LA RECHERCHE DIRECTE DU GONOCOQUE DANS LES SÉCRÉTIONS
C’est l’objet capital de tout examen microscopique, à la fin d’une blennorragie aiguë ou chronique, ainsi que chez le sujet, en apparence guéri, qui vient demander un « bulletin de santé ».
PRÉLÈVEMENTS. — On recherche couramment le gonocoque :
19° dans l’écoulement urétral.
20 dans l’urine ;
30 dans le produit d'expression de la prostate el des vési-
cules séminales,
19 Il est commun qu’un malade, atteint d’une urétrite chronique qu'il voudrait croire guérie, ne présente dans la Journée aucun écoulement appréciable ; ce n’est pourtant pas faute de traire son canal. C’est le matin qu’on a le plus de chances de découvrir la goutte : dans ces conditions, l’étalement, sera fait par le sujet lui-même, d’après les indications du médecin. Ayant fait la toilette du gland, il recevra sur une lame propre la goutte plus ou moins purulente, plus ou moins muqueuse, qui viendra perler au méat après l'expression du canal. Elle sera étalée avec le bord rodé d’une autre lame, ou simplement avec une carte de visite. Il faut insister pour que la préparation obtenue soit très mince. On laissera sécher. Il n’y a pas lieu de trop s'inquiéter de l’asepsie employée par le malade: s’ilintroduit dans la sécrétion des germes étrangers, ce ne seront sûrement pas des gonocoques.
29 On pourrait après avoir recueilli les urines, les centrifuger et examiner le culot. Plus souvent, c’est sur les filaments que porte la recherche, filaments qui existent même en l’abssence d’une goutte appréciable, pourvu qu'il y ait quelques culs-de sac glandulaires infectés.
Ce sont les premières gouttes émises qui contiennent la plus grande partie du produit de balayage; on fera uriner 10 à 15 centimètres cubes dans un verre, et le reste dans deux autres; le dernier pourra contenir aussi des filaménts, en particulier de grosses virgules lourdes d'origine prostatique. Avec une pipelle recourbée à la flamme en forme de crosse, On va pêcher les plus beaux filaments, on les porte sur une lame, on les y dissocie avec précaution, soit à la faveur du liquide entraîné, soit dans une goutte de sérum physiologique.
Tout cela peut être facilement accompli par l’urologiste dans son cabinet, au cours de l'examen clinique.
39 Nous avons vu qu'au moment du toucher rectal, tandis qu’on masse avec méthode les vésicules séminales, la prostate, et qu’on pratique en retirant le doigt l’expression des glandes de MÉRY, le patient tient au-dessous de sa verge un verre pour recueillir les sécrétions ; habituellement, un massage bien fait
CNRS
détermine la chute de quelques gouttes; sinon, on va les chercher par l’expression de l’urètre. Le suc glandulaire, aspné dans une pipette ou prélevé avec une anse de platine, est porté sur une lame et étalé de la même façon que la sécrétion urétrale du matin.
On peut ainsi, pour avoir le plus de chances de succès, faire les trois prélèvements dans la même journée et envoyer Îles trois lames au laboratoire.
RECHERCHE. — Nous disons : «envoyer au laboratoire »; en effet, chercher le gonocoque n'est pas œuvre facile, et c’est une garantie pour un médecin de pouvoir fonder son opinion sur les réponses des personnes autorisées.
Nous ne nous étendrons pas sur les caractères du gonocoque, partout décrits : on sait que c’est un diplocoque,«en grain de café », qu’il ne prend pas le Gram,et qu'il se présente souvent inclus à l’intérieur des cellules épithéliales ou des polynucléaires microphages : on donne en outre comme une propriété habituelle son avidité pour les colorants basiques en solution très étendue (KozLe et HErscH, 91).
On emploiera la même méthode, quelle que soit la nature des sécrétions examinées.
On fixera la préparation à l’alcool-éther pendant deux minutes, ou de préférence en la passant trois fois rapidement dans la flamme d'un bec Bunsen. Puison appliquera laméthode de Gram, avec recoloration par la fuschine diluée à 5 pour 100 (NicoLLe) ou le rouge-neutre en solution étendue ;(JULIEN 87) avec la fuschine, les gonocoques apparaissent fortement colorés en rouge cerise et ont un aspect réfringent.
Il est facile de faire un Gram, mais facile de le mal faire; c’est pourquoi une recherche aussi importante que celle de | l'agent de la blennorragie, en vue du contrôle de la guérison, doit être faite par un bactériologiste compétent.
1 F'UGRRRES CAUSES D'ERREUR ET DIFFICULTÉS. — Il faut se mélier
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d’un étalement mal fait, en couche trop épaisse : les gonoco
ques intracellulaires pourront ne pas se décolorer pendant le
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lavage à l'alcool, si on n’y insiste. Le même accident est possible si la technique suivie est défectueuse.
C'est une importante question pour l'identification du germe de savoir s’il conserve toujours ses caractères principaux :
Sa forme se modifie en culture, après quelques repiquages ; mais à l'examen direct, ce n’est pas une cause d’erreur habituelle. Un œil exercé saura même reconnaître le gonocoque, avec ses deux éléments très rapprochés et opposés par leur plus grand diamètre, à côté d’autres diplocoques à éléments ronds où ovalaires, opposés par leur extrémité ou très nettement séparés.
Certains auteurs doutent que la décoloration par la méthode de Gram soit un fait constant. PEREZ-GRANDE (149) en particulier prétend que le diplocoque prenant le Gram n’est qu'une forme de résistance du gonocoque, rencontrée dans cas anciens. On voit quelles erreurs peuvent résulter d’une telle interprétation : un médecin d’une grande ville de l'Ouest. ayant décelé un tel germe chez une jeune fille, se risqua à tenter un interrogatoire périlleux, et s’aperçût bien vite qu'il avait fait fausse route.
Enfin, le gonocoque est-il toujours intracellulaire ? Certes non : on le rencontre souvent entre les cellules, isolé ou par petits paquets, spécialement dans les sécrétions d’urétrite chronique, davantage encore dans les liquides d’origine génitale. MELTZER (132) écrit, à propos des épreuves de guérison chez les blennorrhéens : « La présence du diplocoque intracellulaire est l'exception. »
Voiei une autre cause d’hésitation ou d’erreur : la pluralité des germes rencontrés :
Tous ceux qui ont cherché sous le microscope le gonocoque dans le pus des blennorragies chroniques savent à quelles diflicultés on se° heurte presque à chaque examen et combien il est malaisé de conclure à sa présence ou à son absence au
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milieu des microbes associés dont plusieurs se rapprochent morphologiquement beaucoup du gonocoque de NEISSER. » (JULIEN, 87).
Dans sa remarquable thèse de doctorat en pharmacie (Sur la cytologie et la bactériologie des blénnorragies aigues et chroniques. Paris 1918-19) cet auteur a étudié 14 germes différents, sur 47 examemns praliqués: nous ne citerons que les diplocoques, et leur fréquence :