‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 105 sur 300 · CHAPITRE I.XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE I.XXXVII

Torgau pour la remise de cette place , si elle n’était pas secourue dans six semaines , il fut convenu que cette forteresse, et celle de Kœnigstein ne seraient ouvertes à aucune puissance, pas même à Napoléon , que d’après l’ordre du roi et de concert avec l’Empereur d’A-utriche. Enfin, le roi autorisa son ministre à Vienne , à signer avec l’Autriche une convention pour l’appui de la médiation armée, et pour faciliter l’œuvre de la paix, il offrit, dit-on, de renoncer au grand-duché de Varsovie moyennant une indemnité. Ces stipulations furent consenties à l’insu de Napôléon. Il en fut instruit à Mayence par le roi de Wurtemberg. Ce prince, jusque-là reconnaissant et fidèle, lui révéla la marche que suivait le roi de Saxe, les vues secrètes de l’Autriche et ses intrigues auprès des alliés de la France. Elle se montrait au Danemark, à la Bavière, au Wurtemberg, à Naples , à la Westphalie , comme une amie de Napoléon , qui ne voulait rien que la paix , qui ne desirait rien pour elle-même. Mais elle les engageait à ne pas faire d’armemens inutiles ; à ne pas s’épuiser pour donner à la France des secours qui ne feraient que rendre l’Empereur moins traitable , et qui , d’ailleurs , seraient sans objet , puisque l’Autriche avait cent cinquante mille hommes à mettre dans la balance contre celui des deux partis qui voudrait continuer la guerre.

Napoléon expédia un de ses aides-de-camp au roi de Saxe , pour lui annoncer l’ouverture de la caiiipugne et sa prochaine rentrée dans ses états.

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En même temps , le roi taisait connaître à l’Empereur son rapprochement de l’Autriche , et que , sur l’invitation de cette puissance, il ne croyait plus devoir hésiter à se rendre à Prague, avec les deux mille cinq cents hommes de cavalerie qu’il avait auprès de lui. Il partit en effet le ao avril. Cette conduite du roi parut à Napoléon une intrigue de gens faibles, tiraillés en sens contraire , et qui avaient désespéré au moment où il marchait et allait les sauver. Il fut surtout très sensible à ce que le roi ne lui eût pas remis sa cavalerie avant de partir, comme l’alliance et l’honneur lui en faisaient un devoir. Il craignait, non sans raison , que le roi passât , £omme la Prusse , du côté de la Russie , ou qu’imitant l’Autriche , il restât neutre. Narbonne fut chargé d’éclaircir ces mystères. Metternich, qui se faisait un jeu de mentir, lui déclara que l’Autriche n’avait pas de traité avec la Saxe , et que la cour de Dresde était tombée à Prague comme une bombe.

Dans ses rapports avec le ministre des relations extérieures , l’ambassadeur autrichien renouvelait les mêmes protestations d’attachement et de fidélité à l’alliance que Metternich avait faites à Otto; mais, quand on lui demandait si, l’intervention de l’Autriche pour la paix étant sans effet par la faute des ennemis, elle n’augmenterait pas son contingent, il éludait de répondre.

Pressé par Narbonne de s’expliquer sur cette question, Metternich répondit : l’Autriche voulait la paix, elle se préparait à y forcer si on n’acceptait

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pas ce qu’elle croirait acceptable; dans les négociations, toute sa partialité serait pour la France; c’était pour cela qu’elle avait cent mille hommes en Bohême et rien en Italie. Elle voulait la réunion d’un congrès, et que Napoléon commençât par s’expliquer sur les sacrifices qu’il entendait faire à la paix.

Narbonne poussa Mettemich dans ses derniers retranchemens par une note du 7 avril : L’Autriche, y disait-il , qui s’était mise en avant pour la paix et qui la desirait si vivement, devait prendre, pour tendre à ce but, une couleur prononcée, insister sur l’ouverture immédiate d’une négociation , et entrer dans la lutte comme partie principale. Dans les premiers jours de mai, lorsque l’Empereur des Français serait de sa personne sur là rive droite de l’Elbe avec trois cent mille hommes, l’Autriche, à la tète de cent cinquante mille , ferait sa déclaration à l’empereur Alexandre.

Mettemich répondit, le i4 : l’empereur François se décidait à prendre l’attitude d’une médiation armée; si, contre tous ses vœux les plus chers, le retour de la paix ne couronnait pas ses efforts, il ne pourrait désormais prendre part à la guerre dans la qualité de puissance auxiliaire; en conséquence, les stipulations de secours limités du traité d’alliance, du i4 mars 1812, cessaient d’être applicables à la conjoncture actuelle. Mettemich traçait ainsi les conditions de paix : « L’Empereur Napoléon renoncera aux départemens anséatiques , sans cela paix impossible. Il ne faut pas que la confédération

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aille jusqu’au Niémen; l’Autriche ne se battra point pour les Polonais. Elle ne desire aucune suprématie en Allemagne, et ferait la guerre à la Russie et à la Prusse , si ces puissances cherchaient à s’en arroger une quelconque. Mais aussi l’Autriche ne se battra {H)int pour conserver à Napoléon le titre de protecteur de la confédération. »

De son côté , avec le ministre Maret , Schwarzenherg s’expliqua dans le sens de cette nouveUe détermination de sa cour. Si la guerre continuait , il ne resterait à l’Autriche que le choix entre les deux seuls partis prononcés, ou de se retirer derrière ses frontières, en neutralisant son territoire, ou de prendre une part plus active à la guerre comme partie principale. Cette disposition ne préjugeait en rien les bases de son alliance avec la France, qui paraissait à l’empereur François naturelle et applicable surtout à un temps de repos, et qui formait le plus beau de ses rêves. '

Le ministre Maret s’efforçait de retenir au moins l’Autriche dans les termes de l’alliance, s’il ne pouvait en tirer un meilleur parti, et d’empêcher que la médiation armée n’eût de funestes conséquences. Il s’appliquait à gagner du temps , dans l’espérance que les évènemens militaires modifieraient les résolutions de la cour de Vienne. Narbonne, moins patient , ne garda plus de ménagemens et remit , le 2 1 avril , une note qui força Metternich à sortir du cercle des subtihtés diplomatiques. Il invoqua formellement l’exécution du traité de Paris , de mars

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