CHAPITRE LXXXI
de la Pologne, j’aurais armé tout mon peuple pour vous soutenir. Aussitôt que la victoire m’a permis de restituer vos anciennes lois à votre capitale et à une partie de vos provinces, je l’ai fait avec empres- ■ setnent, sans toutefois prolonger une guerre qui eût fait couler encore le sang de mes sujets.
a J’aime votre nation : depuis seize ans j’ai vu vos soldats à mes côtés , sur les champs dltalie comme sur ceux d’Espagne.
«Tapplaudis à tout ce que vous avez fait; j’auto- , rise les efforts que vous voulez faire; tout ce qui dépendra de moi pour seconder vos résolutions je le ferai.
«Si vos efforts sont unanimes, vous pouvez concevoir fespoir de réduire vos ennemis à reconnaître vos droits; mais dans ces contrées si éloignées et si étendues, c’est surtout sur l'unanimité des efforts de la population qui les couvre que vous devez fonder vos espérances de succès.
«Je vous ai tenu le même langage lors de ma première apparition en Pologne; je dois^ ajouter ici que j’ai garanti à l’empereur d’Autriche l’intégrité de ses états , et que je ne saurais autoriser aucune manœuvre ni aucun mouvement qui tendrait à le troubler dans la paisible possession de ce qui lui reste des provinces polonaises. Que la Lithuanie, la Samogitie, Witepsk, Polotzk, Mohilow, la Volhynie, l’Ukraine , la Podolie soient animés du même esprit que j’ai vu dans la grande Pologne, et la providence couronnera , par le succès, la sainteté de votre cause;
EMPIRE. AN l8la.
elle récompensera ce dévoûment à votre patrie , qui vous a rendus si intéressons et vous a acquis tous les droits à mon estime et à ma protection , sur laquelle vous devez compter dans toutes les circon- ■ stances. »
L’abbé de Pradt s’était constitué, à Varsovie, le rédacteur des discoure d’apparat. Il avait rédigé celui d’ouverture de la diète; Napoléon lui fit écrire, avec raison, qu’il aurait préféré un mauvais style, mais évidemment polonais ; il n’en composa pas moins celui de la députation; Napoléon en porta le même jugement. Ijt fit-il remplacer, ainsi que le dit le rédacteur, par un discoure de fabrique dure et grossière? Cependant le langage des députés fut noble, franc et conforme en tout point au vœu des Polonais. La réponse entortillée, évasive de Napoléon, ajoute l’arcbevéque-ambassadeur, gâta tout et consterna les Polonais; ils étaient partis de feu, ils revinrent de glace. Ils durent, sans contredit, éprouver quelque mécompte. Cependant, quand les députés rapportèrent à. Varsovie la réponse de l’Empereur, la confédération éclata en cris de vive Napoléon-le- Grarid t Elle décréta qu’elle serait gravée sur marbre, en lettres d’or, et placée dans la salle de ses séances. Elle fit chanter un Te Deum. D'après le sixième bulletin, le peuple polonais s’émouvait de tous côtés, du môins dans les provinces occupées par les Français; prêtres, nobles, paysans, femmes, tous demandaient l’indépendance de la nation. Ce mouvement ne fut pas général ni de longue durée; il ne
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