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Le contre-amiral Byng devant ses juges et devant l'histoire [microforme]

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LIL. — Le contre-umiral Byng devant ses juges et devant l'histoire, !

Par FAUCHER D£ SAINT-MAURICE, chevalier de la Légion d'honneur, docteur ès lettres, ancien capitaine de l’armée française, ancien député, etc.

(Lu le 23 mai 1893.)

L'AMIRAL By.

La mer revient éternellement mordre la roche d’où elle n’arrache que d’insignifiants atomes; ainsi nos intelligences affamées de comprendre s’acharneront à leur travail d'explication du passé.

Voaüé,

Dernièrement j'étais dans un club, lorsque j'entendis un Anglais instruit, ayant une

position au barreau, raconter à quelques officiers de hussards, la défaite de l'amiral de la ; Galissonière par l'amiral Byng.

l'OUvRAGBS CONSULrÉS :

Albert Duruy—L’Instruction publique et la Démocratie, p. 392. Melchior de Vogüé—Ney et Napoléon—Revue des Deux Mondes. Les Iles oubliées, par Gaston Villier.

Mandements, lettres pastorales et circulaires des E l'abbé Gagnon, vol. 11, Québec, 1882, The debates and proceedings of the British House of Commons from 1751 to 1760, London. The trial of the Honourable Admirat John Byng at a Court Martial, as taken by Mr. Charles Ferne, judye advocate of His Majesty's fleet, published by order of the Right Honourable the Lords Commissioners of the Admiralty, at the desire of the Court Martial, to which is added an account of Admirul Byng's behaviour in his last moments. Also à copy of a Paper delivered by him to William Brough, Esq., marshal of the Iigh Court of Admiralty, immediately before his death.— London, printed, and New York re-printed by T. Parker and W. Weyman, at the New Printing Office, in Beaver Strect, Chamber’s Encyclopædia.

Burke’s Peerage.

The history of the life of William Pitt, Eurt of Chatham, London No, 46, in Fleet Street, 1783, Guerre du Canada, Montcalm et Lévis, Lettres de Chopin.

Biographie maritime, ou notices historiques sur la vie chef de bureau au ministère de la marine, Paris, 1837. Parliamentary History of England, vol. XV, 26 George II ;4 George IIT. Smollett, History of England.

La Marine d'autrefois, par l'amiral Jurien de la Gravière. Les Guerres maritimes, par l'amiral Jurion de la Gravière. Vocabulaire des termes de marine anglais et français, par L'Escallier, Paris, 1777, The political state of Great Britain, vol. XV, London, MDCCX VIII, Histoire des progrès de la puissance navale de l'Angleterre inscriptions et belles-lettres, Paris, MDCCLX XX VI.

vêques de Québec, publiés par Mgr H, Tôtu etpar M.

» Printed jor the author, and sold by C! Kerrsley at par l'abbé Casgrain, imprimerie de L. J. Demers et frère, Québec.

et les campagnes des marins célèbres, par Hennequin,

» Par ie baron de Sainte-Croix, de l'Académie des

Sec, I, 1893, 9,

Je n'en revenais pas de ce récit qui se terminait par ces mots :

— Voilà ce que l’on m'a enseigné à l'école,

— Merci de ce précieux renseignement, lui dis-je Vous me rendez service en me parlant ainsi, mon ami Vous me donnez l'occasion d'utiliser ‘“ The trial of the Honourable John Byng at a court martial, as taken by Mr. Charles Ferne, judge advocate of His Majesty's Fleet, published by order of the Right Honourable the Lords Commissioners of the Admirally, at the desire of the court martial, to which is added un account of Admiral Byng's behaviour in his last moments, also a copy of a paper delivered by him to William Brough, Esq. marshal of the High Court of Admirally, immediately before his death.” Ce vieux livre, rarissime aujourd'hui, a été imprimé à Londres et réimprimé à New-York par T. Parker et W. Weyman, au New- Printing: Office, dans Beaver street, 1757. Je l'ai trouvé sur les quais de Boston, par hasard, Il a été publié bien longtemps avant les livres d'enseignement que vous aviez en mains à l'école, et puisque vous me fournissez l'occasion d'utiliser ce précieux témoin du passé, je veux présenter tontes les conclusions historiques que nous pourrons déduire de ses preuves à la Société royale du Canada.

Voilà, Messieurs, comment j'ai été amené à vous parler d'un fait historique qui s'est dénoué par un procès, j'allais écrire par une infamie politique.

— Mais ce nom de Byng ne semble nullement se rettacher à l'histoire du Canada, allezvous me dire ?

— Et pourtant il nous intéresse au plus haut point. Notre collègue, M. l'abbé Casgrain, dans son livre sur Montcalm et Lévis, n’a-t-il pas écrit que la guerre ne fut engagée par le parlement anglais que “pour venger deux désastres qui l'avaient profondément humilié: celui du général Braddock à la Monongahéla, celui de l'amiral Byng devant l'ile Minorque?” Or, qui a vaincu Byng à Port-Mahon? Un ancien gouverneur de la Nouvelle France, Rolland Michel Barrin, marquis de la Galissonière. À ce titre n’avait-il pas ses grandes lettres de naturalisation canadienne? En voilà donc assez pour me permettre de vous parler de deux hommes qui se sont illustrés chacun à leur manière, l’un en méritant les applaudissements de ses contemporains et l'autre en subissant tout le poids de Ja morgue et du dédain de ses compatriotes.

George Byng, le père de l'amiral John Byng, naquit en 1663, dans le comté de Bedford. Il fut un desinstigateurs de la défection qui livra à Guillaume d'Orange les navires et les marins envoyés pour le combattre, en 1688. I fut fait chevalier par la reine Anne le 22 octobre 1704. Le 19 novembre 1715, il était baronnet, et le 21 septembre 1721, il devenait pair d'Angleterre avec le titre de baron Byng, vicomte de Torringtor. Il s'était admirablement conduit à la prise de Gibraltar en 1703, et en 1718 il avait remporté sur les Espagnols la victoire navale de Passaro. Plus tard il fut promu vice-amiral, devint trésorir: de la marine, chevalier compagnon de l’ordre du Bain, et, en 1727, premier lord de l’amirauté anglaise, Il épousa, en 1691, mademoiselle Marguerite, fille de James Master, de East-Langdon. Il en eut onze fils et quatre filles. John Byng était son quatrième fils. Il naquit dans ie comté de Kent en 1704, et non en 1715, comme l’affirme Hennequin dans ses Biographies maritimes.

Dès sa jeunesse, Byng fut voué au métier de la mer.

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Il s'y acquit une telle renommée que, le 80 mars 1756, les lords de l'amirauté lui expédiaient les instructions suivantes, Elles sont longues, mais elles sont indispensables à ce récit,

Leurs Seigneuries écrivaient à Byng :

“Attendu que le bon plaisir du roi nous a été signifié par M. Fox, l’un de ses principaux secrétaires d'Etat, et qu'il appert, d'après divers renseignements reçus dernièrement, que l'on prête aux Français l’idée d'attaquer l'ile Minorque, il est ordonné qu'une escadre de dix vaisseaux de ligne appareillera immédiatement pour la Méditerranée et qu'elle sera placée sous vos ordres.

‘Attendu que nous avons désigné le Rumillies, le Buckingham, le Culloden, \e Captain, le Revenge, le Lancaster, le Trident, l'Intrepid, le Kingston et le Dejiance pour faire partie de celte escadre, vous êtes par le présent requis de prendre la mer immédiatement avec ceux de ces vaisseaux qui seront prêts—l'ordre sera donné à ceux qui resteront en arrière de vous rallier au plus tôt—et vous vous dirigerez avec la plus grande célérité sur Gibraltar.

“ Dès votre arrivée là, vous vous enquerrez du passage d'une flotte française dans le détroit. Si ce passage a eu lieu, vous vous renseignerez sur le nombre et la force des vaisseaux et vous tâcherez de savoir si une partie de cette escadre était composée de

transports. Et comme i] y a probabilité que cette flotte est destinée à opérer sur les côtes de l'Amérique du Nord et que les navires de Sa Majesté Britannique le Grafton, le Stirling- Castle, le Fougueux, le Nottingham, le Litchfield, le Centurion, le Norwick, le Sucress et la Corvette Vullure sont en ce moment à Halifax, ou se dirigent en ce moment sur ce port pour aller de là croiser devant Louisbourg et à l'entrée du Saint-Laurent, vous prendrez immédiatement tous les soldats d'un certain nombre de vos navires, de manière à former avec ceux qui sont sur l’escadre qui est, ou qui va à Halifax, une force supérieure à celle de l’escadre française. Ces soldats seront remplacés à bord de vos navires par des matelots ordinaires ou par des terriens ou par des marins pris sur les autres vaisseaux. Les hommes de choix seront placés sous les ordres du contre-amiral West, qui devra faire toute diligence pour se rendre à Louisbourg. Une fois là, il prendra le commandement des marins mentionnés plus haut. Il craisera devant Louisbourz et à l'entrée du Saint- Laurent, et fera son possible pour intercepter et saisir les navires de guerre français ou tout autre navire appartenant à la France allant à l'Amérique du Nord ou en revenant.

‘“ Si, dès votre arrivée à Gibraltar, vou: manquez de renseignements sur le passage de la flotte française dans le détroit, vous devrez, sans perdre un instant, faire voile sur Minorque. Dans le cas où vous auriez été obligé de vous séparer du contre-amiral West, ainsi que le comportent les instructions ci-dessus, vous feriez toute diligence possible pour vous rendre à Minorque avec les navires qui vous resteraient. Si les Français ont attaqué l’île, vous emploierez tous les moyens qui sont sous votre contrôle pour venir au secours des insulaires. Si toutefois les Français n'ont pas attaqué l'ile, vous ferez voile sur Toulon, et vous disposerez de votre escadre de façon à empêcher les navires français de sortir de ce port. Vous vous emparerez de tons ceux que vous rencontrerez, et vous devrez ne rien négliger pour défendre Minorque et Gibraltar de toute attaque de l'ennemi.

“Vous devez aussi être très attentif sur toutes choses qui touchent au commerce des sujets de Sa Majesté. Vous devez veiller à ce qu'ils ne soient pas molestés ni par les Français ni par les corsaires du Maroc ou des États barbaresques. Pour y arriver vous pourrez former des convois et donner des lettres de marque.

“ De plus, vous devez faire tout en votre pouvoir pour vous emparer de tout navire de guerre, corsaire, ou navire marchand, appartenant à la France, et croisant dans les limites de votre commandement. Toutefois, pour se conformer à l'esprit de l’ordre du roi, passé en conseil, aucun navire de votre escadre ne devra s'emparer d'un navire français venant d'un port ottoman, et ce sous aucun prétexte, Vous ne devrez molester, emprisonner ni retenir aucune personne ou sujet de l'empire ottoman ; vous ne devrez saisir ni retenir aucun navire français venant des mers du Levant ou faisant route pour un des ports de ces mers, ou pour un des ports d'Egypte, et ayant à son bord des marchandises on des bagages turcs.

“ Dès votre arrivée dans la Méditerranée, vous prendrez le commandement des vaisseaux qui sont là et qui se nomment le Princess-Louisa, le Portland, le Deptford, le Chesterfield, le Dolphin, le Phænix, l'Experiment et la corvette Fortune.

“Si quelques navires de guerre français déjouent la vigilance de votre escadre et sortent du port de Toulon, vous devrez aussitôt faire route sur l'Angleterre avec une bonne proportion des vaisseaux placés sous vos ordres. Vous aurez soin de ne jamais conserver dans la Méditerranée plus de navires qu'il n’en faut pour mener à bonne fin le service qui vous est commandé.

“ Pour vous mettre en état de bien faire le service que comportent ces instructions, vous devez prendre grand soin de tenir en ordre parfait les vaisseaux placés sous vos ordres. Vous les fumigerez aussi souvent que cela deviendra nécessaire.

“ Donné sous notre seing et sceau ce 3° jour de mars 1756.

“ Anson, Thomas Villiers, William Rowley, Edward Boscawen, Bateman, Richard Edgecumbe.

“ Par ordre de Leurs Seigneuries, “J. CLEVELAND.”

L'Anglerre montrait déjà, en ces temps-là, un faible pour la Turquie, et, curieux retour des choses d’ici-bas, près d'un siècle plus tard, les descendants des familles Byng et de la Galissonière devaient combattre ensemble pour le drapeau vert des Osmanlis sous

les murs de Sébastopol.

En recevant ces ordres, Byng ne perdit pas un instant et commanda l'appareillage. Trente-quatre jours après la signature de ses instructions, il écrivait à l’amirauté anglaise :

‘“ À bord du Ramillies, “ Baie de Gibraltar, ce 4 mai 1756.

“ Monsieur,

“ La présente vous arrive par courrier via Madrid ; elle est recommandée à sir Benjamin Keene, ministre de Sa Majesté en Espagne, avec prière de vous l'expédier en toute diligence,

“ Je suis arrivé ici, avec mon escadre, le deux mai, dans l'après-midi. Nous avons eu une longue traversée ; elle a duré vingt-sept jours. Presque tout le temps nous avons eu des calmes ou des vents contraires. A Gibraltar, j'ai été très surpris de trouver le capitaine Edgecumbe, du Princess-Louisa, et la corvette Fortune. Il m'a dit qu'il avait été contraint de quitter Minorque, occupée en ce moment par un corps français évalué à

quatorze ou quinze mille hommes.

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