ACCEPTATION PAR LOUIS XVI DE LA CONSTITUTION
Il les retrouva tels sans doute qu’il les souhaitait, c'est-à-dire fort agités : le 26 août, l’ordre du départ pour Bayeux avait été donné au régiment de Touraine, et ce déplacement décidé par le ministre Duportail ? avait affolé les patriotes de Montauban. Quand, malgré un dernier effort à Paris pour en obtenir la conservation, ils eurent vu s'éloigner les troupes ? grâce auxquelles leur pouvoir s'était jusqu'alors maintenu, quand ils se trouvèrent abandonnés à leurs seules forces, ils redoublèrent d'énergie pour conserver le terrain conquis *, s’efforcèrent d'organiser un bataillon de volontaires, de s'appuyer sur les gardes nationales des campagnes “*, et multiplièrent les procédés d’intimidation et les violences contre la majorité 5.
Jeanbon fut donc plus écouté que jamais au club, sa famille même. eut part à son influence et aux charges de la Société dans des proportions telles qw’il eut peur d’exciter l'envie et éprouva des scrupules ‘. Il usa de cel ascendant pour organiser les œuvres de bienfaisance * et réformer l’administration intérieure de la société ®, surtout pour accentuer son évolution démocratique. Le club se rapprochait déjà des Jacobins ; en lui citant l'exemple des Bordelais,
1. P. 197, 2° Reg. du club. Le déplacement de Touraine est évidemment combiné par Duportail dans un but factieux, et coïncide avec l'éloignement de la Haute-Garonne du régiment de dragons de Noailles, aussi patriote, écrit le 4 septembre le club de Toulouse aux Jacobins (L. 748. Arch. Haute-Garonne).
2. P. 209, 210, 2° Reg. du club; 3° Reg. de la municipalité, fol. 80 verso.
3. Le 9 août, nouveaux troubles (fol. 47 verso, 3° Reg. de la municipalité). Le 29 août, lendemain du jour où a été annoncé le départ de Touraine, le club écrit à Jeanbon, à Cahors : « la partie saine et courageuse de notre garde nationale répond de la tranquillité publique » (2° Reg. de corresp.).
4, 89, 30 août (pp. 203, 208, 2e Reg. du club).
5. Le 21 septembre au soir, par exemple, des réactionnaires sont frappés à coups de sabre et de bâton dans les rues par des individus dont l'un : Combes-Brassard père, s'était réfugié à Bordeaux lors du 10 mai (fol. 80 verso, 3° Reg. de la municipalité).
6. Le 28 septembre, Jeanbon Saint-André est nommé du comité de correspondance, Jeanbon ainé au comité d'admission et Belluc Jeanbon, maître des cérémonies : «M. Saint-André a observé qu'y ayant trois membres de sa famille dans ces comités, il demandait qu’il fût changé, lui particulièrement, comme ayant déjà servi la Société dans diverses fonctions. M. Rivals ayant parlé a détruit les scrupules de M. Saint- André (Reg. C. club). À
7. 27 août, 18 septembre, 30 septembre, où l’on nomme une commission des secours dont le curé assermenté Labrousse et Jeanbon font partie, 1er et 10 octobre, 15 et 20 novembre (2e Reg. et Reg. C du club).
8. [1 montre son sens pratique : le 17 septembre et le 21, le 10, le 15 et le 16 octobre dans des affaires d'administration intérieure (Reg. C. du club). Il collabore à l’intervention du club dans les affaires municipales, demande avec lui des ateliers de charité, des greniers d’abondance, des billets de confiance et de la monnaie de papier divisionnaire pour remédier à l’accaparement des petits assignats, il demande cette monnaie au nom du club le 20 septembre à l’Assemblée nationale. (Reg. C, club).
Jeanbon:le détermina à se rallier définitivement à la société mère t. Le 20 septembre, le club ayant décidé une adresse au roi pour « lui témoigner notre satisfaction de ce qu’il avait accepté la Constitution », Jeanbon demanda « qu’elle fût écrite avec le style des hommes libres », et qu’on en fit une autre aù peuple parisien pour le remercier d’avoir soutenu et défendu la Constitution ?. Alliance étroite avec les Jacobins el le peuple parisien, ne sera-ce pas le credo politique des Montagnards ? 11 fut chargé de rédiger les deux adresses. Il dénonca, enfin, au nom du club, M. de Marcé qui avait pris le commandement de la 20° division militaire en 1791 avec M. d’Esparbès, pour des motifs peu clairs, et, nous le craignons, mal fondés *.
A ce moment, l'acceptation de la Constitulion par le Roi amena dans les esprits une heureuse détente. « Le courrier extraordinaire qui apporta la nouvelle fit naître la joie dans tous les cœurs amis de la patrie * ». Au club, quand on l’apprit, les acclamations : « Vive la Nation, vive le Roi, vive la Constitution », éclatèrent; « on se félicitait de ce qu'enfin l'acte constitutionnel avait reçu le complément de force qui allait le rendre à jamais immuable et fixer au milieu de nous le règne dela liberté * ». À ces espérances s’ajouta,. dans Montauban comme ailleurs, le désir d’en finir avec toutes les querelles, l'illusion que désormais l'oubli allait gétendre sur les haines et les violences antérieures f. L'appel à la concorde qui se
1. Le 7? septembre, le club envoie aux Jacobins « une adresse de satisfaction et d'amitié », et à la Société des Feuillants « une de sollicitations très pressantes pour la réunion à celle des Jacobins »(p. 219, 2e Reg. club ; 14 septembre, 2e Reg. de corresp. du club). Le 17 septembre, le club de Bordeaux ne voulant plus correspondre qu'avec les Jacobins, « M. Jeanbon a observé qu'il était temps que l’Assemblée, prononçant avec fermeté entre les deux sociétés de Paris, rendit toute la justice qui est due à celle des Jacobins en resserrant plus que jamais avec elle les nœuds sacrés de la fraternité ». L'Assemblée, « s’honorant de suivre les traces de nos amis, de nos libérateurs, les braves Bordelais » l’approuve (Reg. C. club). Voy. 2° Reg. de correspondance, la lettre du club aux Jacobins, très violente contre les Feuillants.