‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 14 sur 889 · Article III de la déclaration royale du 14 mai · texte numérisé non relu

Article III de la déclaration royale du 14 mai

6. Cinquième synode national du 11 au 18 septembre 1748 (Hugues, Synodes du Désert, Paris, 1885, 3 vol. in-4, t. 1, p. 271).

7. « Mémoire des assemblées des protestants tenues publiquement autour de la ville de Montauban du 27 septembre 1744 au 28 février 1745 » (collect. Galabert).

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faisait passer sur le troupeau des fidèles. Il ne vit sans doute pas, trop jeune encore, en 1753, la dépouille mortelle de son grand-père conduite au champ de repos sous la surveillance de témoins catholiques, chargés par la police d’épier les manifestations du cortège funèbre ‘. Mais il avait douze ans quand, en 1761, à Caussade près Montauban, le pasteur Rochette fut livré à la justice par des fanatiques ameutés ‘et triomphalement traîné en prison ?, et il entendit peut-être ses parents murmurer, fenêtres et portes closes, les supplications qu’en cette circonstance les réformés du Montalbanais adressèrent au Ciel 5.

La vie de famille dut aussi laisser sur lui son empreinte : vie laborieuse, vie simple. Ses parents appartenaient à cette bourgeoisie réformée qui, dans tout le Sud-Ouest, de Bordeaux à Nîmes, concentrait dans ses mains l’industrie et le commerce, obligée qu'elle était de garder dans les entreprises économiques les capitaux que la bourgeoisie catholique employait à l'acquisition d’offices judiciaires Ou financiers. Dans Montauban, à côté des minotiers qui expédiaient en Amérique les farines de la riche plaine de la Garonne, des tanneurs qui préparaient les cuirs provenant de l’élevage du Massif Central, soixante maisons ouvraient les laines achetées à Castres, dans le Rouergue et les Pyrénées ‘.

C'était dans le faubourg de Villenouvelle, et celui de Villebourbon au bord du Tarn, que prospérait cette industrie; de massives constructions y dressaient leurs étages de briques, percés, au rez-dechaussée, de fenêtres grillées éclairant les ateliers, et sous les toits, de lucarnes d’où sortaient, séchant au soleil en longs voiles blancs, les draps récemment apprêtés ‘ ; au pied des quais, attendaient les barques, et la riche corporation de la marine du Tarn emportait tous les produits de cette belle activité vers Bordeaux. Aujourd’hui, le Tarn roule des eaux désertes devant des maisons silencieuses, el les quartiers jadis affairés dorment d’une profonde torpeur ; mais cette prospérité, toute éphémère qu’elle fût, était alors bien près d’arriver à son apogée. La famille de Jeanbon prit sa part de cette production et de ce trafic, son grand-père et son frère étaient foulonniers, son

1. Déclaration du Roi du 9 avril 1736, article XIII (Arch. Nat., AD* 840). 14 décembre 1753, permission d’inhumer Jean Jeanbon. Permission d’inhumer Antoine, père de Saint-André, le 8 août 1781 (Registres des ordonnances permettant l'enterrement des religionnaires. Arch. de l’état civil à la mairie de Montauban).

2. Correspondance d Antoine Court et des pasteurs de Hollande, déjà citée. Supplique des protestants des Pyrénées (Du Quercy en réalité) au Parlement de Rennes (de Toulouse en réalité), communiquée par M. Galabert.

3. « Prière pour le jeûne ordonnée le 8 novembre 1761 au sujet de l'arrestation de M. François Rochette, pasteur des églises du Montalbanais » (11 pages mss. collection Galabert). François Rochette, né à Vialas dans les Cévennes, pasteur du Montalbanais, arrêté le 13 septembre 1761 près de Caussade, exécuté avec. trois gentilshommes, les frères Grenier, qui avaient protesté contre son arrestation, à Toulouse, le 19 février 1762 (Encyclopédie des sciences religieuses, t. XI, pp. 250-252).

4. Voyez Ed. Forestié, Notice historique sur la fabrication des draps à Montauban.

5, Voyez sur le vieux Montauban, les œuvres de M. Emile Pouvillon.

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frère aîné leur succéda ‘, tous les siens étaient plus ou moins dans l’industrie des laines ?, et la maison paternelle était sise grande rue de Villenouvelle, en plein centre de travailleurs *. La journée finie, le bourgeois calvinisle se tenait à l'écart de la société de nobles, d'officiers, de magistrats et de fonctionnaires anoblis qui gravitait dans la capitale du Quercy autour de l’intendant et copiait modes, distractions et plaisirs de la cour et de la capitale ; il rentrait dans la maison de ses ancêtres et y menait la vie d'intérieur, entouré par les siens de ce respect qui, chez les familles protestantes, s'adresse à celui qui prie au nom de tous; il y gardait, avec les solides vertus de la classe moyenne : économie ‘ et régularité de mœurs, la défiance et la crainte de tout ce qui était étranger à ses croyances et à ses idées, il n’ouvrait son foyer qu'à ses coreligionnaires qu'atlachaient

d’ailleurs à lui des alliances de famille répétées ‘ ; et ces relations, quoique étendues des armateurs de Bordeaux aux négociants de Castres, le maintenaient dans un monde de traditions et de pensées tout particulier. L'existence chez les parents de Jeanbon ne fut sans doute pas différente : leur contrat ‘, le testament de sa mère , l'aspect de la maison paternelle, tout en dénotant une certaine aisance *, montrent qu'ils praliquaient une stricte économie, sans aucun superflu.

Précisément dans le but de soustraire les enfants à cette influence de la famille, les édits royaux ordonnaient de les envoyer aux écoles catholiques * et à Montauban, un collège de Jésuites, avait été doté

1. Registre de 1737 à 1746 pour les ordonnances qui permettent l’enterrement des religionnaires. Acte de baptême d'André Jeanbon, déjà cité, et Forestié, op. cût., p: 82

2. Jean Molles, beau-père d'Antoine Jeanbon, est, d’après le contrat de celui-ci, déjà cité, « facturier » comme lui. Lä femme du frère aîné de Jeanbon est fille de teinturier d’après son acte de mariage du 21 juin 1773 (Registre des actes de mariages et baptêmes des réformés de 1770 à 1773, tenu par les pasteurs. Archives de l’état civil, à la mairie).

3. Elle existe encore au numéro 40 de la Grande-Rue de Villenouvelle. Mais rien n’y rappelle le séjour de la famille Jeanbon.

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