‹ Le Consulat et l'EmpireChapitre 204 sur 300 · CHAPITRE XCVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCVI

tributions obligés de fuir ou de percevoir pour le compte de l’ennemi ; il frappa des réquisitions , ses armées se livrèrent au pillage ; quarante-quatre dé> partemens furent séparés de la France. Cette dernière circonstance suffit pour diminuer les recettes d’un tiers, l’effet des autres causes fut incalculable.

Les coalisés avaient lancé contre la France un million de soldats; six cent mille avaient franchi ses frontières ou les menaçaient. Elle n’en avait pas cent cinquante mille à leur opposer, ses places n’étaient pas en état, ni les nouvelles levées en ligne. Gâté par la fortune, l’Empereur n’avait pas assez tôt prévu l’invasion; la rapidité des évènemens ne laissait pas le temps de développer les ressources de la France : à qui s’en prendre? Toute l’action partait d’un seul homme, rien ne pouvait se mouvoir que par son impulsion. Dans cette situation critique, il ne manqua ni de courage, ni d’activité, ni d’espoir, mais il n’était pas en son pouvoir d’arrêter le temps pour réparer les torts de l’imprévoyance.

Ce fut un grand malheur que la levée en masse, ou au moins la garde nationale , n’eût pas été organisée de longue main. Le 9 novembre, lorsque l’Empereur revint à Paris, il était bien tard, cependant^ il y avait encore quelque chose à faire ; il n’y avait donc pas de temps à perdre ni rien à négliger. Mais en guerre comme en paix, il redoutait les forces populaires, les moyens révolutionnaires, le lendemain d’une victoire du peuple. Moins scrupuleuses, les puissances ennemies y avaient eu recours. Il se

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borna à une levée de trois cent mille conscrits. Un mois après, le 17 décembre, il appela cent quatrevingt mille hommes de garde nationale destinés à la garde des places fortes et à la police des villes ouvertes. Le temps manquait pour toutes ces opérations, que les circonstances et la levée de cinq cent mille hommes, faite au commencement de i8i3, rendaient de plus en plus difficiles. Les cohortes urbaines qui, d’après les intructions, se composaient des habitans riches ou aisés, loin d’étre utiles à la défense , étaient la plupart disposées à capituler avec l’ennemi. Les commissaires extraordinaires avaient bien le pouvoir de faire des levées en masse, mitis d’après leur libre arbitre, il y en avait très peu qui l’osassent. Ils passaient leur temps à recevoir des honneurs et des salves de canon. Les uns craignaient de se compromettre, d’autres s’arrangeaient avec le parti royaliste. Au commencemeut de janvier seulement on annonça, dans le Moniteur, que la levée en masse était ordonnée dans les départemens frontières, depuis les Vosges jusqu’au Mont-Blanc et dans ceux de la Bourgogne, de la Champagne et de l’Alsace.

A l’exemple de l’Empereur, les maréchaux, les généraux méprisaient tout ce qui n’était pas soldat ou en faisaient peu de cas , et ne secondaient pas ces levées; d’ailleurs, l’invasion ne permettait plus de les organiser sur plusieurs points des frontières , là où elles auraient été le plus nécessaires.' Il y eut pourtant des populations qui se dévouèrent; il raan-

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