Procès-verbal de l’assemblée électorale
eivique », un électeur vint déclarer que, « quoiqu'il eût cru devoir appuyer la proposition de la division en bureaux, plus éclairé sur ce sujet, il se faisait un devoir de rétracter son opinion et de demander le rapport de l'arrêté qui avait été pris à cet égard ». Là dessus nouveau tumulte, et qui menaçait de se prolonger, quand Jeanbon sollicita de l'assemblée « la permission de lui présenter une courte observation »; il fit remarquer alors « que la discussion éloignait le corps électoral du but auquel il devait tendre, que le moyen d’accélérer les opérations était de se livrer au travail en écartant tout ce qui était étranger aux élections »; la lassitude sans doute fit accepter ce provisoire et l’on résolut, à la presque unanimité, de passer sur-le-champ à l'appel nominal pour l’élection du troisième député : Sallèles, maire de Cahors, fut ainsi nommé ‘. Favorisé ou non par les partisans de Jeanbon ce résultat devait calmer les préventions des électeurs de Cahors à l'égard dn- vote à haute voix el vis-à-vis des Montalbanais. Mais avant que l’on passât à l'élection du quatrième député, une délégation de la garde nationale de Montauban vint effrayer les adversaires des démocrates en vouant à la réprobation générale la représentation feuillantine du Lot à la Législative et en demandant « des législateurs sans-culottes assez vertueux pour résister aux séductions de toute espèce, assez courageux pour braver les périls et repousser l'intrigue, et surtout assez éclairés pour sauver la patrie en nous donnant des lois qui affermissent à jamais la liberté et l'égalité »; elle ajoutait : « Électeurs, voilà les devoirs que vous allez remplir. — L'assemblée recoit avec sensibilité l'expression de vos sentiments. Elle fera ses efforts pour répondre à vos vœux », répliqua Jeanbon, et effectivement l’assemblée déclara qu’elle regardait « comme honorable la dénomination de saps-culottes par laquelle l'orgueil des aristocrates et de leurs vils suppôts a cru flétrir ces hommes courageux dont le cœur, brûlant d'amour pour la liberté, la préfère à toutes les jouissances du luxe et à tous les biens de la fortune » ?. Cette profession de foi nettement démocratique montrait que la majorité du corps électoral était décidément entraînée. L’après-midi, à la reprise de la séance, il fut procédé à l'appel nominal et au recensement des suffrages dans la même forme qui
avait été suivie pour Sallèles, et Jeanbon fut élu à la majorité absolue. .Plus tard, en l’an III, quand la réaction releva la tête à Mon- tauban, elle accusa violemment Saint-André d’avoir arraché par la
1. Né à Cahors en 1735, maire de Cahors en 1790, député du Lot aux Anciens de l'an IV à l’an VII, mort à Cahors en 1807 (Dict. des Parlementaires).