‹ Le contre de l'or et du silenceChapitre 16 sur 46 · LE FOL DANS LA FORÊT · texte numérisé non relu

LE FOL DANS LA FORÊT

Comme Darès, selon sa coutume, après le repas s'étail accroupi sur des nattes, non loin du roi BaK thazar e( de Joseph d'Arimathie, Le roi lui «lit : I tarés, COnte à notre hôte une de tes histoires. Jamais il ne t'a entendu bien longuement el depuis le temps que je lui parle <le loi, peut-être le désir lui eu est- il venu.

Et sur l'approbation de Joseph d'Arimathie, l<v vieil esclave comment

Il était une fois une grande forêl près <l<j la merj elle avait autanl de feuilfes, elle avail autant de nids que la mer a de vagues; elle avail autant «l»1 clairières joliesj avec des divans de m. Misse el des lapis de gazons, que la mer s'égaie d'îles; au ta ni de faons la traversaient en bondissant que de jolis poissons - virent dans l'étendue marine: autanl <Ie sources filtraient «mi elle, que de petites étoiles rouges e( vertes se mirent au miroir d'Océan. Klle

:dait, aussi, bien des \ ifslézards aux yeux d carboucle, atu corps d'émeraude qui glissaient

parmi les pierres, qui glissaient parmi les racines, et des milliers d'ailes volaient, et des milliers de gosiers chantaient sous les dômes verts de ses arbres; il y avait aussi des oiseaux qui parlaient et de pieux solitaires qui les écoutaient.

Il n'y avait pas de route à travers la grande forêt. C'étaient des milliers de petits sentiers qui couraient comme les ruisselets au fleuve, au fleuve qui descend vers la mer. Les petits sentiers couraient, ils butaient contre des fleurs et alors se contournaient pour chercher meilleure route; ils butaient aux racines des arbres géants et alors ils s'enfuyaient pour trouver meilleur chemin, et parfois ils se cachaient sous les taillis drus où seuls les lièvres pouvaient les suivre, puis ils couraient se blottir dans les roseaux au bord des sources, et jouer au pied des lauriers-roses, et se diviser et se poursuivre. Il y avait mille petits sentiers sous l'ombre de la grande forêt.

Il y avait mille miroirs à l'ombre de la grande forêt, des miroirs ronds où l'eau attendait les vols légers des papillons et la toilette des oiselets, et de longs miroirs où l'on pouvait se regarder tout en marchant, tout au long d'aveux, de discours, tout au long d'une chanson; des miroirs inattendus s'agrandissaient sous les herbes hautes; il y avait mille miroirs sur le sol de la grande forêt ; mais personne ne les connaissait, car il n'y avait pas

q6 i.k CONTA df t. 'on

de route sous tant d'ombre et seuls y menaient mille petits souliers, qu'il fallait savoir par cœur, qu'il fallait avoir aimés, avant d'y pénétrer, car jens du pays voisin s'arrêtaient sur l'étroite lisière. A quoi bon aller où ne mène nulle r<

Il y avait un fol dans la grande forêt, il tait les aubes, il en savait les clairs de lune. 11 s'en allait gambadant et llùtait ses trilles à côté du solitaire qui écoutait l'oiseau parlant. Que lui faisait à lui, le dire du bel oiseau? il était agile, il était joyeux, il dansait tout le long du jour; s'il ne savait voler, il savait grimper vers la cime des arbres. Que lui importait le pieux solitaire. I n'avait guère plus souri de penser que l'oi léger, et des plumes il en ramassait toujours les plus magnifiques pour s'en parer, et sa couronne

était toujours tressée de; plus fraîches et plus

rares Heurs.

Le fol n'était pas sans quelques connaissances j il

retrouvait sa mute à travers tous petits sentiers, il connaissait toutesles baies-, il appelait les chevreuils

méfiants, et ceux-ci le suivaient; il charmait les

petits oiseaux qui sautillaient sur son épaule, \\ savait qu'aux lisières de la forêt la plaine «''tait nue,

qu'au loin d'affreuses tours de pierre étaient bien

moins belles que l'ombre de sa forêt, il savait

toutes les pentes par où la forêt dévalait vers la mer, et il restait couché «les heures ;'• voir les

petites nuées se parer de robes nouvelles, ou de longues heures encore il regardait venir l'ourlet blanc de l'écume et se briser, inoffensive, la grondante colère du flot, et il riait, et il riait, puis d'un bond s'en revenait taquineries solitaires ou chanter dans la forêt.

Et comme les solitaires absorbés dans les méditations ne quittaient guère la cahute d'arbres d'où ils pouvaient juste apercevoir une clairière, qu'absorbés en eux-mêmes ils ne regardaient point ni les animaux se jouer, ni les beaux couchants inonder d'or les frondaisons, qu'ils ne connaissaient ni les miroirs nombreux, ni les mille petits sentiers, le fol était le roi de la grande forêt. Le fol était l'enfant de la grande forêt, car d'où venait-il, il ne le savait guère, il s'en inquiétait peu. La forêt l'habillait de feuilles, elle le nourrissait de fruits et de baies, il y dormait entre deux branches ; il avait peut-être quinze ans, peut-être vingt et ne s'en souciait. La vie lui était bonne dans la belle forêt.

Un jour le fol vit, du haut de la mer, accourir une belle nef toute pimpante de voiles blanches, toute glorieuse de voiles pourpres, et des hommes vers les mats étaient si somptueusement parés qu'on eût dit des statues de lumière, des statues de soleil, des statues couleur de midi.

La nef venait vers le rivage, et des hommes en

<)S LE CONTE nr l'or

descendirent, si nombreux que le fol prit peur : d'ailleurs, à leur arrivée, il avait sauté dans un taillis d'où il les regardait. Des biches légères, curieuses aussi, broutaient non loin de lui, il en vit une tout à coup tomber, des gouttes d'écume et de sang à la bouche, et n'eut que le temps de fuir, car les hommes de la nef accouraient.

Quand il revint pour les épier, il les vit qui, armés de cognées, défrichaient le vert taillis; leurs feux, alimentés de brindilles, étaient violents sous de grands vases de cuivre; il vit que la bich d'autres bêtes encore, étaient dépecées. 11 s'enfuit et ce jour-là le fol fut triste en sa forêt, et de lon^s jours la forêt retentit de grands bruits, les arbres

saignaient, les chevreuils fuyaient, d'autres nefs

accoururent rapides sur la mer, et lentement un grand manoir se dressait, a\ ce des murs et des haies vives, et Vers les portes les haches des hommes d'armes scintillaient; le pauvre fol était triste eu sa forêt. Il se retira aux plus sombres ra\ines où il avait peur qu'on \înt le surprendre et il

avait peur qu'on vînt l'en chasser.

Il consulta l'oiseau parlant, le bel oiseau nu plumage de vermillon, de safran et d'azur, à la g blanche, à l'aigrette soyeuse. Bel oiseau, dis-moi quel est notre danger; mais l'oiseau était fier : Tu m'as dédaigné lorsque lu étais le roi ^>^ la forêt,

tU jetais les trilles quand je parlais au solitaire, tu

m'as dédaigné, tu ne sauras rien : moi je vais au château, j'y suis bien fêté, je rne pose sur l'épaule de la dame, et je lui parle et je lui parle! elle sait déjà qu'il y a un méchant fol dans la forêt.

Et le fol s'adressa au plus sage solitaire. Ah î pauvre fol, tu sais bien le chemin de ma cahute de branchage, assez longtemps tu vins déranger ma prière et ma contemplation par tes courses de lièvre et tes bonds de faon; enfin je veux bien te le dire; ne va jamais vers le manoir des étrangers, ton cœur plus tard en saignerait. Lors le fol y fut tout d'un trait :

À travers une haie de rosiers, il y vit, qui de blanc parée jetait des bribes à ses grands lévriers de pelage blanc et dansant devant sa main ornée d'anneaux, une femme jeune aux longs cheveux couleur des nuées d'automneparmi les feuilles jaunies; et c'était la première fois que le fol voyait telspectacle et son cœur en fut déchiré en môme temps de mille plaies, et son cœur grossit d'impatience de ne la point voir de plus près. Mais un jeune homme vint qui portait couronne d'or, et Fépée longue, et s'approcha pour baiser les lèvres de la dame, et le fol ne le put supporter et s'enfuit d'un trait.

Mais il revint; dure est la glu des beaux regards. Et la belle disait : Prince, restez auprès de moi, je suis si seule quand vous partez, mes heures alors

- n: iw: i. on

s'égouttentsi lentes, et tout me gêne et tout m'irrite; remet le/ ces fâcheux devoirs et demeurez. Nous irons dans les arbres, là-bas, voir derrière leur rideau ombreux ce qu'ils décèlent de merveilles ou nous demeurerons, ne vous irrite/ pas, dans votre palais de marbre et d'eaux-vives, et nous compterons les roses en même temps que nos baise

Oui, Glyphtis, encore un jour je resterai, mais l'ombre du soir m'avertira de l'aube, qui doit un jour m'arracher à vous, de vos bras. Mais pour si peu de temps, que j'aille, puisque j'y suis contraint à l'appel de mon souverain, et je reviendrai tôt près de vous.

Las, prince, ceux qui partent sur la mer ne savent guère quand leur retour. La route est ma marquée 'sur les vagues. Mais les pilotes! — mais les sirènes. Mais ma nef est solide! — et les récifs durs. Et ce n'est pas loin! — Qu'en savez-vous

bien. — Quand la force d'Êros QOUS emmena ici,

nos roiles étaient confiées de toutes les puissances delà terré et de la mer. Notre navire nageait au plus léger mouvement «les rameurs. Mais quand

vous partirez. .. et si jamais \,.us ne revenez. — Et si jamais je ne reviens? Vous vous moque/. Que

Feriez-vous? — J'irai tmuver le fol, le fol dans la forêt. Et la reine riait d'une jeunesse de perle, elle riait si joliment qu'encore que le folful froissé, car le prince aussi riait, son amour en grandit encore.

De la cime d'un cèdre, le pauvre fol vit partir un jour la nef à grandes voiles pourpres. Et comme il en était joyeux, il entendit l'oiseau'parlant; Ah! voici le bel amoureux avec sa couronne de fêtes et son joli pagne de luxe. Ah! n'aura-t-il point un jour une belle ceinture dYcorce neuve. C'est cela qui sied joliment à qui prétend au bien des fds de roi. Ah! ahî ah! ah ! Et comme il descendit du cèdre, il aperçut le solitaire qui lui dit : Fils de roi, où donc allez- vous en guerre? — Et pourquoi Fils de roi? répond le pauvre fol... — Fils de roi, tu ne Tes guère, mais pourtant le deviendras, pour ton grand malheur à toi.

Quand le fol vint vers le palais, il se glissa parmi les haies, pour éviter le regard des archers. Quand il fut près du grand jardin, et qu'il aperçut sa Dame, le fol se mit à trembler et de grosses larmes lui coulèrent. La reine vers lui avait levé son pur visage de neige, mais ses yeux étaient froids et fixes, et son corps, comme une statue, attendait. Et l'âme de la reine s'en était allée, sans doute sur la mer, avec la nef aux grandes voiles.

Alors le fol saisit sa flûte et entama sa chanson copiée sur les pâmoisons de l'aube, et la reine, croyant que quelque oiseau passait, leva les yeux vers les hauts arbres, les baissa vers l'ombre de ses pieds, regarda parmi les haies, mais elle ne voyait pas le fol de la forêt; mais comme il s'ap-

prochait, ému, la face paie, elle l'aperçut «■( s'enfuifl en riant. Elle était redevenue légère et gai< sourieuse. Elle rentra dans le palais et se montra à une tourelle, puis à une autre, puis à une autre, et le pauvre fol courait; à chaque tourelle, elle montrai! ses dents de rires et ses seins gonflés, elle pauvre fol courait; puis si vite «'Ile se montra avec son rire à chaque tourelle que le pauvi éperdu s'enfuit., s'enfuit dans la forêt, et à toutes les tourelles riaient de blanches femmes aux dures gaîeti

Ah! qu'il pleura le pauvre fol, mais comme il s'en revenait vers la rose dont il souffrait, il vi[ poindre de la liante mer des nefs aux voiles pourpres, des nefs aux voiles Manches. El le prince descendit qu'aimait Glyphtis la jolie; mais l'autre nef débarqua des hommes d'armes et un fils de roi. Donc les deux princes se combattirent, et le premier fut tut'. Toute l'horreur du Bang versé qu'il voyait pour première la fois transit le fol, mais moins encore que l'accueil de Glyphtis au vainqueur, car elle vint à lui et lui donna son cœur.

Son cœur avec un »nfianl de ses deux-

mains, on eût dit des colombes aux mains du Loucher: son cœur avec sou col s'inelinanf sur l'épaule du nouveau venu cl S0I1 front vers Ses lèvres; BOfl

cœur ave ii\ qu'une buée d'aurore et de

langueur emplit alors qu'elle vit cette face, pour

ET DU STLEXCE 10,3

Ja première fois sous le casquo; son cœur avec sa taille, qui, souple, ploya, et ses genoux qui défaillaient sous sa robe de lin blanc et sa natte qui se dénoua. Et comme tous deux se dirigeaient vers le château, elle aperçut le fol horrifié. Alors, se serrant contre le capitaine, à qui son âme était allée, elle lui donna encore son rire puéril et crespelé.

Elle lui donna son rire et le manoir fut clos. De nouveaux hommes d'armes en gardèrent les murs. Fol, fol! dit l'oiseau parlant, tu devrais te faire un casque des clochettes qui poussent dans la foret, et des grands roseaux tu tirerais des flèches, et d'un grand jonc léger te taillerais un bon arc, et d'un pauvre fol taille un bon archer. Ah, ah, ah, ah ! Fils, de roi, dit le solitaire, où donc allez-vous si triste ? Vous ne chantez pas, vous ne trillez pas. N'y a-t-il plus de baies mûres en la forêt?

Fils de roi, je ne le suis guère pour mon malheur à moi. Solitaire, dites-moi, qu'est-ce qu'un grand manoir là-bas près de la mer, où scintille la belle qui m'a rendu plus fol? La connaissez-vous? Son visage est profond comme les miroirs de la foret, mais combien plus blanc et plus délicat. Toutes les nues du ciel passent autour de ses yeux. Les pupilles en sont des étoiles tranquilles, son col est la tige d'un roseau plein de lait. Elle passe parmi les fleurs et se rit aux tourelles du grand nouveau

04 II CONTE DE l'0F\

manoir qu'on a tantôt bâti; el les galères viennent vers elle, à tire d'ailes, du haut de la mer, comme des oiseaux marins. — Et le fol de la terre, comme un enfant timide, le fol de la foret comme vers les œufs des nids, ah! le vilain fol, qui ne sait ce qu'il dit, glapit l'oiseau parlant !

Alors les passereaux, les rossignols, les beaux oiseaux qui ne savent que chanter leur souffle en quelques notes, leur souffle, qui est tout leur de partout accoururent autour du pauvre fol et pour le consoler chantaient comme sa flûte qui résumait leur cri d'amour parmi les aubes, et le fol prit sa flûte, et les faons et les daims vinrent lécher ses mains, et des oiseaux vigoureux et que le fol n'avait jamais visés se jetèrent sur le:

parlant, qui dut, de tout

le grand château, et dans une heure très d

le fol conta à la forêt, à sa genl emplumée. à ses

timides coureurs, le mvstèrr de SOD âme à la leur

pareille, et la forêl était en fête religîeufl tOUtes <<'s petites âmes adoraient la Tendre--

Pauvre fol au tiède cœur d'oisillon, dit le solitaire, crains le m., l< ir aux beaux s. Écoute;

Ce n'est pas la première tour qu'on construit pour Glyphtis. Dès Ion-temps on parle de ses che\eux

de chauvir auré, ei de ses beaux yeux où toutes forêts et tous fleuves Be viennent peindre, èl d

beauté t uite, pour toi si neuve, ô pauvre iol.

Elle naquit, il y a tant d'années si incertaines, qu'on ne sait si elle ne jaillit pas de la première source du monde, et depuis ce temps, c'est elle que cherchent les jeunes princes dont la barbe point, c'est d'elle que pleurent en leurs palais désertés les vieux rois découronnés.

Il était un très vieux roi, si vieux, si chenu, si tremblant qu'on le portait tous les matins dans une longue verrière blanche d'où il pouvait regarder l'horizon. Son horizon, c'étaient les vertes collines de la mer en courroux ou le tapis calme de ses indolences, et le très vieux roi ne parlait. Il avait perdu ses fils qu'il avait envoyés par les routes difficiles consulter l'oracle ; et ce qu'il demandait aux dieux c'était de savoir quand il reverrait Glyphtis qui avait été la colère aimante de sa jeunesse. Et il écartait ses filles, car il voulait qu'aucune image féminine ne vînt troubler l'image qu'il gardait sous ses paupières. Et le très vieux roi mourut dans le désespoir.

Il était un jeune berger qui vit Glyphtis dans une cour splendide, les plus ardents chevaliers briguaient son sourire, le roi son époux dominait l'élite des villes. Il l'aima, elle l'aima, car son sort est d'aimer sans cesse, il l'emmena vers sa ville et sa ville brûla longtemps, car le roi et ses chevaliers la vinrent reprendre après un long siège, et toute la race du berger s'effondra dans le passé noir.

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Glyphtis vient, vit et disparaît; les dieux l'enlèvent dans l'orage, puis nous la renvoient pins belle, et celte beauté c'est le masque de leur colère. Elle descend des trônes poursuivre les pirates; elle quitte le pirate pour l'amiral triomphant, et l'amiral pour des jeunes princes qui la cachent en pays perdu; mais quel pays reste ignoré où elle rayonne. Fol, fol, espère que des navires armés la viendront emmener d'ici. Fuis au profond de la foret, loin du château, loin du sourire, et chante ou danse, ou pleure, mais fuis. Et le fol reprit : Je ne puis.

Pourtant un jour le beau manoir fut attaqué par tels ennemis, ords et velus, qui eux aussi étaient venus pour conquérir la face de jeunesse et de sourire; et leur vigueur a renversé le dernier beau prince et ses bons servants, et le manoir s'est embrasé comme une torche de résine, et sa fumée noire

monta aux cieux, étrange et tortueuse comme une

corde de colère, comme un bras calciné qui encore implore, comme les premières nues de l'éternelle nuit, sur l'incendie, dernier soir du soleil : Glypheofuyait par les haies de rosiers, tout apeurée. Elle aperçut les yeux du fol agenouillé, qui brillaien

connue braises et Bes mains qui tremblaient d'é-

moi versl et les mains de Glyphtis. Com-

me elle ne riait plus, il la prit dans ses bras et bondit vers les taillis verts. Fol, fol, bientôt ta

retraite sera découverte; oh ! le beau fol ardent, les claies et les fouets sont tout prêts pour lui. Ah! ah! ah! dit l'oiseau parlant. Mais Glyphtis si tendrement l'implora : laisse mon ami me cacher près de ses étangs, dans son château de feuilles et ses tourelles d'écureuil; et l'oiseau les suivit sans plus rien dire et le solitaire, la voyant passer, leur donna son pain.

Alors ils errèrent parles mille sentiers, bien au loin, bien au loin! Glyphtis se regardait à tous les miroirs. La fuite des biches et des faons, et les craquements des taillis les avertissaient des approches ennemies. Puis, bientôt lassés, les barbares partirent, et le fol redevint le roi de la foret.

Les herbes et les arbres repoussaient \ers la mer, les petits sentiers y coururent et les lianes les suivirent, les haies de rosiers devinrent gigantesques et fermèrent l'approche d'un épais rideau près de la mer. Et le Fol gambade auprès de Glyphtis au cœur des clairières. Ils s'asseyent tous deux sur les divans d'ombre. Le Fol est fils de roi puisqu'il est le vainqueur et que Glyphtis ne saurait sortir de la forêt.

Car il n'y a point de route, mais des petits sen^ tiers qui tournent, s'évadent et disparaissent sous ses pieds quand elle est seule, car l'oiseau parlant ne voudrait pas lui dire quand rôdent les nefs non loin du rivage, et le solitaire l'amuse par ses

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gronderies et ses bonnes exhortations, autant que le bon fol par sa flûte et ses trilles et aussi par ses bras nerveux.

Et de plus, il écoute les beaux contes qu'elle lui, l'ait sur les grands manoirs lointains, 1rs pois entourés d'une garde de mille hommes, les pontifes dont un i^este arrête les armées. Mlle le voit un peu souffrir à ces récits du monde bien grand, et peutêtre rèverait-elle de revenir par lui au pays des cités. Mais le fol, qui devient plus sage de jour en jour, l'incline vers lui. La forèf est belle, dit-il. Elle lui répond que oui.

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