CHAPITRE LXXXIII
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Rodrigo avec son armée, en fit le siège; après treize jours de résistance, la garnison se rendit à discrétion le 19 janvier; elle était de mille sept cents hommes commandés par le général Barrié. Les Anglais y trouvèrent un arsenal bien fourni.
Wellington entreprit ensuite le siège de Badajoz. Cette place , quoique vaillamment défendue par le généralPhilippon et une garnison de quatre mille hommes, ne tint que vingt jours; elle se rendit le 6 avril.
Ces deux . conquêtes importantes s’exécutèrent sans que les maréchaux Marmont et Soult y missent aucun obstacle.
L’approche de la iguerre de Russie avait décidé l’Empereur à rappeler d’Espagne ce qui y était de sa garde, les légions de la Vistule, des cadres de régimens de dragons et des hommes d’élite, pour compléter la vieille garde. L’armée du nord avait été dissoute. Cependant il restait à Soult , en Andalousie, quarante-cinq mille hommes, autant à Marmont vers Salamanque , douze mille à Souham dans la Vieille-Castille. Joseph , avec sa garde et l’armée du centre, tenait la Manche, les rives du Tage et Madrid. Des divisions d’occupation stationnaient en Navarre , dans les Asturies , à Léon et en Biscaye. Maître de l’ Aragon , Sucbet avait conquis le royaume de Valence. Mais il manquait à toutes ces forces im même but , une direction et une impulsion communes. L’Empereur avait bien rendu au roi Joseph le commandement général ; le maréchal Jourdan était retourné auprès de lui. Mais il n’avait pas donné au
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roi la capacité militaire, ni ôté aux chefs des années le sentiment de leur supériorité et leurs habitudes d’indépendance.
Il n’en était pas ainsi des forces ennemies. Wellington avait porté l’armée anglo-portugaise à soixantequinze mille hommes; les cortès lui avaient donné le commandement supérieur de soixante mille Espagnols. Après la conquête de Ciudad-Rodrigo et de Badajoz, il avait repris ses positions en Portugal; et Marmont , après y avoir fait une pointe inutile dans le Beyra, était revenu sur ses pas et avait repassé l’Agueda.
Libre de se porter au midi ou au nord, Wellington prit le dernier parti , et déboucha du Portugal au mois de mai. Une expédition de seize mille Anglo- Espagnols fut faite sur la côte de Catalogne pour empêdier Suchet de porter secours à Joseph. Une seule communication existait entre Soult et Marmont , par le pont d’Almaraz, sur le Tage. Marmont l’avait fait fortifier. Wellington envoya le général Hill pour s’«a emparer, et amusa Marmont par des démonstrations de bataille. Les têtes de pont furent faiblement défendues; Hill les enleva, brûla le pont <'t détruisit tous les ouvrages ( i8 mai).
Dès que Joseph avait été informé que Wellington s’était mis en mouvement , craignant pour l’armée de -Marmont, il avait envoyé l’ordre à Soult de porter à vingt-cinq mille hommes le corps de Drouet, qui passerait le Tage, au premier avis, pour rejoindre l’armée de Portugal. Soult ne fit partir Drouet;
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et avec des forces insuffisantes , dans la direction de Medellin , qu’après la perte du pont; Mannont porta aussi une forte diversion sur le Tage. Le mal était sans remède. Hill retourna tranquillement dans sa position devant Badajoz. Les deux maréchaux français restèrent isolés.
Wellington reprit l’offensive : il passa la Tormès^ le 17 juin, et investit Salamanque. Marmont se présenta, le ao, pour sauver la place et, craignant de se compromettre, se retira après deux jours de démonstrations, en demandant des renforts au roi Joseph et à Cafiarelli, commandant en Castille. Trois petits forts, construits pour couvrir Salamanque, se rendirent aux Anglais, après avoir été vivement battus. Marmont se replia sur le Doiuo, entre Toro et Tordesillas, où il fut rejoint par la division Bon- ' net revenant des Asturies; il avait environ quarantecinq mille hommes, et Wellington au. moins autant. Encouragé par ce renfort, et jaloux probablement de se mesurer avec le général anglais, Marmont renonça à son système de temporisation et s’avança vers l’ennemi. Le aa juillet,il rassembla le gros de ses forces derrière les mamelons des Arapiles, pour en chasser les Anglais. Jusqu’à midi, on avait manoeuvré des deux côtés, sans en venir aux mains. A une heure, Marmont fit ouvrir un feu très vif sur le front de l’ennemi, et la bataille s’engagea dans une position défavorable , par la faute du général de la 5' division qui, après avoir pris un plateau, s’abandonna avec trop de vivacité dans la plaine. Au moment où
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Marmont donnait des ordres pour parer à ce faux mouvement, il eut le bras fracassé par un projectile, et fut obligé de quitter le commandement. Cet accident, et surtout la promptitude de Wellington à profiter de la fluctuation des divisions de gauche, pour attaquer avec impétuosité , lui assurèrent la victoire. Il ne resta plus à Clausel, qui avait pris le commandement, et aussi blessé, que la triste gloire de rétablir l’ordre de bataille, de rallier l’armée, et d assurer la retraite. Elle eut de sept à huit mille hommes hors de combat.
> Sous le rapport stratégique, on a fait beaucoup de reproches à Marmont; on lui en a fait aussi sur son empressement à livrer une bataille qu’il pouvait éviter, avant d’avoir été rejoint par les renforts qu’il avait demandés. D’un autre côté, on prétend que le loi Joseph, ayant reçu cette demande le i*' juillet, et le fait est vrai , il répondit qu’il ne pouvait rien envoyer, et que ce fut par réflexion qu’il partit de Madrid avec quatorze mille hommes dont les coureurs furent rencontrés, le 2 3 au soir, sur la Puyserga, par l’armée de Portugal en retraite. Mais même quand le roi aurait hésité , Marmont avait-il pu ignorer qu’il s’approchait? L’Empereur lui ôta son commandement, sans'lui retirer son amitié.
Les résultats militaires et politiques de la bataille de Salamanque furent si funestes, qu’on peut lui attribuer la perte de l’Espagne. Clausel ne crut pas pouvoir tenir Valladolid, et se retira sur Burgos, Joseph n ayant pu seréunii' à lui,sans danger, revint
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par Guadarama sur Madrid , et , le 1 1 août , évacua cette capitale, où Wellington fit le lendemain une entrée triomphale. Le roi se retira sur Valence, traîi nant à sa suite deux ou trois mille voitures remplies de tous les personnages de la cour et du gouverne-, ment en déroute.
L’Espagne donna au monde un spectacle inat-. tendu et imposant : les cortès publièrent, le ig mars, la constitution du royaume : fondée sur le principe de la souveraineté du peuple , elle en dé^ veloppait hardiment toutes les conséquences. i La royauté y était conservée, seulement comme une haute magistrature au service de la nation. Renouveler d’un seul jet toutes les institutions d’une vieille monarchie, c’était une entreprise courageuse, mais qui devait rencontrer bien des obstacles. Ainsi , en abolissant l’inquisition, on révolta le clergé; en rendant la couronne à Ferdinand , on remettait l’existence de la constitution entre les mains de son ennemi le plus implacable. Les cortès auraient fait un acte de haute sagesse , si elles s’étaient arrangées du roi Joseph. On assure qu’une négociation avait été commencée, et que la bataille de Salamanque l’interrompit poür jamais. Les auteurs de la constitution seront indignement, traîtreusement persécutés; leur oeuvre sera foulée aux pieds, et mise au banc de tous les despotes; elle ne périra point. L’ébranlement a été imprimé, il restera; tôt ou tard le mouvement révolutionnaire reprendra son cours en Espagne, elle entrera dans le régime constitutionnel.
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L’invasion française aura eu deux grands résultats, la régénération de la péninsule hispanique, et l’affranchissement de ses esclaves dans le Nouveau-Monde.
Au milieu de ces nombreuses occupations, l’Empereur embrassait en vain l’ensemble des opérations militaires; il était à une telle distance de ses deux ailes qu’elles agissaient pour ainsi dire d’une manière indépendante.
Depuis la bataille de Gorodeczna (ii août), où les Autrichiens secondèrent faiblement Reynier, Scharzenberg ne profita pas de ses avantages et de sa supériorité. Il poursuivit mollement Tormasof, lui donna le temps de rallier ses troupes éparses, et de se retirer presque sans combattre derrière le Styr, où l’armée du Danube commandée par Tschichagof vint le rejoindre, le i4 septembre, jour de l’entrée des Français à Moscou. Cette complaisance de Schwarzenberg, qu’on pourrait appeler trahison, était sans doute le prix de la neutralité de la Gallicie. Alors les rôles furent changés. Le général autrichien se trouvant avec quarante-trois mille hommes devant plus de soixante mille Russes, se mit en retraite et repassa le Bug ; Tschichagof prit l’offensive. Ces faits ne pouvaient qu’augmenter la défiance qlie Napoléon avait montrée dès l’ouverture de la campagne ; mais il n’y avait plus moyen de changer la destination des Autrichiens; il écrivit donc à Schwarzenberg pour lui inspirer plus de résolution, et à l’empereur François pour lui demander d’en- Noyer un renfort de dix mille hommes, et pour que