LE CONTE
rideau étant dissipé noua aperçûmes s'éloignant
rapidement leurs Iroupeaux poussés pêle-mêl
femmes secouées par le trol des ânes, les chiens aboyant et les chameaux apeurés courant dans la
plaine. Ce fut notre trophée et nous délivrâme prisonniers enchaînés ouentra^ Incus
gardaient un silence farouche, les femmes pleuraient el parlaient, mais personne ne comprenait leur idiome. Seul Darès entendant notre langue parla en termes de reconnaissance et de bienvenue. On me ramena et il me dit son histoire, pendant (pie nous campions après avoir fait ensevelir n >s ennemis et en gardant, jusqu'à ce que j'aie pu prendre une résolution, notre butin.
Darès avait été pris fort jeune pies d'une grande
ville, dont il ne savait plus rien sinon que le lierre v tapissait des hrèches dans les murailles et que ces murailles étaient pleines de cliants et de sautèlemenls d'oiseaux et de susurrements d'insectes. Il
avait mémoire de laces câline- a réveils d'en-
fant. Il se souvenait d'avoir longtemps VU p8
d'une barque profonde, un fleuve glauque où i\^^ feuilles larges comme des boucliers embarrassaient l'avant du bateau. Ses terreurs lui rappelaient des bêtes énormes nageant contre la nef, et contre lesquelles les pilhrds. ses mail res. devaient se défendre. Plus grand il se revoyait portant des fardeaux
«I ois une ville spacieuse, aux petites maisons b
couleur de chaume, et les fouets commençaient à lui déchirer parfois les épaules. Puis on le fit ramer suriner ; les voyages étaient longs, sans rien apercevoir que des dauphins joueurs ou des requins féroces. Quand les équipages gagnaient enfin des terres, on cherchait pour s'embusquer des criques basses, profondes, qui abritassent tous les navires et pussent mentir à la terre leur présence. Les maîtres enchaînaient alors les esclaves à leurs bancs de rameurs ; une partie d'entre eux s'en allaient et revenaient bientôt riches de dépouilles et de captifs ; on repartait alors à travers la vaste mer pour revenir à la ville spacieuse aux maisons basses. Un jour cette ville fut attaquée ; des hordes noires plusieurs jours y pillèrent, y tuèrent, en firent sortir les habitants épargnés et les emmenèrent en esclavage dans les solitudes. C'étaient ces nouveaux maîtres de Darès que nous venions de vaincre.
Je le questionnai sur les merveilles delà terre du Sud; il semblait en arriver, d'après ses explications, puisqu'il arrivait de bien loin dans la direction du sud. Il savaitpeu dechose. Là aussi d'où il venait on contait la lointaine contrée gardée de sables et de forêts, aux routes marquées d'ossuaires, maisc'était bien loin, bien au loin. Personne parmi les maîtres de ces déserts n'avait tenté dy aller. Je lui parlai de la ville qui avait fui devant nous et de l'apparition