Lettre en réponse à Guillard sur l'opéra de la Mort d'Adam, etc. On ne peut se dissimuler que cette brochure n'ait été le signal de la discorde, et n'ait donné lieu à toutes les libelles qui ont paru depuis sous le titre du Russe à l'Opéra, de La fantasmagorie des Menus, de la Lettre à M. Paisiello , ainsi qu'à une infinité d'articles insérés dans les journaux et dont le sens se trouve dans la brochure du citoyen Lesueur.
Une fable absurde fut jetée en avant pour être aussitôt combattue, et quelques libelles répétant cette fable retentirent du bruit que la destruction du Théâtre des Arts était provoquée. Tel est le thème sur lequel le citoyen Lesueur a cherché à étayer les réclamations les moins fondées. Il a réclamé pour un tour de mise au théâtre qui était assuré à son opéra de la Mort d'Adam et que jamais personne ne lui a contesté.
Voici deux lettres adressées par le Ministre de l'intérieur au citoyen Lesueur et qui vont le prouver ' :
Paris, le 'i frimaire an 10.
Le Ministre de l'intérieur au citoyen Lesueur, au Conservatoire.
J'ai reçu, citoyen, avec votre lettre du 17 brumaire, ta brochure que vous avez bien voulu m'adresser.
En publiant cette brochure vous vous êtes proposé deux objets. Le premier de réclamer contre les motifs qui ont empêché la représentation de la Mort d'Adam à l'époque que j'avais indiquée ; le second de vous élever contre l'intention où l'on paroit être de détruire le grand opéra français.
Vos réclamations sur le premier objet, citoyen, ne me paroissent pas plus fondées que vos inquiétudes sur le second. Des asser-
1 Ces lettres, communiquées dans le temps, par ordre du Mi- L'original de cette lettre est conservé aux Archives de l'Opéra dossier
nistre de l'intérieur, aux artistes du Théâtre des Arts et à ceux du des papiers de Lesueur. Une copie des deux lettres se trouve aux
Conservatoire, sont publiées avec autorisation. (Note du recueil.) Arch. du Conservatoire. (C. P.)
tions positives me prouvent que le relard apporté à la représentation de <V< Mort d'Adam n'est que la suite de celui que vous avez mis à livrer les partitions de votre musique.
Quoi qu'il en soit, j'ai enjoint à l'administration du Théâtre des Arts de me rendre compte, décade par décade, des dispositions faites pour la mise de votre opéra. Vous voudrez bien de votre côté, citoyen, lui fixer l'époque précise où votre ouvrage sera en état d'être représenté.
Quant aux inquiétudes que vous exprimez sur la situation du Théâtre des Arts, la publicité à laquelle vous les livrez peut seule donner quelque consistance à des bruits trop dénués de fondement pour que l'autorité consente à les démentir.
Je m'élèverois moins vivement, citoyen, contre l'effet que peut produire la publication de votre brochure, si l'auteur était moins connu par ses travaux, par ses succès et par les fonctions qui lui sont confiées dans la partie même sur laquelle il écrit. Je vous salue. Signé : Chaptal.
Paris, le aS frimaire an 10.
Le Ministre de l'intérieur au citoyen Lesueur.
L'estime et la considération que m'avoient inspirés voire personne et vos talents, citoyen, ne m'ont pas permis de voir sans une profonde affliction que vous ayez engagé des débals qui reposent sur des principes aussi faux qu'ils seraient absurdes.
On a, dites-vous, retardé par tous les moyens possibles, la mise de l'opéra de la Mort d'Adam. On veut, ajoutez-vous, détruire l'opéra français.
D'abord , il est faux qu'il y ait en dessein de retarder la mise de votre opéra ; l'ordre de le mettre à l'étude a été donné , et nul n'a réclamé contre son exécution.
Mais, fùt-il vrai qu'on eut ordonné de différer cette représentation, de quel droit pourriez-vous vous en plaindre ? Le Gouvernement, qui fait des frais énormes pour l'entretien de l'Opéra, ne doit-il pas meltre au nombre de ses devoirs quelques considérations d'économie, de convenances, de succès? Suflira-t-il de faire un opéra pour en forcer la représentation? Depuis quand un auteur a-t-il osé prétendre disposer du trésor public ? Ainsi il est faux qu'on ait voulu retarder la mise de la Mort d'Adam ; mais l'ordre en eùt-il élé donné, vous n'auriez pas le droit d'accuser le Gouvernement.
Votre seconde assertion est une fable que vous avez ourdie dans l'intention de vous faire un parti. Le Gouvernement connaît comme vous loule la gloire de l'opéra français; comme vous il rend justice aux grands talenls qui l'illustrent ; il fait plus, il donne chaque jour de nouvelles preuves de ses sentiments à cet égard. Pourquoi donc porter méchamment l'inquiétude dans l'âme des honnêtes artistes qui ne sont occupés que de leur devoir? Pourquoi appitoyer le public sur le soit de ces hommes distingués qu'il applaudit et qu'il aime?
Le Gouvernement cherche à perfectionner et non à détruire; il veut multiplier les jouissances du public et non les éteindre, et je vois avec peine qu'en calomniant quelques-uns de ses agents, vous n'avez pas même su rendre justice à ses intentions. Je vous salue.
Chaptal.
On ne peut rien ajouter à ce qu'on vient de lire; on observera que la suite naturelle des ordres donnés , comme on le voit, par le minisire, était la représentation de la Mort d'Adam ; mais c'est alors que le citoyen Lesueur relire sa pièce et veut faire croire par ce coup d'éclat qu'il est persécuté.
Quand les ennemis du Conservatoire ont vu un inspecteur de l'enseignement attaquer, non pas nominativement mais d'une manière indirecte et cependant assez claire pour lever tous les doutes, le Directeur de l'établissement et l'un des professeurs, sous prétexte que des intrigues multipliées empêchaient la mise au théâtre de la Mort d'Adam, ils ont redoublé d'audace, ils ont déclamé contre les productions du Conservatoire, contre son administrateur, contre tous les professeurs: ils ont élé jusqu'à peindre l'institution comme dangereuse pour les mœurs et n'ont rien négligé enlin pour amener la dissolution favorable à leurs projets.
Il est remarquable qu'au milieu de leurs déclamations ils ont toujours trouvé le moyen de parler de l'opéra de la Mort d'Adam, d'accuser d'intrigues quelques membres du Conservatoire, d'appuyer d'une manière directe les assertions vagues du citoyen Lesueur, et de représenter d'après lui-même la majorité du Conservatoire comme cédant à l'influence de quelques hommes En voici la preuve complète :
Il n'est que trop vrai que le citoyen Lesueur, membre du jury qui avait été nommé par le Ministre de l'intérieur le 27 ventôse an vin, a divulgué ce qui s'y était passé , malgré le serment fait par tous les jurés de ne rien révéler des opérations relatives à la réduction du nombre des professeurs , réduction ordonnée par le Gouvernement pour des raisons d'économie.
LE CONSEB\ATOIBE DE MUSIQUE, 1802. 155
Il est dit, dans la 4° partie de la Lettre à (iuillard (p. 5y et 58), que wdans les arrangements d'alors, im professeur (qu'on s'abstient de nommer ici) eut le malheur d'être la victime du babil inlluent de certaines personnes sans expérience, qui, jetées en avant pour l'éviction projetée de eussent mieux fait | \u l'importance qu'on veut bien leur
supposer) de se réunir aux nombreux, artistes cjui défendaient le maître dont je vous parle ', que de profiter de cette prétendue et circonstancielle importance pour oser s'opposer à son maintien.»
En vain le citoyen Lesueur oppose-t-il que le fait était public; lui seul l'ayant fait imprimer, on ne peut en imputer la révélation qu'à lui seul ; et c'est en outre faire injure à tons les membres du jury que de supposer, comme il le fait, qu'ils se sont laissé influencer dans les fonctions pénibles et délicates dont ils étaient chargés : ils n'ont cédé à aucune considération personnelle ou particulière, et sont demeurés aussi fidèles à la voix de leur conscience qu'à leur serment.
Un pareil oubli de ses devoirs devient encore plus grave quand ou y ajoute le peu de francbise avec lequel le citoyen Lesueur attaque des membres du Conservatoire sans jamais les nommer, mais en les désignant dans les termes les plus inpuieux et de manière à ce que pas un lecteur de bonne foi ne puisse douter de ses intentions. Une seule proposition a été répétée plusieurs fois à l'auteur de la Lettre à Gaillard, celle de nommer les individus qu'il a prétendu désigner; il a toujours refusé ce moyen loyal d'expliquer sa funeste brochure, que l'on doit regarder, d'après ce qui a été dit, comme la source de tout le mal. Et c'est un artiste dont la mission spéciale est d'encourager les talents naissants et aider à leurs développements qui dirige tous ses efforts contre les jeunes aspirants, qu'il devait, aux termes de son contrat, soutenir et favoriser! C'est un inspecteur de l'enseignement qui allume les premières torches de discorde dans un établissement où il est admis pour s'occuper des progrès de l'art, et qui met enjeu les passions et les divers intérêts de ceux qui n'attendaient qu'une occasion favorable pour attaquer le Conservatoire afin de s élever sur ses ruines !
On laisse au lecteur à tirer les conséquences d'une pareille conduite.
Vivement affectés de ces débats qui fatiguent le public et ne peuvent être que nuisibles aux succès de l'enseignement, les membres du Conservatoire n'ont point prétendu répondre aux libellistes ni à la lettre du citoyen Lesueur, et engager
ainsi une lutte scandaleuse; ils n'ont voulu que faire connaître la vérité et réfuter des calomnies par des preuves
Ce devoir est rempli.
Les membres du Conservatoire de musique :
Gossec, Mehil, Cherubini, Martini, Moxsigxy, Lanclé, Catel, Baillot, Boieldiei, Vimt. Delcamisrk. Dugazon, F. Duverxoy, Baudiot, Eler, Garât, C. DrvERNOv, Lasuze, Hcgot, Kreutzer, X. Lefèxre, Ozi, Plantade, Iîicuer, Sallantix, Adriex, Aubert, Erxest-Assmann, Domnich, J. Blasius, Braix, Bich, Duret, Diverger, Fasquel, Gebaler, Gérard, Gobert, Giérillot, Giiciiard, Githjiaxx, Grasset, Kenx, J. Le-
FEBVRE, MaRCILIAC, LeGENDRE, MÉOX , MÉRIC , MoLLET, B. MoZIX , L. PrADERE , BûGAT, AdAM , ScHNEITZHOEFFER ,
Schwext, Simrock, Soler, Sponheimer, Tolrette, Veillard, YYixderlick, L. Jadin,\A iderkehr, L. Lefèvre, Mathiei , H. Bertox, P. Rode, Levasseir, Laiiolssave.
' Cette révélation est inexacte ; un seul artiste réclama en faveur de C. . . , et ce ne fut pas le citoyen Lesueur.