‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 19 sur 300 · CHAPITRE LXXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXI

remplit pas les conditions quç Napoléon avait expriipées dans sa réponse aux députés dç la confédération. Le gouveniement, séparé de celui de Varsovie, et dans le £ait français, donné à la Lithuanie, les charges dopt la guerre accabla le pays, la crainte chez les grands seigneurs de l’affranchissement de leurs serfs, et dans toutes les classes des vengeances de la Russie, telles sont les causes auxquelles on attribua la tiédeur et le refroidissement de l’enthousiasme. En effet, pour l’allumer partout et le soutenir, U aurait fallu que l’Empereur ne se fût pas horné à promettre de réçompen»er h dépoûpar fout CO qui pourrait dépoudre de lui dans lei eiroonotanceo f qu’il n’eût pas exigé une condition presque impossible, Xunammité des efforts. Insurger la Pologne, après lui avoir, déclaré solennellement qn’on avait garanti à l’Autriche la possession de la Gallieie, c’était comtnander à un corps mutilé de prendre une attitude pour laquelle il avait besoin de tous ses membres. L’Empereur se serait autrement prononcé s’il avait eu la ferme volonté de rétablir alors la nation polonaiOe. Il craignit des’attiiw la guerre avec l’Autriche, et, qumid le moment serait venu de traiter avec la Russie, de se créer un obstacle de plus h la paixi

hEmpereur laissa à Wilna le ministre Maret avec de grands pouvoirs , et les agens diplomatiques qui avaient suivi le quartier général, Ce ministre était chargé de la direction des affaires de la Pologne et des provinces conquises; de correspondre avec tous

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les généraux commandant sur les derrières de la Grande-Armée , et de pourvoir aux cas imprévus et urgens; de surveiller lès approvisionnemens et tous les services; il était le centre des communications administratives, militaires et politiques avec Napoléon.

L’issue de manœuvres contre Bagration n’exigeant plus sa présence à Wilna, il se décida à prendre luimême le commandement des massés qui se serraient vers la Dwina, et partit, le i6 à dix heures du soir. La prolongation de son séjour dans cette ville a été vivement critiquée , comme ayant peut-être décidé du sort de la campagne. Le camp, que la première armée russe avait pris à Drissa, était une preuve manifeste que ses généraux n’avaient pas compris leur position, et une preuve plus positive encore que le prétendu projet de Barclay pour attirer les Français en Russie était une fable. Il se doutait si peu du danger de sa manœuvre excentrique qu’à l’instant où il leur abandonna les routes centrales de Witepsk et de Borizow, il prescrivit à Bagration de rejoindre de Slonim à Drissa par un mouvement immense, qui n’aurait pu s’exécuter qu’au milieu des colonnes françaises, et qui par cette raison ne fut pas tenté. Napoléon aurait donc dû profiter de la faute capitale des Russes. S’il eût marché iiicon- ' tinent avec sa garde et Davoust sur Minsk , il eût sans doute enveloppé Bagration ; s’il eût, au contraire, suivi Barclay avec la garde, Davoust et le prince Eugène, il fût arrivé, le 12 juillet, à Polotsk, il eût

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rejeté Barclay sur Riga : la campagne était glorieusement terminée; mais le génie si vaste et toujours déplus en plus actif et audacieux n’était plus secondé comme autrefois par une vigoureiise constitution. On s’étonnait de ne plus le trouver insensible aux ardeurs d’une température brûlante; l’embonpoint dont son corps était surchargé était le signe précurseur d’un affaiblissement prématuré. La nature paralysa le génie, et l’homme manqua au héros.

Le fait de l’embonpoint est vrai; on oppose aux conséquences qu’on en tire les campagnes impériales de i8i3, i8i4, et le retour de l’île d’Elbe, dans lesquels peut-être l’homme ne manqua pas au héros. Si Napoléon s’arrêta dix-huit jours à Wilna, ce fut pour donner du repos aux chevaux , remplacer ceux qu’on avait perdus, réparer les voitures, presser l’arrivage des vivres, former des magasins, faire la chasse aux traîneurs, attendre le résultat des opérations dirigées contre les colonnes ennemies qui erraient à la droite et cqntre l’armée de Bagration , donner le temps au prince Eugène et aux Bavarois de rejoindre et de se mettre en ligne sur la Dwina. Au centre, il attendait l’évènement, prêt à se porter vers Davoust, Murat ou Macdonald. Il organisait la Lithuanie. Cependant, ce séjour de la part du vainqueur de Ratisbonne et d’Ulm a paru, à des militaires instruits, si extraordinaire, qu’on a cru ne pouvoir l’imputer qu’à luie cause qui ne serait sans doute jamais connue.

On a laissé Bagration partant , le 1 1 , de Nesswig

et prenant la route de Bobruisk; c’était son unique voie de retraite, il résolut de se l’ouvrir à tout prix La cavalerie de Latour-Maubourg, formant l’avant* garde du roi Jérôme , n’atteignit l’arrière*garde des Russes que le i4 à Romanow, où elle eut un engagement sans résultat. £n mettant le roi sous les ordres de Davoust, Napoléon avait sous* entendu que ce serait seulement dans le cas où les deuit cot^ seraient réunis, et sur le champ de bataille. Mais» impatient d’exercer ce commandement , Davoust le lit connaître au roi sans que leur réunion fût opérée, et lorsqu’à peine ils communiquaient par quelques postes. L’orgueil de Jérôme en fiit blessé, il aban- , donna le commandement des Westphaliens au général Thareau, enjoignit à Poniatowski de pt^eUdre les ordres de Davoust, et quitta l’armée le 16. Cette incartade, ainsi que Napoléon appela l’étrangë con* duite de son frère, jeta encore plus de mollesse et d’incertitude dans la poursuite de l’ennemi j il en profita. Le 18, Bagration bivouaqua, avec toute son armée, soüs les remparts de Bobruisk^ sans avoir rencontré aucun obstacle dans sa marche. Cette place lui fut très utile : sans elle, Davoust aurait pu se diriger sur ce point, et empêcher les Russes de passer la Bérézina, ou les combattre avec avantage au passage.

Ije 18 au matin. Napoléon arriva à Gloubokoê; il y reçut la nouvelle qu’une avant-garde de Barclay avait, le i5, passé la Duna, sUrpris les postes du général Sébastiani et enlevé le général Saiht-Geniez. Après ce coup de main, les Russes avaient repassé

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la rivière; cependant on crut que c’était Barclay qui revenait sur ses pas avec son armée pour reprendre l’offensive. Les rapports de Wilna, de Varsovie, du général Reynier étaient remplis d’inquiétudes. Â Wilna, c’était sur l’arrivage des subsistances et le peu d’^vité du gouvernement; à Varsovie, sur les forces des Russes dans la Volhynie , évaluées à trente ou quarante mille hommes, menaçant la partie mé> ridionale du grand-duché. Réduisant à leur véritable valeur les exagérations de ces rapports. Napoléon répondit, au sujet des subsistances : « Il est absurde de dire qu’on n’a pas de pain quand on a cinq cents quintaux de farine par jour; au lieu de se plaindre, il faut aller aux moulins et aux boulangeries; mais si l’on dort ou si l’on pleure, il n’arrive rien. Tallais moi-mème tous les jours voir la manutention. Le général Jomini, qui n’a pas les mêmes occupations, peut bien faire comme je faisais. Quant au gouvernement lithuanien, il faut l’encourager et l’aider au lieu de le critiquer. » Napoléon ordonna au général Reynier, déjà en marche vers le Bug, de se tenir exactement informé des mouvemens de l’ennemi vers le grand-duché, de marcher dessus sans s’inquiéter du nombre, qu’une invasion dans la Volhynie, pour l’insurger, était le meilleur moyen de couvrir Varsovie; que si pourtant cette ville était réellement menacée, sur l’avis que ce général en donnerait à Victor, ce maréchal , qui serait le i " août a Marienbourg avec trente mille hommes , viendrait a son secours.

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L’attaque dirigée par Barclay contre Sébastiani avait eu pour but de masquer l’évacuation du camp retranché de Drissa; cette position était bonne tout au plus pour le cas où les Français auraient manœuvré sérieusemetit sur Pskow ou la Livonie. Mais en y restant, lorsque Napoléon portait la masp de ses forces sur sa droite, les Russes couraient le risque d’être tournés par leur gauche, coupés de toutes leurs communications avec l’intérieur de l’empire, et rejetés sur la mer. Le i4 juillet, ils abandonnèrent donc le camp pour remonter la rive droite de la Duna par Polotsk vers Witepsk. Outre l’avantage qu’avait cette direction de rapprocher l’armée de la ligne importante du centre par .Sniolensk à Moscou, elle convergeait encore avec celle que devait prendre Bagration, et facilitait sa jonction. On ne laissa, dans les environs de Drissa, que le corps de Wittgenstein , fort de vingt-cinq mille hommes , avec l’ordre de couvrir la route de Saint-Pétersbourg. On sentit alors la nécessité urgente d’augmenter la force des armées. Dès le 1 3 juillet , un édit impérial avait ordonné une levée de cinq hommes sur cinq cents dans la Russie blanche, la Podolie, la Volhynie, la Livonie et l’Esthonie. Le 1 8 , Alexandre fit, de Polotsk, à la ville de Moscou, l’appel le plus pressant, ne doutant pas, qu’à l’exemple donné par cette ancienne résidence de ses ancêtres, lea enfans de la patrie ne refluassent vers elle de toutes lea autres villes environnantes, comme le sang reflue toujours vers le cœur. Il annonça qu’il ne tarderait pas à s’y

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