‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 128 sur 889 · Jeanbon à Lasource, 24 janvier · texte numérisé non relu

Jeanbon à Lasource, 24 janvier

rAOp: Cf, -p.-L7.

Jacobins, surtout’ du discours de Lasource sur la nécessité de la guerre, et « de la fameuse séance où Guadet... électrisa » tous les députés !, les craintes manifestées le 26 janvier par le faubourg Saint- Antoine pour la sûreté de l’Assemblée ?, produisirent d'autant plus d'effet, que des menées contre-révolutionnaires, dans la région, répondaient à l'attitude contre-révolutionnaire du pouvoir exécutif. À Montauban même, les réfractaires soutenaient de leurs prédications l'opposition politique des aristocrates et du petit peuple, des rassemblements séditieux se formaient devant l’ancienne cathédrale où le culte insermenté trouvait encore place, ils aboutirent le 9 février 1792 à une émeute de femmes qui voulurent mettre à la. lanterne un colporteur d’écrits patriotiques, et la municipalité dut fermer l’église *. Peu après, dans l'Aveyron, le pasteur Bernard de Sainte-Affrique, le futur conventionnel, administrateur du département, fut poursuivi à coups de fusil “. Aussi Jeanbon sent grandir sa fureur révolutionnaire, le fanatisme des réfractaires augmente le sien, il encourage Lasource à venger Bernard et comme pasteur et comme patriote, il s’indigne que le ministre de l’intérieur songe à offrir des églises et des salaires aux insermentés f; et lui, l’ancien pasteur du désert, en vient à écrire : «les prêtres factieux sortent des tanières où ils se tenaient tapis, ils marient, ils baptisent dans les ténèbres, et déjà nous éprouvons les funestes effets de leur

1. Jeanbon à Lasource, 24 janvier; allusion à la séance de la Législative du 14 janvier : Guadet, président, descendit à la tribune pour proposer de décréter coupable de lèse-nation quiconque accepterait l’idée d’une négociation ou d’un arrangement avec les puissances. Le décret fut voté et sanctionné (Moniteur, t. XI, p. 119). Sorel (2e partie, pp. 360 sqq.) montre combien cet enthousiasme était inopportun et hâta une guerre que l’on pouvait encore éviter. Les circulaires des Jacobins se précipitent à cette époque pour réchauffer le zèle des Sociétés affiliées (Aulard, Jacobins, t. III, p. 323) et l'effet en est considérable.

2. Moniteur, t. XI, p. 228. Jeanbon à Lasource, 4 février 1792. :

3. Jeanbon à Lasource, 4 février 1792; il lui annonce une insurrection à Auch. Désordres à Souillac (Lot) dans la nuit du 30 au 31 janvier (F7 3681, n°9, Arch. Nat.).

4. Jeanbon à Lasource 11 février, et fol. 180 verso, 3e Reg. de la municipalité. Le calme renait à la suite (Jeanbon à Lasource, 167 mars); mais le 4, le 15 mars, nouvelles inquiétudes (Reg. C du club, 2e Reg. de sa corresp.). Il y a alors à Montauban, pour onze assermentés, trente insermentés (L#1. Arch. Tarn-et-Garonne).

5. Jeanbon à Lasource, 25 février 1792. Cf. aux événements précurseurs du 10 mai à Montauban : on a préparé l’attentat « en écartant les bons citoyens des assemblées primaires où les officiers municipaux furent élus » (même lettre à Lasource), « sous prétexte de l’arrivée à Sainte-Affrique d'un détachement de Millau qui conduisait deux prisonniers, on a persuadé au peuple qu’une ville calviniste venait donner des secours à des protestants, auteurs d’un complot criminel » (adresse du club à l’Assemblée Nationale, rédigée par Jeanbon, 2° Reg. de corresp. du club). Voy. F7 3194. - Arch. Nat. Bernard de Sainte-Affrique né à Valleraugue (Gard), en 1745, miuistre à Sainte-Affrique, député de l'Aveyron à la Convention, puis aux Cinq-Cents de l'an IV à l'an VI (Dict. des Parlementaires).

6. Jeanbon à Lasource, 25 février. Nous n’avons pas trouvé au Moniteur cette: proposition du ministre. Le club, de son côté, le 13 février, demande à l’Assemblée nationale de fermer les couvents, leurs hôtes veulent « renouveler les scènes horribles de la Saint-Barthélemy, ils pensent trouver leur Charles IX dans le roi Louis XVI »

(2° Reg. de sa corresp.).

zèle ! ». En présence de l'ennemi commun, il s’unit plus étroitement avec les assermentés, et le 27 février, au club, l'abbé Balthazard fait lecture d’un sonnet très applaudi qui « retrace avec les expressions de la vérité, la sublimité des talents et des vertus de M. Jeanbon, et fait sentir combien la société et la cité lui ont des obligations et lui doivent des sentiments de reconnaissance ». Il se produit chez lui et les clubistes, une recrudescence de l’espritinquisitorial:le 12octobre 1791, la Société avait repoussé une proposition d'enquête venant de lui sur la facon dont les Constituants avaient rempli leur devoir, le 28 février 1792 elle le charge, peut-être à l’instigation d’une circulaire antérieure des Jacobins, de demander à la Société mère « un tableau des membres de l’Assemblée Nationale et de nous faire connaître surtout leur activité et leur zèle à se rendre aux séances de l’Assemblée ? ». Enfin, Jeanbon constate avec colère la tiédeur révolutionnaire des riches, et dans son parti les idées démocratiques s’accentuent *.

Les Montalbanais demeurent cependant relativement modérés, plus modérés même que ne le voudrait Jeanbon *, surtout si on les compare aux patriotes de Bordeaux et Toulouse °. Ils séparent encore la cause du roi de celle de ses ministres; mais l'orage qui gronde contre ces derniers est pour le souverain quiles a choisis une “menace : « le pouvoir exécutif devient de jour en jour plus suspect, écrit Jeanbon à Lasource le 15 février, rien ee plus odieux que les ministres, et notamment celui de la justice © »; le 13 mars, le club décide de poursuivre Narbonne « et de ne oo e que la têle : de ce parjure ne soit tombée sous le glaive de la loi » *; deux jours

1. Déjà le 11 février, à propos de l’émeute du 9, Jeanbon écrit à Lasource : «les prêtres disaient la messe, leurs imbéciles sectateurs allaient l’entendre ».

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