‹ Le contrepoidsChapitre 11 sur 12 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

■ Au cri poussé par l'oncle Marouillat eu tombant, Jeany et Puvinel, qui étaient en train de se bécotter, commti des amoureux, s'étaient redressés frémissants.

Et voyant un f^L-^ '^

tiomin.e par terre, i^V^i!^^

tousdeux s'étaient précipités.

— Mais c'est IV/ncle Marouillat! s'éeria Jenny.

— L'oncle Marouillat?

— Lui-même.

— Que diable a-t-il pu lui arriver?

— Est-ce que je sais?

— La douce Jenny était loin de se douter qu'elle était l'innocente meurtrière de son oncle.

— Ah bien par exemple., faisait Puvinel, pour îa presniére fois qu« je me trouve en présence de Tonde Marouillat... Drôlede présentation!

— Il n'est pas mort, le pauvre oncle ?

Et Jenny se lamentait, et de grosses larmes ÏMiintaient au fin bout de ses Longs cils.

— Mais non. Il n'est pas mort. Un coup de s»ng. Est-ce qu'on meurt comme ça ?

l.i^ I.E CONTHKPOIDS

Cependant des gens accouraient, et un cercle de promeneurs se formait autour de Marouillat toujours étendu à terre. Aidé d'un curieux complaisant, l'uvinel l'installa sur le banc qu'il venait de quitter.

— Mais l'oncle no donnait plus signe de vie.

— Vous n'allez pas le laisser là, fit Jennx . éplorée.

— Où le porter ?

— Mais à l'hôtel. Te supposes bien que je ne vais pas envoyer mon oncle à l'hôpital, comme un gueux ?

— Allons, transportons-le à l'hôtel.

Un homme le prit par les pieds, un autre par les épaules, et tandis que Puvinel, jouant les Auguste du cirque, le soutenait sous les reins, suivi de Jenny en larmes, le cortège se dirigea vers l'hôtel de la Corne d'or.

— Qu'est-ce que c'est que ça? fit l'hôtelier, devant cette invasion. Est-ce qu'on prend ma maison pour la morgue?

— C'est mon oncle, répondit Jenny.

Et l'hôtelier s'inclina. Du moment que ce cadavre était l'oncle de ses meilleurs clients, il n'y avait rien à dire. D'ailleurs, on le porterait sur la note.

L'oncle fut couché dans le propre lit de M'"*' Puvinel, et un domestique fut envoyé pour prévenir le médecin le plus proche.

L'homme de l'art arriva.

— Il n'est pas mort, ^n'est-ce pas. sanglota Jenny?

— Non! mais il n'en vaut guère mieux.

— Qu'est-ce qu'il a, ce cher oncle?

— Une apoplexie, tout simplement. S'il en

LE COxNïREPOIDS I.V.

réchappe, il aura de la veine I Encore, restera-t-il paralysé et gâteux par dessus le marché !

Jenny enfonça sa tête dans son mouchoir et se mit à sangloter.

Quant à Puvinel, il ne sav;iit pas trop quelle contenance tenir.

Dans le fond, l'oncle Alarouillat, il s'en fichait comme de sa première chemise. Pourtant il pensa qu'il était de bon ton de verser un pleur ou deux, et ayant tiré son mouchoir de sa poche il s'en tamponna les yeux le plus consciencieusement qu il put. Pourtant, à la réflexion, il songea que l:i maladie de Marouillat allait le gêner dans sa quiétude. Justement au moment où il était si tranquille. Après toutes les transes de ces derniers jours, voici qu'il respirait enfin.

Charmillon allait être retenu par sa femme, et .Mantelin emmené par Colette Printemps. La route était belle! et panl l'oncle ^Marouillat venait à Montélimar attraper une attaque d'apoplexie Comme s'il n'eût pas pu claquer dans son patelin, cet animal!

Et Puvinel, naturellement et sans ell'ort, se trouva attristé par la maladie de l'oncle.

Durant trois jours le père ]Marouiilat demeura entre la vie et la mort, admirablement soigné p:ir Jenny qui s'était instituée sa garde malade.

Pendant ce temps, Puvinel errait dans les rues comme une àme en peine.

Le soir môme de son arrivée, Mantelin était parti pour l'Italie avec Colette Printemps. Quant au lieutenant Charmillon, il s'étoit iiistallé à l'hôtel de France avec sa chère femme qui ne le quittait pas d'un pas.

>!:,', LE CONTUEiMMDS

11 ne s'occupait plus de Puvinel, Cliarmiilon.

C'est à i)eine, quand il le rencontrait, B'il Ini disait bonjour. Et l'huissier, débarrassé de son tyran, jouissait agréablement de la vie du territorial dont les goussets sont bien garnis, c'est-à-dire que c'est à peine s'il faisait une courte apparition à la caserne. Et il s'embêtait royalement, ne voulant |>as demeurer dans la chambre du malade et n'osant pas trop se montrer dans les rues, dans la crainte de rencontrer un officier qui se serait demandé ce que fichait par là ce territorial.

Aussi, enfermé dans un café tout le lonjç du jour, il jouait à la manille avec les oisifs de Monté>- )imar, et comme il n'était pas initié aux arcanes de ce noble jeu, il se faisait attraper comme du poisson pourri, quand il avait le malheur de se faire couper son manillon de pique.

Enfin, après trois jours où il demeura dans le coma le plus absolu, l'oncle Marouillat donna quelques signes de vitalité, et comme à tout prendre, Jenny pensa qu'il serait mieux chez lui que dans une chambre dhôtel, dans une voiture d'ambulance on le transporta à Savasse. Jenny l'accompagna, et Puvinel resta seul à Montélimar.

Il s'y embêta à crever!

Et parfois il se surprenait à songer :

— Si cet imbécile de Mantelin n'était pas parti pour l'Italie avec cette grue de Colette, on s'arrangerait de faire un peu la fête.

Cependant, à Savasse, l'oncle Marouillat allait mieux de jour en jour.

Peu à peu ses idées lui revenaient, et un matin^ il dit à Jenny :

— Comme tu es gentille do m'avoir soigné.

LE «lONTKI'rOlUS 155

— N'était-ce pas mon devoir?

— Dame!

— îMe suis-je pas votre nièce?

— Et puis, lit l'oncle, c'est bien ta faute si je îme suis trouvé dans cet état.

— Ma faute? protesta Jenny.

— Hélas !

— Que voulez-v*>us diie?

— Va, je ne t'en veux pas. Mais quand je t'ai vu embrasser cet homme...

— Où ça? Qui ça?

— Quand je suis tombé.

Jenny se rappela.

— Mais c'était mon mari, protesta-t-elle. L'oncle sourit amèrement.

— A d'autres. Ton mari est lieutenant, et celui-là était simple soldat.

Jenny baissa la tête.

Vlan. Ça y était.

• Elle n'y avait pas encore pensé à celle-là.

Et son inari qui allait venir le lendemain, car les treize jours étaient terminés et le territorial allait rentrer dans ses foUliers.

Dans quelle situation elle allait se trouver.

L'autre continua :

Que veux-tu ? Ça m'a donné un coup. Un quart d'heure auparavant, j'avais vu ton ;riari embrasser une cocotte, et puis, zou! je te surprends avec un soldat. C'est peut-être très parisien, tout cela, mais moi, Je suis de Savasse, et ça m'a fait une telle peine....

Jenny réfléchissait profondément.

Elle ne voyait pas comment elle sortirait de •4cette impasse.

l.iO LE CONTKKI'OIDS

Mais, tout à coup, elle eut une inspiration den haut.

Et, de l'air le plus naïf qu'il lui fut possible do prendre :

— Mon oncle, je ne comprends pas un mot à ce que vous dites.

— Allons donc, quand je t'ai vue...

— Avec mon mari ?

— Non, un soldat.

— Eh bien.

— Ton mari est lieutenant.

— Jamais de la vie.

— Comment?

— Mon mari est simple soldat.

— Ah: celle-là! Je le connais bien, peut-être!

— Où l'avez-vous vu ?

— Hein? Mais ne l'ai-je pas vu chez toi, le matin de mon accident? N'ai-je pas déjeuné avec toi, lui étant retenu à la caserne?

Jenny secoua la tête, et. avec un aplomb imperturbable :

— Vous avez rêvé tout cela, mon oncle.

— Jai rêvé?

— Du commencement jusqu'à la fin.

— Alors, je n'ai pas...

— Lorsque vous êtes tombé, je ne vous avais pas encore vu de la journée.

— An! par exemple.

— C'est l'apoplexie! Le médecin m'avait prévenue î On s'imagine des choses, dans le délire, et puis quand on est guéri on est persuadé que c'est arrivé.

Marouillat se tut.

Il n'en revenait pas !

LE CONTREIMHDS l.iT

Pourtant, il lui semblait bien ..

De toute la nuit il ne put fermer l'œil. Pourtant, le lendemain, il dut se rendre à Tévidence quand Puvinel arriva.

— Où est-il ce cher oncle? Eli bien, on est retapé? Ça va mieux, on est sur pied ?

Marouillat le regarda, effaré.

En effet: il ne le connaissait pas, et il dut même s'avouer que le neveu qu'il avait rêvé dans son délire était mieux que celui-là.

— Alors, c'est ton mari? dcmanda-t-il à Jenny.

— Lui-même, vous voyez...

— Ouil J'aimais mieux l'autre. Enfin...

Et se tournant vers son neveu :

— Imaginez-vous que je me figurais...

Mais Jenny lui coupant la parole :

— Allons, c'est bon, mon oncle, vous n'allez pas raconter à mon mari toutes les bêtises qui vous ont passé par la tête, pendant que vous étiez malade?

Pendant ce temps, dans la cour de la maison, la sémillante Justine flirtait agréablement avec un valet de ferme, quand un cycliste apparut.

C'était Marins, l'invincible ]\Iarius, le valet littéraire de 1" hôtel de la Corne d'or.

— Tiens c'est vous?

— Oui.

— Et quel bon vent ?

— J'apporte une dépêche <|ui est venue à l'hôtel pour M. Puvinel. Je vais la lui remettre.

— Eh bien, ca va mieux, le vieux?

— Oui!

— Il est guéri de son accident ?

— Parfaitement.

— l'^t, à propos daccident, ajouta Marius en baissant la voix, et M'"' Puvinel n'a pas eu le sien?

— De quoi ?

— Mais d'accident !

Justine, se souvenant, éclata de rire

— Non! mon pauvre Marius, lit-elle, et vous avez perdu la partie!

— Hélas, J'en regrette 1 enjeu !

— N'ayez aucun regret, allez ! J'avais pipé les dés, et je jouais à coup sur.

— Comment cela?

— C'est moi qui avais écrit une lettre anonyme à la femme du lieutenant !

— Tiens! Vous tenez tant <jue cela à la vertu de votre maîtresse ?

— Non ! ]Mais si elle a un accident, comme vous dites, je préfère que ce soit avec M. Mantelin.

— Et pourquoi cela?

— Parce qu'il est le plus riche, répondit la soubrette en éclatant de rire.

A ce moment, Puvinel pénétra dans la cour.

Marius lui tendit la dépêche...

Mais l'ayant lue. il fronça les sourcils.

— Une mauvaise nouvelle? demanda Jenny qui survenait.

— Non.., Non... se hâta de répondre Puvinel.

— Qu'est-ce donc ?

— Tiens.

' Kt M"'- Puvinel lut :

" Arrive ce soir. Ai plaqué Collette à Vintimille. Femme trop crampon. Rentrerai avec vous à Pari.s.

a MANTELIN. ))

— L^h bien, cest gentil de sa part! fit Jcnny.

— Oui.. . oui...

Jenny pensait :

— Il a été un peu vif, Robert, mais après tout il était dans son droit. Il maime tant, ce pauvre garçon. Ma foi je ne suis pas fâchée qu'il revienne à la maison.

Puvinel baissait la tête. Lui qui se croyait à tout jamais débarrassé de Mantelin.

— Allons, soupira-t-il en lui-même, il faudra que j'invite cet excellent Gharmillon, quand nous serons de retour à Paris. Mais, cette fois-ci, c'est lui qui fera le CONTREPOIDS.

BIBLIOTrfÈQ'JE AMOUREUSE ILLUSTRÉE A 75 CENT. LES PUBLICATIONS MODERNES

62, Rue de Provence, PARI5 PAUL PERRIN En vente partout

Le Cocu à Roulettes

Ce roman d'aventures gauloises e.>l une des œuvres les plus follement amusantes qui aient été écrites depuis Paul de Kock. l'ublié ilans le même format que l'Ecole du Vice, avec une superbe couverture en couleurs et de nombreuses illustrations, c'est un véritable volume de luxe que nous ulTrons.

Knvoi franco contre mundal do 0 Ir. 75 adressé à M le Directeur des l'ublicntions Modernes, (>:>, rue de Provence, Paris.

PAUL PERRIN En vente partout

LA ?'¥I¥E ¥HÉF<ÈSE

C'est l'histoire parisienn*' et dr61ali(|ue d'une petite personne qui rit... qui rit tout le temps et dont les aventures font rire le lecteur à gor"re déployée.

L'édition populaire (jur iums ollruns ist iiin^niGquement dlustrée.

Envoi franco contre mandat de 0 fr. 75 fidressé à M. le Di'ecfeur d- s Publications Modernes, t)i, rue de Provence, Paris.

VICTORIEN DU SAUSSAY En vente paitout

L^École du Vice

L'École du "Vice est un graïui loman passionnel d'un puis.-anl intérêt. L'édition populaire que nous olfrons au public, en un superbe volume, obtient le plus grand et le plus légitime succès. h^nvoi ranco contre mandat deO fr. 75 adressé à M le Directeur des Publications Modernes H2. rue de Provence, Paris.

PAUL PERRIN Bn vente partout

E|^ VADt^OUmiiE

Histoire folle d'un coeu, époux dune femme i^pri;-e de poésie. Seènes de la vie du Quartier Latin. Le livre par excellence pour m'uraslhéniques. Nombreuses illustrations.

Hnroi franco contre mandat de O fr. 75 adressé à M. le Directeur des Publications Modernes. H2. rue de Provence. Paris.

Sceaux. — Iiiipiim. rie CîiMrair.-.

feftft*fti ********** ************************************5Lft;!« BIBLIOTHEQUE AMOUREUSE ILLUSTREE A 75 CENT. J

SS PUBLICATIONS MODERNES, 62, me de Provence, PARIS ^

PAUli PEt^î^Ifl En vente partout *

Page 1