‹ Le Contingent des Sucres RéunionnaisChapitre 8 sur 52 · LÉ GE · texte numérisé non relu

LÉ GE

Une entente internationale aurait abouti à une limitalion certaine de leurs exportations. Or Java n'avait aucun marché protégé. Il offrait ses sucres sur les marchés étrangers à très bas prix. Il était donc contraint de se rattraper sur les quantités et d'en exporter le maximum.

Cuba, dont l’économie est liée à la canne, fut longtemps hostile à toute limitation, surtout unilatérale, de sa production. Néanmoins, c’estkde Cuba que vint la première tentative dans ce sens.

En 1925, des planteurs cubains avaient attiré l’attention du Gouvernement sur la question des sucres. En mai 1926, une loi limite la production du sucre. Cette tentative est inefficace parce qu'isolée.

En 1927, une nouvelle loi limite les exportations. En novembre 1927, Cuba provoque la réunion de la Conférence de Paris. Celle-ci groupait des représentants du Reich, de la Pologne, de la Tchécoslovaquie. On décida ka réduction de la production sucrière, mais seule la Tchécoslovaquie exécuta les accords qui furent d'ailleurs dénoncés en 1929. Le Gouvernement Belge porte alors la question du sucre devant le Comité Economique de la S. D. N. Il y eut de nombreuses enquêtes, mais aucune décision ne fut prise.

En 1929, Cuba, l'Allemagne, la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Hongrie et la Belgique décidaient, à Bruxelles, de restreindre leürs exportations pendant quatre ans, Mais encore une fois, les accords ne furent pas exécutés.

En 1930, la situation, à Cuba surtout, était devenue fort critique. Les banques américaines, qui avaient investi des capitaux dans l’industrie sucrière cubaine, s'émurent. Elles chargèrent Thomas L. Chadbourne de prendre contact avec les pays étrangers. Il rencontra d'abord, à Amsterdam, le représentant de. Java. (Pour la première fois, ce pays

manifestait son intention de participer à une conférence internationale). Tous deux retrouvèrent, ensuite, à Bruxelles, les délégués de l’Allemagne, de la Tchécoslovaquie, de la Pologne, de la Hongrie et de la Belgique. L'accord, que l’on a appelé le « Plan Chadbourne », fut signé le 9 mai 1931 et devait durer jusqu'au 1° septembre 1935. Il organisail la limitation de la production et l'élimination des stocks.

En 1933, Cuba avait proposé, sans résultat, à la « Conférence monétaire et économique mondiale » de Londres, la conclusion d’un accord mondial de:ro ans dans le but de limiter la production mondiale du sucre. Une Conférence du Sucre, réunie à Londres en 1034, groupant le Royaume-Uni, les Etats-Unis et les « pays Chadbourne », à l’exception de l’Allemagne, n’aboutit pas.

La même année, les Etats-Unis, par la loi Jones-Castigain, décidaient de limiter leur production tant métropolitaine que coloniale. Celle-ci avait tendance à trop augmenter depuis les accords Chadbourne.

En effet, « le Plan Chadbourne produisit des résultats tout autres que ceux qui étaient escomptés par ses signataires. Les cours ne s’effondrèrent pas grâce à Lui mais provoquèrent le déplacement des centres de production ; les grosses entités économiques à marché intérieur étendu comme les Etats-Unis et l’Empire Britannique qui, Jusquelà,“ absorbaient l'excédent des « pays Chadbourne », s’organisèrent pour vivre en vase clos. [ls élevèrent des barrières douanières et développèrent leur production » (1).

Néanmoins, on peut se demander ce qu'il en serait advenu si le plan Chadbourne n'avait pas été appliqué.

(:) Henri Cornu: op. cité, p. 59.

RP 2e

À cet égrd, la tentative faite en 1933 par Cuba, en vue de provoquer un accord mondial sur la question du sucre, est significative. Elle prouve, d’abord, que le plan Chadbourne n'a pas été inutile et, aussi, qu'il n’a pas été suffisant. Cette insuffisance apparaît à un double point de vue. Pour éviter le déplacement des centres de production, l'Entente internationale doit grouper tous les gros producteurs du monde et non quelques-uns d’entre eux comme ce fut le cas : en second lieu, d'après J. A. Pennock (x), le procédé d'amélioration préconisé par l'accord Chadbourne péche par la base. L'accord n’élimine pas les causes de la surproduction (les droits d'entrée, les subsides dont bénéficient les industries sucrières nationales) mais simplement les effets de la surproduction : les stocks.

Il semble donc que le protectionisme, par le maintien d'industries sucrières non viables naturellement, ait été la cause profonde de la surproduction.

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