‹ Le contre-amiral Byng devant ses juges et devant l'histoire [microforme]Chapitre 10 sur 11 · SERRE · texte numérisé non relu

SERRE

homme à mort circonstances

ment, Jin conséquence,

98 FAUCHER DE & \INTM \URICE

niers efforts Pour prendre et couler bas chac t soulager chacun de sister et du soulager toute

iue vaisseau qu'il ser . Vaisseaux de N M.

Personne coupable d'un telle par le jugement d'une cour

ü de son devoir d'attaquer et pour assister à qu'il sera de son devoir d'as. Pareil délit. ot qui sera déclarée Martial, sera punie de mort."

Le jeudi SUVant, le 27 janvier. la cour se réunit de nonvenu [fut dévid l'application du l'article 12 éhtrainait Ja peine de mort, et

aucun prétexte, I] fut condamné à être fusillé à tolle date 6 de l'amirauté voudrai

On e

ô que discrétion n'était e dit John Byng devait être rre que les lords

qu'aucune laissée à la cour sous alors résolu que | Esur tel navire de vue nt bien désigner,

AVoYa quérir le prisonnier prononcée,

Commissaires

Le marshal l'amena on cour, et la sentence fut

ülors Néanmoins, comme il avait été prouvé par les témoignages de Bertio, Smith, que pendant le comb

ne crüt pas que la fante dise où à un Manque de loyauté,

Gardiner, et autres ofliciers du at, Byng L'avait Manilosté Put être imputable à la couar.

et elle profita de cola Pour le recommander chaude.

Vaisseau umiral, aucun signe d'hésitation. la cour

ment à la Miséricorde du roi

La sentence fut eRVOyée à l'amiranté, nc ompagnée

président et les croyons inutile de vous Procédure, nous avons lait nos 6

de la lottro suivante :

“ Nous Soussignés, le membres de ]a

COUT martinle nommée informer que, dans le cour forts POUr parvenir à accusé, Mais nous he 1 nous trouvant dans la n zième article Partie, et qui n'est point susce uniquement par ert

pour juger l'amiral Byng, s de cette longue la découverte de la vérité e pouvons nous défendre de

ucessité de

t pour rendre plus exacte justice à l'

vous exposer le trouble de nos esprits e le condamner à mort, selon des ordonnances Militaires qui lui est applicable on ptible de Modification dans le cas où le crime à eur du jugement. C'est plus pressant. autant pour ]

de le recommande

l'extréme rigueur du dou

été commis Pourquoi nous

acquit de hotre Conscience ( ra Ja clémence de Sa Majesté ‘A bord du Saint-(

Vous prions de là manière la IUe pour rendra justice à l'accusé, re0rxe, dans le havre de

Portsmouth.

Pendant son procès, la

tranquillité du Byne Il avait tellement Confiance en sa reçu l'ordre de l'attendre ; Son acquittement

6 27 janvier 1757.

ne s'était pas déme “euse et en la justice de so | Portsmouth. Elle dev

tie un sou] instant, S pairs, que sa Voiture avait ait le mener directement à Londres après La sentence, dit Smollett, fut extraordinaires de Ja part des juges, demeura inpassible 6

rendue au milieu d'un ch

Quelques-uns Pleuraient t salua Prolondément là Cour Lorsque les membres de la ils insistérent.

agrin et d'un énervement il chaudes larmes, aVant de se retirer,

Cour martiale le re

Bynoe

Commandérent

à la clémence royale, e le voir, sur le trouble du ]

eur âme de

ainsi qu'on vient d vant Ja rigueur de leur décision.

* Nous ne

POuVons nous empêcher de torture

Soumettre à Vos So ‘ HOUS Sommes mis dans l'ol par l'excessive SéVérité du 12

igheuries les Nten ce moment nos esprits

Anoisses qui ligation de condamne Article of ur, lorsque Ja faute a été

Pour l'acquit de notre

run

qui n'admet pas de ätténuantes, même CoMmIse par une erreur de juge. Conscience et en justice pour Je Prisonnier,

l'at taquer

‘voir d'as-

déclarée

‘idé que 1 H'étuit ait être

lissaires it alors

diner, nilesté couarhaude.

pour nguc pour poser selon

le on

nmis

re Ja

‘usé,

LE CONTREAMIRAL BYN 99

nous supplions Vos Noignouries de In manière

la plus pressante, de le recommander à ]n clémence du SOU Verain."

C'était plutôt un eri de conscience qu'une recommandation Smollett ajoute que les lords de | amirauté, au lieu de s

e rendre au désir des juges de la cour Mmartiale, firent remettre au roi leur lettre, avec

Une copie du dossier, Ils y avaient joint un pli adressé à Sa Majesté, exprimant un doute sur la lence, parce que le crime connu sous le nom de négligence pour 1 été condamné, H'apparaissait dans aucune

légalité de In senequel l'amiral nvuit partie des procédures. En même temps deux requêtes signées par lord Torrington en faveur de son purent,

lurent remises aussi au roi, Tout ce qu'on put faire pour obtenir

grâce fut employé par les amis de Byng. Chacun était sous l'impression que, les circonstances étant si lortement en faveur de l'amiral, la clémence royale aurait sou cours. Mais il fulluit compter avec l'infernale politique du temps, avec les appétits sanguinaires du peuple, Na Majesté, en recevant la le

ttre des lords de l'amirauté, souimit la sentence à l'o

Pinion des douze Juges, [lsln« onfirmérent Unanimement, en disant quelle était légale. Ce rapport ayant été t

‘ansmis par le Conseil privé à l'amirauté, Lours Seigneuries fixérent l'exécution au 28 février, Un seul membre tains quartiers on ne perdait pas espoir, Un membre de la chambre des communes, l'amiral Keppel, qui avait de la cour Wartiale de Byng, se leva de son siège

du bureau refusa sa signature au Warrant. Mais dans cer

fait partie n chambre et demandaune loi le relevant du serment de discrétion imposé aux membres des tribunaux militaires, [1 se laisait fort d'exposer les faits Qui avaient amené Ja condamnation de Byng. 1] voulait mettre des choses qui pourraient démontrer que la sentence était trop sévère, déclaration, un autre membre de la chambre dus

au jour in entendant cette communes, Velthers Cornwall. qui y Siégenit depuis quarante ans, se fit l'écho de toutes les haines qui surgissaient autour de Byng. 11 S'opposa fortement à ln Proposition soumise au parlement. Il s'étendit sur la couardise que Kirkby et Wade avaient Jadis montrée sons l'amiral Bembow

qua à son collègue, l'amiral, en lui disant : One of the Court complains, is repentant, wants a new kind of papal authority to cteur Up his conscience. IL termina en réclamant

; el satta-

4 tout prix un exemple, Un autre, un amiral aussi, celui-là, s'écria : J'ai voté pour la peine de mort, et j'en aurais fait autant s'il se fut agi de mon propre frère,

Les communes Passérent outre. Le bill subit ses trois lectures et fut transmis à la chambre des lords par M. Potter. Les officiers qui avaient condamné Byng fure

de comparaitre devant Leurs Seignouries.

nt sommés

Ces questions furent alors posées aux membres de la cour martiale,

1° Avez-vous eu connaissance d'aucuns faits qui se soient passés avant le prononcé de la sentence portée contre l'amiral Byng, et qui puissent démontrer que cette sentence soit injuste ?

20 Avez-vous eu connaissance d'aucuns faits qui se soient passés avant le Prononcé de cette sentence, et qui puissent démontrer que cette sentence ait été rendue par abus d'autorité ou pour quelque motif injuste ?

30 Etes-vous désireux de voir devenir loi le bill soumis maintenant à la chambre, bill qui tend à vous relever du secret imposé par votre serment d'office 2

49 Pensez-vous avoir. relativement au procès de l'amiral Byng et à sa sentence, des choses à faire connaitre qui puissent mieux renseigner le roi et qui soit de nature à le Porter à exercer son droit de grâce ? .

À la première et à la deuxième question, les juges ont répondu négativement, à l'unanimité,

À la troisième et à Ja quatrième, ont répondu négativement le vice-amiral Smith, président de la cour martiale, le contre-amiral Holburn le contre-amiral Broderick, les capitaines Holmes, Geary, Boys, Simcoe, Douglas, Bentley, Denis. A la troisième ques: tion, le contre-amiral Norris, le capitaine Moore et l'honorable M. Keppel répondirent aflirmativement et motivèrent ainsi leurs réponses :

Le contre-amiral Norris: “ Quand j'ai exprimé le désir de voir passer cette loi, J'étais sous l'impression que nous aurions l'occasion de donner les raisons particulières qui nous ont engagés à signer la sentence et en même temps la recommandation en grâce.”

Le capitaine Moore : “Tant que je serai sous le poids de ce serment, je ne me crois pas libre de répondre à cette question.”

L'honorable M. Keppel: “Je ne crois pas devoir répondre à cette question, sans motiver d'une façon toute particulière mon vote et mon opinion ”

La chose en resta là,

Abandonné par la Justice humaine, le malheureux amiral se prépara tranquillement à la mort. Jamais on ne vit un homme plus résigné, et il conserva sa gaieté jusqu'à la fin. Après le Jugement rendn à bord du Saint-George, on l'avait relégué à bord du Monarque, vaisseau de Suerre de troisième ordre. La garde du prisonnier était confiée au Marshal de l'amirauté.

La lettre suivante, datée de Portsmouth le 15 mars. raconte l'exécution.

" Des ordres avaient été donnés à tous les navires de Suerre en rade de Spithead d'envoyer hier, lundi matin, 14 mars, toutes leurs baleinières, avec le capitaine et les autres ofliciers de chaque navire et une Compagnie armée d'infanterie de marine, [ls devaient être témoins de l'exécution de M. Byng. Ces baleinières ont souqué depuis Spithead, et sont arrivées dans le port un peu après onze heures. Ce Voyage à été accompli au milieu des plus grands dangers et des plus grandes difficultés. I] soufllait une tempête terrible de ouest-nord-ouest, La marée descendait et il était très difficile d'aller prendre position près du Monarque, vaisseau sur lequel l'amiral devait être fusillé. Tout de même, malgré le gros temps, le grand vent, une mer démontée, il y avait autour des navires de guerre un nombre si considérable de chaloupes et d'embarcations de tout genre, qu'elles empêchaieat les baleinières d'approcher, Personne n'avait la permission de mettre le pied à bord du Monarque, excepté le personnel de ce vaisseau, mais les navires de guerre qui étaient auprés étaient remplis de Spectateurs. Il y en avait Jusque dans les haubans, Jusque dans les hunes, et pourtant ils ne purent voir grand'ehose du drame lugubre qui allait se passer à bord du Monarque.

“M. Byng sortit tranquillement du carré des officiers supérieurs qui était sur le waillard d'arrière, et se dirigea vers bâbord où ii de “ait être fusillé, Un ministre de la religion l'accompagnait, Ce dernier ne l'avait Pas quitté depuis son emprisonnement. Auprès de l'amiral se tenaient deux gentilshommes, de ses parents, Byng portait une redingote gris elair, un gilet blanc, des bas blancs et une large perruque blanche, Dans chaque main il tenait un mouchoir, Arrivé A poste qu'on lui désigna, il jeta son chapeau sur le pont, s'agenouilla dessus. attacha lui-même un des mouchoirs sur ses yeux et laissa tomber de suite l'autre comme signal. Un peloton de six soldats d'infanterie de marine mit

en joue, fit fou. Cinq balles porteérent ; il mourant sans souffrances, 11 était alors près

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de midi,

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“ Détail curieux. Byng avait d'abord insisté pour subir le feu à visage découvert. Mais on avait fait toutes les démarches possibles auprès de lui pour le faire revenir sur sa décision. L'infanterie de marine l'avait en haute estime: on allégua que le peloton d'exécution ne serait peut-être pas assez ferme sous l'œil de l'amiral et que les coups ne porteraient pas.

“ J'étais là, quand il sortit du carré de l'état-major. Un silence absolu régnait à bord ; on n’entendait que les sifllements du vent. Trois minutes s'écoulèrent entre la mort de l'amiral et sa mise en cercueil. [l'est tombé avec un grand courage, avec beaucoup de

dignité. Dès que le feu du peloton a été fait, une flamme bleue fut hissée à la tête du petit hunier, Elle y flotta pendant cinq minutes, puis elle fut amenée. Alors les baleinières et leurs équipages rallièrent respectivement le bord de leurs navires.

“ Le vaisseau que l'amiral commandait dans la Méditerranée, le Ramillies, était ce jourlà ancré à son corps mort. On remarqua beaucoup qu'une demi-heure à peu près avant l'exécution de son ancien commandant, il cassa ses chaines. Il n’a été sauvé d’un désastre que par un bout de câble qui a tenu bon. Cet accident à provoqué bien des commentaires dans le peuple.

“Nous ce pli vous trouverez copie d'un document que l'amiral a écrit et signé quelques heures avant sa mort. On l’a imprimé et on en a fait iei la distribution.”

En remettant ce document à William Brough—marshal de la haute cour d’amirauté — devant son peloton d'exécution, l'amiral se servit des termes suivants :

“Voici mes dernières pensées. Je vous les confie pour qu'au moins vous soyez en mesure de leur donner le degré d'authenticité qu'elles méritent, et pour que vous compreniez que votre devoir est maintenant d'empécher que l'on interprèle mal ces paroles d'un mourant, el que lon S'en serve pour lernir sa mémoire.

“Dai pris la précaution d'en donner une copie à un de mes parents.”

Ce document constitue une pièce historique qui mérite d'être lue et méditée par ceux qui déjà ont commencé à soullrir de l'injustice des hommes.

Le voici dans son entier.

“{l n'y a plus que peu de moments qui m'assujétissent encore à la haine et à la persécution humaines : et mes ennemis n'auront bientôt plus occasion d'exercer contre moi leur noire malice, Je ne leur envie pas cette existence qu'ils vont conserver pendant quelque temps et que l’idée de m'avoir traité avec injustice va bourreler de remords. Non. J'ai la ferme certitude qu'un jour on me réhabilitera. On se rendra compte de tous les moyens inavouables que l'on a employés pour mettre le public sous une fausse impression et l'exciter contre moi. Alors, j'apparaitrai à la postérité comme une victime choisie pour porter tout le poids de la haine et de la vengeance d'un peuple que l’on à trompé. En ce moment, mes ennemis eux-mêmes me eroient innocent. Quant à ma conscience elle est tranquille ; elle sait qu'on ne peut pas m'imputer les maux qui allligent en ce moment mon pays. Je désire de tout mon cœur que mon sang puisse contribuer au bonheur de la patrie, puisqu'elle me le demande; mais en le versant, je ne saurais m'empêcher de proclamer bien haut que j'ai fait consciencieusement mon devoir, que j'ai consacré toutes mes études, toute mon énergie, tout mon honneur au service de Sa Majesté et à la grandeur de son royaume. Je regrette de ne pas avoir été plus heureux, mais il a été prouvé que mon escadre était en trop mauvais état pour entreprendre dans le temps une pareille expédition.

RAR Li AR os EE

102 FAUCHER DE SAINTMA URICE

“La vérité à terrassé la calomnie et le mensonge, La Justice a effacé de mon c: ractère l'abominable souillure que l'on avait voulu ÿ faire, en m'accusant de manque de courage et de loyauté. Mon cœur m'acquitte de ces crimes. Hélas ! qui peut être sûr de son propre jugement ? On m'exécute Pour une erreur de tête, quand je diffère d'opinion avec mes juges. Si l'erreur de tête existe de leur côté, je supplie Dieu de leur pardonner ainsi que je le fais en ce moment. Puissent les remords qui vont hanter leurs esprits et terroriser leur conscience, disparaitre dès demain. Moi, je meurs sans rancune et le pardon sur les lèvres.

* Le juge suprême qui sonde les reins, qui lit dans les cœurs, va bientôt me voir paraitre devant lui. En lui remettant mon âme je Jui confie aussi la Justice de ma cause et l'honneur de mon nom.

JT. Byna.

* A bord du vaisseau de Sa Majesté le Monarque, en rade de Portsmouth, 14 mars LToe="

Duruy, dans son étude sur l'/nstruction publique et la Démocratie, disait en parlant du comte Albert de Rions, officier général de la marine persécuté par les révolutionnaires de Toulon :

“La foule peut se donner d'autres jouissances et les Partager avec ses serviteurs, elle ne connaîtra jamais cette volupté de sentir qu on est un contre dix et qu'on ne se rend pas, qu'on à contre soi la force imbécile et brutale, et qu'elle nous écrase, mais sans nous dompter.”

Le cas de Byng était semblable à celui d'Albert de Rions.

On ne saurait être plus grand, plus chrétien, plus gentilhomme. Le langage que Byng a tenu à bord du Monarque va droit au cœur. Si l'amirauté anglaise avait voulu être tou- Jours aussi sévère, et maintenir les traditions suivies pendant le procès de l'amiral, que serait devenu plus tard Nelson? A Copenhague, son capitaine de pavillon vient lui dire que l'amiral Parker Jui fait signal de cesser le combat.

— Foley, dit Nelson en se tournant vers le capitaine de l'Etephant, vous savez que je n'ai qu'un œil et certes, J'ai bien le droit d'être aveugle quelquefois. Sur mon honneur ajouta-t-il, en placant sa longue-vue sur l'œil qu'il avait perdu au siège de Calvi, je ne vois pas le signal de l'amiral Parker. Conservez mon signal de serrer l'ennemi au feu, et clouez-le s'il le faut au grand mat du vaisseau. C’est ainsi que je réponds à des signaux pareils,

L'escadre anglaise, ajoute l'amiral de a Gravière, dut son salut à cette noble audace,

Et quand Nelson résistait à lord Keith qui lui donnait les ordres réitérés de quitter Naples pour secourir cette même Minorque où Byng avait subi un désastre, que faisait l'amirauté anglaise ? Elle se ontentait de blämer le due de Bronte, mais elle ne suivait pas les traditions farouches de ses anciens,

Et Collingwood désobéissant à Nelson. là qui est encore plus fort!

À Trafalear, Nelson fait au Royal-Sovereiwn le signal de couper la ligne ennemie au douzième vaisseau de l'arrière : mais Collingwood Voyant que ce vaisseau n'était qu'un

* Chose étrange, les armes de Byng de Torrington portent comme devise les deux mots suivante: The Bord,

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74, prend sur Ini d'éluder l’ordre et se dirige sur le Santa-Anna de 110, qui portait le pavillon de l'amiral Alava. Pendant qu'il exécutait cette manœuvre on vint lui dire que l'amiral faisait un second signal. Il en témoigne d'abord quelque impatience

—Ne savons-nous pas bien, dit-il, ce que nous avons à faire ? pourquoi tant de signaux ? Mais lorsqu'il vit que c'était celui devenu si célèbre depuis “ l'Angleterre compte que chacun fera son devoir”, il en témoigne sa joie et le fait connaitre à l'instant à ses officiers et à son équipage.

À quelques années de là, Collingwood devait mourir en face de cette Minorque, qui avait été le témoin du désastre de Byng.

Nelson ne passait pas pour être bégueule. Faisant un jour allusion au procès de Byng, il disait carrément devant l’amirauté :

“ La perte des services d'un brave officier serait, suivant moi, une perte nationale. Vi permettez-moi de vous le dire, milords, si j'avais été censuré, moi aussi, chaque fois que

j'ai mis en péril mon vaisseau où ma flotte, il y a longtemps que je serais hors de la marine, au lieu d'être dans la chambre des pairs. D'ailleurs, j'aime mieux cinquante hommes perdus à l'ennemi, qu'un homme fusillé par mes ordres.”

Le parlement, c’est-à-dire le ministère anglais, n’a pas toujours été très tendre pour sa marine, ‘ /he rulers of the waves." N'a-t-il pas blâmé l'amiral Hood de ne pas avoir complété l'incendie de Toulon en 1793 ?

En 1744, l'amiral Matthews vient livrer bataille à la flotte franco-espagnole qui est devant Toulon. Il est supérieur en navires et en canons, et après un combat des plus vifs il est obligé de reprendre le large. Le parlement le destitue à son retour, le cite devant une cour martiale qui reçoit instruction de trainer le procès en longueur ; “ de sorte qu'il

n'a pas eu d'issue,” dit un écrivain contemporain.

L'amirauté anglaise est coutumière du fait. En faisant l'éloge de airal Jervis, l'amiral Jurien de la Gravière ne disait-il pas ?

“ Nul amiral n'a pris avec plus d'ardeur la défense des serviteurs de l'Etat contre les protégés et les honorables de la marine anglaise. La couronne, disait-il, tient ses faveurs en réserve pour s'assurer la majorité dans le parlement, et c'est 1à cependant la pire espèce de corruption. Ce parlement est un monstre insatiable qu'on ne parviendra jamais

à satisfaire. Que réslute-t-il de cette condescendanee ? c’est qu'on ne peut songer à réduire les dépenses publiques sans s’exposer à rendre ce monstre intraitable, et que pour lui complaire, il faut laisser dans l'oubli des hommes de mérite qui ont le tort de se trouver sans protecteurs.”

Et cette amirauté, qui avait le droit de vie et de mort sur ses officiers, comment armaitelle ses flottes ?

L'amiral Jurien de la Gravière va nous le dire :

“ Au mois d'octobre 1794, lord Hood rentra en Angleterre sur le Victory, et laissa le commandement temporaire de la flotte au vice-amiral Hotham. Il avait eu souvent à se plaindre de la négligence avec laquelle l'amirauté pourvoyait aux besoins de son escadre, et à son arrivée en Angleterre il s'en expliqua, non sans vivacité. Il était, vers le mois d'avril 1795, à la veille de mettre sous voiles pour aller reprendre le commandement de la

tte de la Méditerranée, quand il crut devoir, avant de partir, adresser de nouvelles remontrances à l'amirauté sur l'insuflisance des forces entretenues dans cette station. on insistance excita un tel mécontentement dans le conseil, que le 2 mai il recut, de la facon

la plus inattendue, l'ordre d'amener son pavilion, qui ne fut jamais hissé depuis.”

104 FAUCIHER DE SAINTMAURICE

Byng, il ne faut pas l'oublier, était dans le cas où plus tard fut placé Hood. 1] n'avait que de vieux vaisseaux.

Alors on était encore join du temps où Nelson disait :

“Un navire de guerre doit toujours avoir ses vergues droites et ses manœuvres bien raides, aucune corde ne d it pendre en dehors ; les hamacs doivent toujours être ramassés avant huit heures du matin, soigneusement rangés dans les bastingages, les ponts et l'extérieur lavés tous les jours, le linge de l'équipage deux fois par semaine, Il faut surtout se garder de larguer et d'établir ses voiles l'une après l'autre,”

Byng n'avait pas même d'hôpital, Tout, Jusqu'à ses instructions, était rague. Allaitil à Louisbourg ? Ferait-il voile pour Minorque ? À peine deux on trois de ses navires pouvaient enverguer ses voiles de rechange, jumeler ses bas mâts, établir un mât de fortune pour remplacer l’artimon, passer de nouvelles drisses capeler de nouveaux haubans, réparer son gouvernail. Or, quand on va à l'ennemi, il faut tenir compte de tous ces détails, et c'était à l'amirauté anglaise d'y voir. Ses officiers, ceux qui l'ont vu de près, s'inclinent tous devant sa bravoure, Victime des passions politiques, il mérite d'avoir une autre place que celle qu'il occupe aujourd'hui dans l'histoin ist-ce à une plume française de donner le signal de sa réhabilitation ? La mienne le veut bien. Son vainqueur, de la Galissonière, l'avait en haute estime. Ses lettres le prouvent. La mémoire de cet homme, qui ne fut qu'un matelot malheureux, doit être réhabilitée. Il est des événements qui par leur nature et leur portée ne tombent pas sous le coup de la justice humaine, Byng a été sacrifié à la féroce politique du temps et aux appétits sanguinaires de la populace

in parlant du malheureux aniral, l'historien de la puissance navale de l'Angleterre, lait des remarques qui ont ici leur place.

“Les instructions de Byng portaient de bloquer Les vaisseaux dans le port de Toulon, ou de les faire suivre jusqu'à Louisbourg, s'ils avaient franchi le Détroit. On ne pouvait rendre Byng responsable de parvils ordres, dont les ministres auraient bien voulu dérober la connaissance à la nation: mais il fallut les produire au conseil de guerre devant lequel cet officier comparut. I] ÿ fut condamné à mort pour n'avoir pas fait tous les efforts qu'on devait attendre de lui. Ce manque d'énergie méritait-il donc un jugement si sévère ? Les membres du conseil en témoignerent assez leurs remords, en écrivant au roi qu'ils ne pouvaient cacher le trouble de lears âmes, lorsqu'ils s'étaient vus forcés de condamner un homme selon l'excessive rigueur des ordonnances militaires. Quel contraste n’offrait pas ce jugement avec la sagesse des institutions civiles de leur patrie, où la loi tend elle-même une main secourable aux accusés ? Ces juges finissaient leur lettre par implorer la clémer *e du monarque en faveur de Byng, ‘autant pour le repos de leur conscience que pour lui rendre Justice Ce prince fut inflexible, croyant faire cesser par là les murmures de son peuple. La suite prouva que cetexemple lui avait été salutaire. On mit toute la dureté de la haine dans l'exécution de la sentence, à laquelle l'amiral Forbes, un des commissaires, refusa de mettre son noi, disant que ‘“ lorsqu'il s'agit de signer un acte pour répandre du sang, un homme ne doit être guidé que par le mouvement de sa propre conscience, et non par l'opinion d'autrui.”

“ Le mécontentement ne fut cependant point appaisé, et Georges IT se trouva forcé quand même de changer de ministres.”

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Lisez l'histoire de Pitt, devenu plus tard lord Chatham. En novembre 1755, il se mit avec Fox à la tête de l'opposition. Le ministère fut renversé, Fox fut fait secrétaire d'Etat. Le nouveau gouvernement paraissait fort, très fort même. Quoi qu'il en fût, au milieu de ces changements politiques, la campagne d'Amérique se poursuivait. La France faisait des démonstrations offensives du côté de la Manche; elle occupait ainsi l'Angleterre, qui se croyait, en ces temps-là, à la veille d'être envahie. Son but réel était Minorque, et

pendant que l'on faisait venir à grands frais des troupes hessoises et hanovriennes en Angleterre pour défendre le vieux royaume de Guillaume le Conquérant, de la Galissonière descendait tranquillement à Minorque, et aidait puissamment au siège du château Saint- Philippe. Que faisait-on en Angleterre? On discutait la question de la Kilésie, du Hanovre. L'opinion publique montait petit à petit. La perte de Minorque porta le comble à l'exaspération. Ce fut alors que commença le rôle machiavélique du ministère, Il se dépouilla de sa responsabilité pour la rejeter sur l'amiral qui avait commandé l'expédition. Celui-ci fut sacrifié lachement, et son exécution restera comme une tache éternelle pour la nation anglaise et les vutorités d'ulors. A quelque temps de là, le premier ministre crut prudent de se démettre. On est resté sous l'impression qu'il ne voulait pas porter l'odium ni la responsabilité d'événements qu'il ne pouvait guère contrôler. Fox ressemblait à Robert Walpole. Ce dernier était un rapace, dit un historien anglais ; quant à l'autre, il l'était encore plus : he 105$ infinilely more rapacious.'

Et que puis-je ajouter maintenant ? L'Angleterre venait de se rendre coupable d'un meurtre judiciaire en fusillant l'amiral. L'Angleterre, qui s'occupe surtout et qui vit, pour ainsi dire, des choses de la mer, réhabitera-t-elle un jour l'infortuné Byng ?

Vogüé avait raison lorsqu'il écrivait dernièrement :

“ Les procès politiques—et j'ajouterai sociaux—blesserent toujours notre instinct du juste. Je crois qu'on en peut voir la raison. La justice est une machine de précision ; quand on la met en branle, vis-à-vis d'une tri insgression bien établie et d’un texte de loi, elle fonctionne automatiquement en quelque sorte. Si on lui livre un mal particulier, limité à un seul ou à quelques individus, notre équité naturelle est satisfaite, parceque toute la quantité connue de ce mal tient dans le plateau de la balance et l'infléchit comme il convient. S'agit-il au contraire d'un de ces actes dont une fraction considé able du corps social est coupable où complice? Notre équité se révolte, quoique la justice fonctionne exactement, parce qu'elle fonctionne partiellement, parce qu'il n'entre dans le

ciateau trop étroit de la balance qu'une minime quantité du mal notoire. Le jeu de la justice, irréprochable en lui-même, nous apparut alors comme une loterie, il ressemble trop au procédé barbare des anciens, quand ils décimaient une troupe prise en faute.

“ Puisqu'il faut bien que les gouvernements établis se défendent, ce ne serait pas un paradoxe de dire hardiment : un homme—de Vogiüé dit Ney, et pour moi le cas de Byng est le même—fusillé par l'ordre direct et personnel du souverain, cela vaudrait encore

The loss of Minorca blew up the flame of national resentment to its highe st pitch. By a train of insidious art, the ministry were able to throw the weight of it, in a good measure, off themselves, upon the admiral they had employed. Accordingly he was soon sacrificed, in a manner, which whatever may be the opinion we form of the merits of his conduct, was undoubtedly disgraceful to the nation and infamous to the persons conc erned. And after all, the adminisiration remained so unpopular, that Mr, Fox soon after thought proper to resign. The motive of this conduet was supposed to be an unwillingness to bear the odium of measures, in the forming of which he was allowed very little share,

The history of the life of William Pit, Earl of Chathom, London, 1783, p. 62. See. LE, 180 LA

mieux qu'un homme jugé par une cour régulière ; il y au sait dans le monde un acte arbitraire de plas sur la conscience d’un homme, il n'y aurait pas ébranlement et destruction de la notion si nécessaire de la justice.”

Et M. de Vogüé ajoute dans une autre étude : Ê

“ Je sais que la justice égale et inflexible est indispensable au maintien du bon ordre matériel, comme tant d'autres pis aller sociaux ; mais les morts ne relèvent plus des magi-trats et des gendarmes ; lorsque nous avons affaire à eux, nous pouvons donner

arrière à l'instinct d'une justice intellige: t: : ": «en nous.” J'ai voulu me faire l'avocat de cette LUE) . intelligente,” Byng ne doit pas figurer » [=]

dans l'histoire comme un déshonoré. Il n’a été tout simplement qu'un vaincu.

Au temps de son triste procès, combien d'hommes d'honneur et de courage semblerent oublier ce qu'ils étaient et déployèrent une triste hésitation morale. Le mot de Berryer fils, à propos de l'exécution du maréchal Ney sera donc éternellement vrai ?

“Le métier d'un roi, disait-il, n’est pas de relever les blessés du champ de bataille pour les porter sur l'échafaud.”

Au moment où je termine cette étude sur Byng, sur ses actes et sur ses JUSES, on m'apporte un ouvrage de Mgr Spaulding. En l'ouvrant, je tombe sur ces lignes qui me frappent, et qui vont servir de conclusion à ce travail.

“ La coquilie, quelque éloignée qu'elle soit de l'océan, appliquée à l'oreille, vous en rapporte les murmures.”

Il en est de même de l'histoire, cet océan sans borne, où viennent bruire, détonner, s'éteindre les vies de ces grands hommes, guère plus pondérables que ces animalcules qui naissent, nagent, vivent et meurent dans le flot qui les jette à la grève. J'ai connu nombre de travailleurs de la mer, de ces gens qui “ vont par une nuit froide et sombre, la pluie et le vent an visage, étoufer au haut d'un mât qui plie et qui tremble, une voile sur laquelle les ongles ne peuvent trouver prise.” J'ai cansé avec de joyeux marins qui plus tard en grande tenue, un boulet aux pieds sont descendus en spirale, jusqu'au fond des algues ondulantes où se dressent, l'arm: au bras, des bataillons entiers de fantômes aquatiques pour rendre les honneurs. À chaque fois que l'histoire des guerres maritimes leur a rapporté, comme la coquille rapporte le mystérieux message de l'océan, le nom de Byng—et l'on en cause encore quelquefois à bord—ils ont hautement regretté son sacrifice, sacrifice commandé par la nation anglaise mal gouvernée à cette époque, et complètement entrainée par les passions et les cabales du ministère.

Voilà, Messieurs, toute l'histoire du contre-amiral Byng: il est tombé victime d’un meurtre politique.

Tout de même, cela n’a pas empêché l'amiral de la Galissonière, l’ancien gouverneur du Canada, de lui flanquer une rude tripotée, dit un oflicier de cavalerie, en regardant l'avocat qui avait appris à l'école, que le combat naval de Minorque avait été une victoire

anglaise.

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Etat des vaisseaux anglais qui prirent part au c

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