JJ II. CONTE DE
force d'être seul, enroulé d'un linceul de sable. malade sous le marteau lumineux, ce paysage indiquait tous les rehaussements, toutes les défaillances, tous les abandons, et mes cavalii lient. La
lande bosselée d'apparences de monstres, d'une uniforme couleur de sable, oscillait sans limite dans un hostile poudroiement de flammes. Pas un brin d'herbe, pas même l'ombre que les ailes d'un oisel pourraient donner, et pas une autre voix que les noires, qui s'éteignaient d'être trop mutuelles, et nous marchâmes ainsi dix jouis, buvant l'eau queportaient nos chameaux et tuant les moutons de notre troupeau. Le onzième jour s'étagea, devant nos yeux toute une cité d'eaux vives; des hommes bâtissaient, des femmes drapées portaient des jarres et des amoncelis de vert et d'or semblaient des jardins d'orangers. Pleins d'espoir et d'anxiété noua
nous acheminâmes vers la cité du lointain, mais sans cesse elle nous semblait se reculer, et quand le soleil fut moins liant sur l'iiori/on, le décor d'espérance B'évanOUJt. Vers le tard seulement, nous limes halle près d'un ruisselel qui COU 1 ail SOUS des herbes rècli
La fatigue avait envahi mes cavaliers, fatigue causée par la perte de leur chimère de découvrir une belle cite d'ombre et de parfums, fatigue déterminée par un peu de peur. Qui axait devant nos
i déployé la ville des promesses pour la rem-
porter comme dans un pan de manteau ? Elles étaient donc vraies, les vieilles légendes tremblotantes, et les pays du sud étaient le royaume d'esprits redoutables, architectes de désespoir et de désillusion ; et quelle serait demain la nouvelle torture imaginée par les djinns malveillants. Aucun homme, sauf moi-même, ne pouvait autrement s'expliquer la levée subite des coupoles dans l'azur et leur brusque disparition; et moi-même, gagné par la contagion du rêve de mes hommes, anxieux de toute leur fébrilité, je ne fus pas loin, à l'heure lourde du sommeil terrassant, de croire que de puissants génies fermaient la terre défendue. Car cette ville, nous l'avions vue! Etait-ce un décor, un instant apporté devant nos yeux comme par de subtils miroirs d'Empyrée? était-ce là signe et encouragement, ou devais-je croire que, toujours, la cité décevante aperçue au matin s'écroulerait le soir dans les crépuscules sourds? D'après les sages de ces hommes au teint jaune, qui sur des barques res viennent piller et dévaster les côtes llorées et les ports opulents de nos mers, le monde divin couvre le monde terrestre comme d'une arborescence légère et mobile. Et les esprits du mal sont assez puissants pour ne laisser parfois apercevoir le ciel bleu et serein, asile des providences, que par une échappée au travers des branchages épais. Le rayon de soleil est saisi par le démon des
Gèvres qui le chevauche et se sert de sa rapidité pour propager la mort, Au bord des fleuves, des esprits suscitenl des pestilences pour que les barques qui glissent, passent devant les villes terrifiées, à la dérive, e( chargées de cadavres décomposés. Ce sont eux qui font tomber de son banc le pilote endormi et mènentle vaisseau au récif: etles pirates mêmes craignent cette terre du sud aux
frontières de laquelle mais arrivions.
La nuit épandaif ses tentes violettes. Les hommes de ma suite, groupés près de leurs chevaux, causaient à voix basse et leurs lèvres débitaient ces contes de nourrice, si puissants qu'ils reviennent avec leur cortège de naïves Frayeurs dans les angoissantes heures où l'on crainl tout de l'inconnu.
L'eau qui chante et l'eau qui danse, les arbres aux
Fruits de vie éternelle, gardés parles lions Formidables des chimères, le victorieux suscité par le Dieu pour détruire le piège Installé par le mauvais Démiurge, le victorieux jeune dont le bouclier
dit à son maître du poli de son acier les dan-
courir, le victorieux qui triomphe parce qu'il a eu
pitié d'une femme vieille e . et (pli se révèle
la fée belle et puissante <pii sait donuerle talisman,
circulaient dans leurs cuites. Ils s'entre!. uiaienl
ands anneaUZ de Fer <pie le pied heurte surle
sol des campagnes incultes, lue trappe s'ouvre <t le privilégié descend dans le royaume des mer-
veilles. Parfois c'est le trésor oublié d'an ancien roi et les ornements magiques qui donnent le suprême pouvoir ; tantôt un grand bruit se fait entendre provenant des entrailles de la terre et ce sont les redoutables forges où des nains divins fabriquent les métaux précieux, l'or et les pierreries colossales dont le moindre éclat, la plus petite cassure récompensent l'audacieux aventurier, s'il sait se dissimuler prudemment. Et le bercement de la légende, l'hérédité de tous les contes babilles par toutes les aïeules les enlisait de mollesse et de sommeil quand l'homme de vedette jeta un cri qui nous attira tous.
Une femme d'une étrange beauté, aux yeux puissants comme des aimants dans sa face maigre et brune, une onde double de cheveux noirs couvrant ses épaules, casquée, cuirassée, était subitement sortie de terre devant lui. Il n'avait pu de suite ni crier ni faire un mouvement, tant les yeux magnétiques avaient bu sa force et son courage, et la haute forme l'avait un instant regardé comme pour bien voir quels étaient ces nouveaux occupants du sol qui lui était familier. La face de l'apparition était restée sévère, presque terrible, et les genoux de l'homme avaient frissonné, s'étaient entre-choqués, il s'était malgré lui agenouillé. La vision avait immédiatement disparu ; ses forces lui étaient revenues, il avait appelé. Lescavaliers superstitieux se mirent
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à chercher; ils inventoriaient le sol, attendant avec une terreur pleine d'espérance que leurs pieds rencontrassent un de ees anneaux de fer par où s'ouvre la trappe qui invite à descendre dans les royaumes du rêve. Ce Fut vain. Je voulus veiller durant cette nuit à l'endroit où avait surgi l'apparition. Rien ne vint et je n'entendis plus que le repos fatigué de mes compagnons, la lueur iVun mot dans leur rêve et le bruit de L'immensité de la plaine, comparable à celui de la mer calme, et je m (pie des scintillements d'étoiles, coupes de l'incendie brusque et bref des étoiles Qlantes, et ma pensée chercha jusqu'au jour quelle pouvait être la mystérieuse apparition, déesse entrevue, ou chimère analogue à celle de la cité lointaine entrevue sous le faix du soleil, songe puéril d'un homme ou
tisseinent de la gardienne des I. d'arrêter
là une marche vers les découvertes interdites.
Le lendemain nous repartîmes; tantôt parmi les sables de lointains monticules violâtres sembl
surveiller notre p longues
et étroites nous haïraient la route; Ac> landes
s'étendaient d'une herbe Légère et cendn buissons rampaient sur le sol en bouquets aigus,
qui nous servaient pour les feux du soir ; nulle
humaine, nulle trace animale si ce n'est quelques . au loin quelque grand oiseau au vol tournoyant. La puissance du soleil se faisait
F.T DU SILENCE "/"j
plus dure, les points d'eau devenaient un peu plus fréquents ; le soir, près du ruisselet coulant dans un lit pierreux, on dessellait les chevaux fatigués, on débâtait les chameaux. La lassitude s'exprimait de tous les fronts, et le mot de retour circulait entre mes compagnons. Revenir, revenir, avant que nous n'eussions perdu le souvenir de notre route ; une frayeur les saisissait à l'idée d'une longue errance dans les plaines sans issue. Enfin un matin, en nous remettant en marche, nous aperçûmes à distance assez longue des cavaliers ; nous les hélâmes, ils s'enfuirent ; nous les poursuivîmes, mais leurs chevaux, plus véloces, échappaient aux nôtres déjà las; bientôt on n'aperçut même plus la trace de poussière que soulevait leur fuite. Plusieurs jours nous nous sentîmes ainsi observés dès l'aube. Mes compagnons ne murmuraient plus; atteindre ces gens et savoir, savoir quelque chose, puisque les vieux textes des explorateurs s'étaient trompés et que nous n'apercevions ni les forêts enchevêtrées, ni les lacs trop peu profonds, ni les géants hauts comme des tours faisant l'ombre autour de leur cimeterre, et que la cité lointaine n'était qu'une ironie des dieux. Enfin, par un lourd midi, pendant que somnolait un peu notre marche, nous revîmes des cavaliers en grand nombre, marchant sur nous, et des flèches nous avertirent de leur hostilité. Le hasard nous donna la victoire, puis leur épais