CHAPITRE XCV
Le Corps-Législatif, produit de l’élection sénatoriale, était trop peu considéré pour que son concours fut d’une grande utilité à l’Empereur; il ne l’avait pas convoqué en i8ia, à peine l’avait-on remarqué. Il doublait les contributions par décrets, personne ne pensait à se plaindre. Le sénat lui accordait toutes les levées d’hommes qu’il voulait. En convoquant les députés pour produire quelque effet moral, il se livrait affaibli, menacé, à la merci de ce simulacre de représentation. Elle le sentit, en abusa et plaça elle et l’Empereur dans un défilé sans issue. Elle voulait qu’il déclarât renoncer à ses conquêtes, il ne le pouvait pas, elles valaient bien la peine d’une négociation. Elle exigeait des institutions, mais de quelle nature? Etait-on en position, avait-on le temps de traiter un sujet aussi grave? Le moment ne pouvait être plus mal choisi. D’un autre côté, le moment favorable, quand serait-il venu? Incapable de céder à la menace, l’Empereur n’aul ait jamais consenti de lui-même à rétrograder, à descendre, c’était contre sa nature. D’ailleurs, poulies choses humaines, il arrive un point de maturité où, indépendamment de toutes convenances, on est entraîné vei-s leur solution ; ce moment était arrivé pour la France, c’est l’Empereur qui l’avait amené. Ce fut une faute. Il eût mieux valu pour la chose publique que le Corps-Législatif ne fût pas sorti de sa marche habituelle; sa levée de bouclier ne pouvait taire de bien, elle força l’Empereur à une rupture, et ce fut un mal; car, incontestablement souverain
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absolu, il se donna gratuitement le tort apparent de prendre la dictature.
Par leur déclaration de Francfort, les puissances avaient voulu le séparer de la nation; en congédiant Jjrusquemetit le Corps-Législatif, il s’en sépara luimême. Les députés, tombés si bas et presque inaperçus, se relevèrent dans l’opinion et furent regardés comme des victimes du despotisme impérial. I^es amis de la liberté, les ennemis de l’Empire, les partisans des Bourbons sympathisèrent avec eux; cette rupture fut donc un évènement funeste.
L’Empereur ordonna l’envoi [de commissaires extraordinaires, dans les divisions militaires, chargés d’accélérer les levées de la conscription; l’habillement, l’équipement et l’armement des troupes; le complément de l’approvisionnement des places; la rentrée des chevaux requis pour le service de l’armée; la levée et l’organisation des gardes nationales. Ceux qui étaient envoyés dans les pays que menacerait l’ennemi, ordonneraient des levées en masse et toutes autres mesures quelconques nécessaires à la défense du territoire. Us étaient autorisés à former des commissions militaires et à y traduire toutes jiersonnes prévenues d’intelligences avec l’ennemi. Ils pouvaient prendre toutes les mesures de haute police et des arrêtés obligatoires pour tous les citoyens ;, les autorités judiciaires , civiles et militaires étaient tenues de s’y conformer. ‘
Excepté trois conseillers d’état, ces commissaires
* Décret du i6 décembre.