CHAPITRE XCV
nation , on ne peut me séparer d’elle sans lui nuire , car la nation a plus besoin de moi que je n’ai besoin d’elle; que ferait-eUe sans chef et sans guide?
« Lorsqu’il s’agit de repousser l’ennemi , vous demandez des institutions comme si nous n’en avions pas! N’êtes-vous pas contens de la constitution? il y a quatre ans qu’il fallait en demander une autre ou attendre deux ans après la paix. Vous voulez donc imiter l’Assemblée constituante et recommencer une révolution? Mais je n’imiterai pas Louis XVI, j’abandonnerais le trône et j’aimerais mieux faire partie du peuple souverain que d’être roi esclave. »
On a fait un grand étalage de l’organisation et de la puissance du parti bourbonien. Dans ce moment, une confédération royaliste avait, dit-on, pour chefs les ducs de Duras , de la Trémouille et de Fitz de James; MM. de Polignac, Ferrand, Adrien de Montmorency, Sosthène de La Rochefoucauld, de Sesmaisons et La Roche-Jacquelin *. On ne révoque pas en doute les intentions , les désirs , les espérances de ces illustres personnages. Des chefs sans soldats, sans moyens , de petites intrigues, bien occultes sans influence, voilà tout.
Depuis quelques années il s’était formé, à Bordeaux, une association secrète sous la direction de M. Taffard de Saint-Germain , se disant commissaire de Louis XVIII. Cette association s’était recrutée de *
* Alphonse Beauchamp , histoire de la campagne de i8i4<
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quelques' nobles du Médoc, sous l’influence de M. Je La Roche-Jacquelin et de la marquise de Donissan; c’était un foyer d’opposition contre l’Empereur. Une autre association religieuse, sorte de congrégation politique, était dirigée par le chevalier de Gombaut. Tout cela se liait à une vieille pensée d’insurrection dans la Vendée et la Guyenne, sous les ordres de La Roche-J acquelin, projets conçus et inourans dans des épanchemens de société intime. Il est vrai que depuis les désastres de Leipzig et la menace de l’invasion étrangère, l’association bourbonienne prit quelque consistance. On la verra ne se manifester et n’oser lever la tête que lorsqu’elle sera sûre de l’appui des armées coalisées, et qu’il n’y aura plus pour elle de péril. C’est le destin malheureux du parti, on ne peut trop le constater. Il n’est pas certain que le député Laîné lui appartînt déjà, mais il y fut nécessairement jeté par les apostrophes de l’Empereur et les dangers de l’Empire. Le maire Lynch était encore ardent napoléoniste; sa défection vint plus tard et fut presque aussi subite qu’imprévue. Quelles que pussent être les intentions de Laîné, dans son rapport, il ne fut que l’interprète des sentimens de la commission; il fut adopté par une immense majorité; ils n’étaient pas tous des conjurés. Les autres membres ne furent point accusés de participation à un complot. L’Empereur appela Laîné un méchant homme et ses collègues factieux , il menaça de les poursuivre, mais personne ne fut inquiété.