Franklin, op. cit
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moyennant écus sonnants. L’apprenti peut abréger son temps d'apprentissage. C’est le rachat. L'entrée dans les ordres, dans la vie religieuse, dans les régiments du roi, certaines infirmités constatées, sont autant de causes nouvelles d’extinction. Au cas de sortie du maître de la corporation, son successeur gardait l'apprenti, surtout s’il présentait les garanties nécessaires; sinon il était placé par les soins des gardes privés de la corporation chez un autre maître chargé de terminer son éducation.
L'arrivée du terme de l'apprentissage suffisait-elle pour permettre à l'apprenti de passer compagnon, et n'était-il pas soumis à la formalité du chef-d'œuvre? Dès le xrr1° siècle, les apprentis furent obligés de prouver leur savoir-faire, pour obtenir le brevet d'apprentissage. Ils durent fabriquer un objet devant les jurés. Suivant leur degré d’habileté, la durée de l’apprentissage était dès lors plus ou moins longue. Mais cette formalité du chef-d'œuvre n’existait pas dans toutes les corporations. Dans certains corps de métiers, le seul écoulement du délai d'apprentissage conférait un certificat de sortie.
IX. SUPPRESSION DES CORPORATIONS. — Le régime que nous venons de décrire était incompatible avec le régime de production, que l’émancipation individuelle, préconisée par la philosophie du xvrrr* siècle, devait fatalement amener. Si l'homme est libre en effet de développer spontanément ses aptitudes naturelles, et si, dans la direction économique comme dans toutes les autres, l’essor de ses facultés ne comporte point d’entraves, comment l’étroite tutelle protectrice et compressive que la corporation fait peser sur ses membres aurait-elle pu se maintenir ?
Les rigueurs de condition des apprentis et des compagnons furent un prétexte, mais la cause profonde de la disparition
Sp des corporations est que leur maintien était incompatible avec l'essor commercial et industriel qu'un individualisme libertaire devait prendre pour permettre à la libre activité des hommes, déployée sans entraves, de construire l’édifice merveilleux de progrès, que la bourgeoisie intelligente, active et. ambitieuse, habite de nos jours.
C'est un ministre réformiste, Turgot, qui, désireux, sans briser les cadres de l’ancien régime, de les élargir aux idées nouvelles, détermina Louis XVI à proclamer le « droit de travailler », et à dissoudre les corporations. (Edit du 26 février 1776). « A la lecture de l’Edit dans tout le pays, écrit Voltaire, le peuple crie « Vive le roi et M. Turgot! ». Mais malheureusement ce bref enthousiasme futsuivi d’une dépression profonde qui détermina un tolle général contre l’édit. Les patrons avaient payé leurs maîtrises et acquis leurs privilèges par un long travail. Les ouvriers et les apprentis protestèrent contre l'invasion des ateliers par des incapables. Le peuple prit peur et trouva toute marchandise de qualité inférieure,
Les corporations reparaissent en août 1776 ; ce 8 septembre 1781, le roi donna des lettres patentes enregistrées par le Parlement le 8 janvier 1782, ayant pour but de maintenir le bon ordre entre patrons et ouvriers.
À l’article 8 était annexé un règlement provisoire qui, dans le premier chapitre, traitait de l’apprentissage. Un autre chapitre intitulé : « De la police des apprentis » défendait à tous compagnons et ouvriers de s’assembler en corps sous prétexte de se placer chez d’autres maîtres et, comme corollaure, ce chapitre portait la prohibition pour les maîtres de prendre à leur service les apprentis, ouvriers ou garçons qui auraient travaillé chez d’autres maîtres, sans qu’il leur soit apparu de congé par écrit des maîtres qu'ils auraient quittés ou sans la permission du juge de police.