CHAPITRE LXXX
et expérimenté dans les révolutions. Dès la fin de i8i I, l’Empereur jeta les yeux sur Talleyrand, dépuis la guerre d’Espagne étranger aux affaires, et avide d’y rentrer. Il accepta luie mission qui le rappelait dans la politique. Le secret lui avait été recommandé, elle fut cependant ébruitée à Vienne, où il importait le plus qu’elle fut ignorée, suivant les uns, pour la faire avorter, suivant d’autres, par une spéculation financière. Napoléon , indigné , fut sur le point de sévir ; mais au moment de frapper Talleyrand , son bras s’arrêtait toujours ; il différa la mission jusqu’après l’alliance avec f Autriche.
Les sentimens exprimés par l’empereur Alexandre dans ses conversations avec l’envoyé prussien Rnesebeck, les explications données par Napoléon à l’aidede<amp, Czernicheff, et les propositions qu’il avait été chargé de porter à Pétersbourg , permettaient de croire qu’il n’était pas difficile aux deux empereurs de s’entendre, et de concilier leurs différends. Mais le temps avait changé les dispositions modérées d’Alexandre, ou plutôt ses démonstrations n’avaient pas été sincères; c’est le colonel Boutourlin qui l’apprend. L’empereur de Russie sentait trop bien que les griefs avoués ne portaient que sur des accessoires; que le fond de la querelle qui divisait les deux empires consistait dans la domination arbitraire que la France s’arrogeait sur toute l’Europe. D’après cela, on n’eût pas avancé grand’chose en obtenant le redressement 4® ces griefs, çar la question principale, celle du pouvoir dictatorial de la France sur
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toutes les autres puissances, n’était susceptible d’être résolne que par les armes. ‘
Czemiche£f était arrivé le 10 mars à Pétersbourg : son gouvernement fit long-temps attendre une réponse. Le baron Serdobin l’apporta enfin, le a4 avril. Kourakin alla de suite la communiquer au ministre Maret; elle' était impérieuse et offensante. L’ambassadeur sollicita une audience de liapoléon. Elle lui fut accordée, le 27. Il parait que l’Empereur évita d'entrer en explication; il le renvoya au ministre pour la dis<yi6sion des propositions de la Russie, et donna à Maret l’ordre secret de l’éluder. Le prince Kourakin prit le parti de lui écrire. D’après sa lettre, la conservation de la Prusse et son indépendance de tout lien politique dirigé contre la Russie, était indispensable aux intérêts de oet empire. Pour arriver à un véritable état de paix avec la France , il fallait nécessairement qu’il y eût entre elle et la Russie un pays neutre , qui ne fut occupé par les troupes d’aucune des deux puissances. La première base de toute négociation ne pouvait être que l’engagement formel de l’entière évacuation des états, et de toutes les places fortes de la Prusse, une diminution de la -garnison' de Dantsig, l’évacuation de la Poméranie suédoise, et un arrangement avec le roi de Suède propre à le satisfaire ainsi que la France. A ces conditions, l’empereur de Russie, sans déroger aux principes adoptés par lui pour le
' Campagne de Russie, t. i, p. 71.