CHAPITRE I.XXXII
On a vu les ouvertures confidentielles que Napoléon avait faites pour la paix; il se détermina alors à faire uné démarchedirecteauprèsdeKutusof.Le 4>>1 envoya le général Lauriston au camp russe, en apparence pour prendre des arrangemens qui donnassent à la guerre un caractère plus||Diiiformeaux règles établies entre des armées civilisées , et préservassent le pays de tous les maux qu’il était possible de lui épargner. Dans la nuit du 5 au 6 , Lauriston arriva chez le général en chef russe, etlui communiqua l’objet de sa mission; c’était d’aller à Pétersbourg pour remettre à Alexandre une lettre de Napoléon. Murat eut aussi un entretien avec Beningsen. On a beaucoup varié sur les discours tenus dans ces entrevues. Les uns ont prêté aux généraux russes une jactance presque insolente. Les autres , un accueil caressant et les dispositions les plus pacifiques. On suppose tantôt qu’ils étaient sincères dans leui^s vœux, tantôt qu’ils ne cherchaient qu’à endormir Napoléon pour qu’il prolongeât son séjour à Moscou dans l’espoir de la paix. On prétend que les Russes enivrèrent Murat <le leurs éloges. Au milieu de ces récits contradictoires, un point seul est constant : c’est que Kutusof répondit qu’il n’était point autorisé à traiter ni à suspendre la guerre, et que tout ce qu’il pouvait faire , c’était de prendre les ordres de son maître sur la proposition de Napoléon. Il expédia à Pétersbourg l’aide-de-camp-général prince Voikonsky.
Depuis son retour à Moscou , Napoléon avait essayé d’y rétablir, l’ordre. On y organisa une municipalité et
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un bureau de police. Ce corps municipal, mélange de Russes et d’étrangers de toutes les nations , remplit cependant, autant qu’il le put, sa destination. Lesseps, ci-devant consul àPétersbourg ,nommé intendant de Moscou, y contribua avec zèle et rendit de grands services. Le pillage cessai habitans sans asile furent reçus dans des établissemens publics édiappés aux flammes; on leur donna des vêtemens et des vivres. L’exercice des cultes fut rétabli dans les temples encore existans. On pourvut au soin des malades russes que l’incendie n’avait pas dévorés. Il s’en fallait de beaucoup qu’on pût satisfaire à tous les besoins, ni réparer les calamités produites par les fléaux qui avaient accablé cette ville; mais on y vit renaître le calme , la sûreté et une sorte de confiance. On trouva dans les caves de grandes provisions qui servirent à la subsistance de l’armée ; mais l’incendie avait consumé la plus grande partie des fourrages; il fallait, pour s’en procui*èr , envoyer des détachemens dans la campagne , et les arracher aux paysans dans des engagemens meurtriers. Enfin on eut des représentations théâtrales données par une troupe de comédiens français trouvés à Moscou; et deux artistes italiens procurèrent quelques distractions à l’Empereur.
Les circonstances de la bataille de la Moskowa et de l’entrée à Moskou pouvaient ralentir le zèle des alliés. Napoléon le stimula et pressa tous les princes de la confédération du Rhin d’envoyer des renforts. Il se proposait de lever en France une conscription
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de cent quarante mille hommes et une de trente mille en Italie. Il s’occupait sans relâche des besoins de son armée et de réparer ses pertes. L’estafette de Paris arrivait en dix-huit jours; les courriers se succédaient avec régularité. Au Kremlin, on ne restait pas vingt-quatre heures sans recevoir des nouvelles de France. L’Empereur expédiait les affaires et pourvoyait au gouvernement de l’Empire. Il sortait tous les jours et passait des revues. L’histoire de Charles XII par Voltaire était constamment sur son bureau, et même sur sa table de nuit.
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