Le Consulat et l'Empire
Ouverture de paix à l’Angleterre. — Pologne ; la question de son rétablissement. — Mission projetée de Talleyrand. — Ultimatum de l’Empereur Alexandre. — Pénurie des subsistances. — Tentative pour , ramener la Suède. — Départ de l’Empereur. — Le pape à Fontainebleau. — Opinion en France sur la guerre. — Réunion et fêtes à Dresde. — Mission de Lauriston auprès d’Alexandre. — Mission de l’abbé de Pradt en Pologne. — Narbonne revient de Wilna. — Napoléon se rend à l’armée. — Prétentions de Bernadette ; re-. jetées. — Andréossi, ambassadeur à Constantinople. — Paix entre la Porte et la Russie. — Napoléon annonce au sénat • la guerre. — Sa proclamation à l’armée. — Force des armées; plans d’opérations; passage du Niémen. — Entrée dans Wilna.
— Organisation de la Lithuanie. — Confédération à Varsovie.
— Réponse d’Alexandre à Lauriston.
Napoléon ne voulut point ct^mencer la guerre avant d’avoir pour la quatrième fois offert la paix à
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r.\nglelerre. Le ministre des relations extérieures écrivit à lord Castelreagh; il réduisait les causes de la guerre entre la France et la Grande-Bretagne à deux points les plus difficiles à concilier, les affaires d’Espagne et celles des Deux-Siciles; il proposaitd’en établir l’arrangement sur les bases suivantes : L’intégrité de l’Espagne serait garantie; la France renoncerait à toute extension du côté des Pyrénées; la dynastie actuelle serait déclarée indépendante, et l’Espagne régie par une constitution nationale des Cortès ; l’indépendance et l’intégrité du iportvgal seraient également garanties , et la maison de Bragance y régnerait. Le royaume de Naples resterait au roi de Naples; le royaume de Sicile serait garanti à la maison actuelle de Sicile. Par suite de ces stipulations, l’Espagne, le Portugal, la Sicile seraient évacués par les troupes anglaises et françaises de terre et de mer. Quant aux autres objets de discussion, ils pourraient être négociés sur cette base, que chaque puissance garderait ce que l’autre ne pourrait lui ôter. '
Avant d’entrer en explications sur cette ouverture , lord Castelreagh demanda qu’on fixât le sens précis de ces mots relatifs à l’Espagne, « la dyna>;tie actuelle serait déclarée indépendante et l’Espagne régie par une constitution nationale des cortès. » S’il s’agissait de Joseph et de cortès formées sous son autorité, il déclarait franchement et explicitement
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que (les eugagemens existans ne permettaient pas (l’adopter cette base. S’il s’agissait de Ferdinand Vil et des cortès gouvernant en son nom, on était disposé à s’expliquer pleinement sur cette base.»
Par les mots de dynastie actuelle Napoléon entendait celle de son frère. La négociation ne bit donc pas poussée plus loin; s’il eût cédé sur ce point, l’Angleterre aurait-elle fait la paix ? cela n’est pas probable; elle avait eu des avantages en Espagne; avec la Russie les cbos^ étaient tr<^ avancées. Napoléon ne pouvait restaurer Ferdinand, sans li- ^ vrer 1 Espagne à l’Angleterre. Son ouverture à cette puissance ne pouvait avoir d’autre but, que de pai^tre avoir tout épuisé pour faire la paix avant de s engager dans une nouvelle guerre.
Dans une guerre avec la Russie, la question du rétablissement de la Pologne revenait en premier ordre. Les Polonais desiraient donc vivement la guerre, 0)mme devant amener nécessairement la résurrection de leur patrie. On a douté et nié même que Na^léon ait jamais voulu refaire de la Pologne une nation indépendante; c’était un projet qui touchait aux intérêts de trois grandes puissances, et qui dès- ^ présentait de gravea difficultés. Il y aurait eu de la lobe à se heurter contre elles pour se faire, par un intiment de pure éhevalerie, le don Quichotte des Polonais. Napoléon n’étant que général des armées républicaines avait conçu le rétablissement de leur
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nationalité. Parvenu au gouvernement , il avait nourri ou laissé dormir ce projet suivant les intérêts variables de sa politique; des actes solennels prouvent qu’il ne l’abandonna jamais. La création du duché de Varsovie et l’adjonction d’une partie de la Galicie étaient un assez beau commencement d’exécution.
En i8ia il n’y avait plus à craindre d’opposition de la part de la Prusse; pour sa portion, la victoire et les traités l’avaient mise hors de cause. Quant à l’Autriche elle s’était montrée, par le traité du i4 mars , disposée à céder sa part moyennant une large indemnité. La Saxe ne gênait pas, elle tenait fort peu au grand-duché de Varsovie, qui la plaçait dans une fausse position à l’égard de la Pmsse, de la Russie et de l’Autriche ; il était facile de l’indemniser. Il ne restait donc que la Russie. A mesure qu’Alexandre s’était refroidi pour la France et qu’il avait manifesté ses craintes sur le rétablissement de la Pologne , Napoléon lui avait fait les protestations les plus rassurantes; mais la guerre, qui rompait les traités , affranchissait de tout ménagement; le rétablissement de la Pologne était un moyen de faire la guerre à la Russie, et promettait à la France im puissant auxiliaire ; il satisfaisait à-la-fois à la politique actuelle de Napoléon et aux vues qu’on lui suppose, 'à cette époque, sur l’organisation de l’Europe.
Pour préparer d’avance le mouvement de la Pologne, le lui imprimer et le diriger, quand le moment serait venu, il fallait un homme habile, adroit.