Procès-verbal de l'assemblée électorale
3. « On a procédé à l’appel nominal et ensuite au recensement des suffrages de la même façon qui avait été déjà suivie. Le dépouillement des votes reçus par MM. les serutateurs a donné pour résultat la majorité absolue à M. Jeanbon Saint-André, officier municipal de la commune de Montauban et président de cette assemblée. En conséquence, il a été proclamé quatrième député du département à la Convention nationale » (ibid.).
force à l'assemblée électorale son mandat de député. Un certain Selves, que nous retrouverons, écrivit «qu'ilavaitétablila Terreur à Montauban avant qu'elle existât ailleurs, et jusques dans l'assemblée électorale où il extorqua sa qualité de représentant » ‘. Benedict Prevost, témoin des événements, Nicolas, qui était au courant de la tradilion, acceptent cette version ?. La Société populaire devenue thermidorienne a écrit de son côté : « Le triomphe de Jeanbon ne paraissant pas assez cerlain, on propose de nommer les députés à haute voix. Peu d'électeurs osent s'opposer à cette proposition, on n'obtient pas même de consulter par scrutin l'assemblée sur cette proposition, et, au mépris des lois, on délibère à haute voix qu'on procédera à cette nomination à haute voix. » En réalilé, en délibérant et votant à voix haute, l'assemblée électorale ne viola aucune loi, car elle était le peuple souverain, elle était libre d'employer tel procédé de vote qui lui plairait; de plus, c’est par une tactique adroite que Jeanbon a fait adopter le vote à haute voix; mais il est certain que d'abord il avait essayé de l'obtenir par la pression de la Société populaire, le procès-verbal de l'assemblée électorale et l'adresse rédigée contre Jeanbon en l'an III par le club tombé sous l'influence thermidorienne concordent sur ce point et le registre . des séances du club le démontre surabondamment : la Société populaire use de la menace pour annuler les menées de Rossignol et des autres adversaires de Jeanbon avant la réunion des assemblées primaires, puis elle intervient constamment dans l'assemblée électorale et y réclame ce système de vote à haute voix qui incite les timides à la lâcheté; vient après la garde nationale, c'est-à-dire la démocratie en armes, qui fait entendre parmi les électeurs des attaques virulentes contre les aristocrates et les riches, et c'est à la suite que Jeanbon réunit la majorité des suffrages. Jeanbon était évidemment au courant de ces manœuvres, il ne les a pas désa-. vouées, il en était donc complice, et ce n'est pas l'excuser que de dire quici encore, comme tous les révolutionnaires exaltés, il identifiait la volonté de la minorité et la volonté générale, ou qu’il confondait plus ou moins consciemment l'intérêt de la patrie qui réclamait une Convention purgée de réactionnaires, l'intérêt de Montauban qui demandait un représentant capable de la défendre contre le reste du Lot, avec les visées de son ambition personnelie. Au reste, quand on le voit prier les clubistes d'épargner le malheureux Rossignol après les avoir soulevés contre ce dernier, et recourir dans l'assemblée électorale à la tactique parlementaire la plus compliquée, on se prend à regretter dans sa conduite, comme précédemment à plusieurs reprises, une trop grande habileté.
Jeanbon une fois élu, ses partisans ne s’opposèrent pas à la nomi-
1. « J.-B. Selves, citoyen de Montauban, à la municipalité et au district » (Recueil factice aux Arch. commun.). Nous y reviendrons (Voy. ch. xxn).
2. « Le vote à haute voix sous la menace de l’'émeute des fanatiques révolutionnaires décida du succès » de Jeanbon (papiers Benediet Prevost, et Nicolas, op. cit. p. 20).
nation de tous les membres du directoire du Lot qui s'étaient montrés patrioles : le 7 septembre, Monmayou, Cavaignac, Bouygues furent nommés, et après eux Caila, juge du district de Cahors ‘. Les démocrates triomphaient complètement et leur joie, leurs espé- Pr leurs illusions se donnèrent libre cours au club le même soir. « Je vais, écrit Bosquet à son frère, te donner un bien faible hantiion de la séance qui eut lieu hier au soir, il me faudrait quatre jours d'écriture pour t'en peindre les trois heures et demie délicieuses, personne ne bougea, personne ne s'aperçoit qu'après dix heures frappées on est encore sans souper, tant le patriotisme le plus pur avail exalté les têtes et fait oublier tout pour ne penser qu'au bonheur de la patrie et de l’égalité. Le commencement de la séance fut que lies dames citoyennes devaient porter aussi le bonnet de la liberté; ........:..... Tee one al ME NE A EU Saint-André, après beaucoup d'autres orateurs pour ou contre, ayant la parole, dit qu'étant dans l'empire de la liberté, il ne fallait contraindre le beau sexe autrement que d’après leur goût, que leur tact, leur désir de nous plaire, aidé de leur miroir, savait mille fois mieux que nous-mêmes choisir ce qui leur était plus avantageux pour y réussir, qu'une mouche à droite ou à gauche, plus basse ou plus haule aux unes ou aux autres ainsi que leur manière de se coiffer toujours élégante, mais toujours changeante à l'infini, valait malgré cela beaucoup mieux que tout ce que nous saurions leur dicter, que la brune sait connaître et distinguer, de même que la brune (sic) ou celle dont les cheveux sont châtains, la coiffure, sa hauteur, les rubans larges, étroits, noirs, blancs, pour être ce qui lui donne plus de grâce, d'élégance, enfin que chacune. met plus de gloire pour nous charmer et pour attirer notre vénération. Je te rapporte ceci en petit, grossièrement et maltériellement. Tu sais combien il est fleuri et comme il dit ce qu'il veut dire... .... L’enthousiasme du patriotisme étant toujours à son plus haut degré, d'autres orateurs {car je n’en avais pas encore entendu un si grand nombre et parler si bien) demandèrent de supprimer tout le département, tous les districts, tous les directoires, des tribunaux, etc., etc., nombre des curés, rapportaient des preuves non équivoques de leur aristocratie, et d’en nommer d’autres à leur place et sans désemparer, en observant cependant de conserver les patriotes, qui y sont mais en petit nombre, que les assemblées primaires, en les nommant à l'assemblée électorale, leur avaient donné les pouvoirs
1. Procès-verbal de l'assemblée électorale. Cavaignac Jean-Baptiste, né à Genève, le 23 février 1762, avocat au Parlement de Toulouse, administrateur du Lot (L 1, Arch. Lot), membre des Cinq-Cents, rec eveur aux barrières de Paris, administrateur de la loterie, agent français à Mascate a près la paix d'Amiens, maire de Saint-Sauveur, sous-préfet de Lesparre en juillet 1804, directeur des domaines et de l'enregistrement à Naples sous Jérôme et Murat, baron de l'Empire le 13 février 1811, préfet de la Somme aux Cent jours, proscrit en 1816, mort en exil à Bruxelles le 24 mars 1829 (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IX, p. 538). Caila, né à Fages (Lot), avocat à Figeac, juge au tribunal du district de Figeac, mourut à Paris le 17 janvier 1793 (Dict. des Parlementaires).
les plus illimités pour opérer leur bonheur et celui de la race future.
Cependant trois, et dont Saint-André fut le dernier, leur prouva (sic) que la Convention nationale, qui va se tenir vers la fin du présent mois, ne ferait rien à demi, sans cela les électeurs dépêchaient dans la nuit même un courrier extra ordinaire pour en demander la suppression à l'Assemblée nationale ‘. » Sur ce dernier incident le procès-verbal du club, beaucoup plus incolore, nous apprend que ce furent des députés de la Société de Cahors, dirigés par un prêtre assermenté, qui sollicitèrent l'appui de celle de Montauban pour demander au corps électoral « un renouvellement général dans tous les corps. administratifs du département........ », et que Jeanbon, pour les réfuter, « appuyé sur la base immuable des principes », montra «que l'assemblée électorale n’avait pas ce droit », et fit voter l’ajournement ?. Même dans cette période de fièvre où l’exaltation patriotique et l’exercice de la souveraineté grisaient les électeurs, leur faisaient croire qu'ils avaient « les pouvoirs les plus illimités pour réaliser le bonheur de humanité » et les jetaient aux mesures vexatoires ou illégales, Jeanbon gardait son sang-froid, revendiquait en même temps le droit pour la femme de choisir sa parure et le maintien de la liberté de chacun, combattait avec fermeté tout empièlement de l’Assemblée électorale et faisait respecter la” loi. Après avoir exploité le fanatisme révolutionnaire il en réprimait °les instincts désorganisateurs et tyranniques.
L’enthousiasme ne resta pas confiné dans l'enceinte de la Sociélé populaire. Le 8 septembre, au moment où l’Assemblée électorale venait de nommer « neuvième député du département du Lot à la Convention nationale, M. Delbrel, fils aîné, homme de loi de Moissac actuellement au service de la Patrie sur les frontières * », une délé- gation de la garde nationale et de la marine de Montauban réunies, vint l’inviter à la cérémonie de la plantation d’un arbre de la Liberté devant la principale porte du lieu de ses séances ; elle félicita les électeurs d’avoir étouffé dans leur sein la discorde et, reprenant le mot de « Sans-culottes », déclara « soyons Sans-culoties, et que le Sans-culotte, toujours vertueux, sage, fier et prêt à mourir pour la liberté montre qu’il est homme, qu’il veut en conserver tous les droits, et l’univers fourmillera de Sans-culottes ».
1. Papiers Bosquet. L'art. Vldu décret du 12 août portait : « Les assemblées primaires sont invitées à revêtir leurs représentants d’une confiance illimitée. »
2. Reg, C club, séances du 7 septembre et du 8. La Convention décrétera le renouvellement des corps administratifs.
3. Procès-verbal de l’assemblée électorale. « J'étais simple soldat volontaire dans le 4 bataillon de la Moselle en garnison à Saarlouis, lorsque je fus nommé membre de la Convention nationale » (Delbrel Pierre, ancien député. Tableau de sa conduite politique et militaire, Moissac, 15 p. in-12, 1837). Delbrel, né à Moissac en 1764, avocat à Moissac, procureur de la commune en 1791, député du Lot aux Cinq Cents en l’an IV, réélu en l’an V, combat le coup d'État de Bonaparte, obtient sa grâce par l’intermédiaire de Murat, se retire à Moissac, y est nommé en 1808 président du tribunal civil. : Représentant aux Cent Jours, banni en 1816, rappelé en 1818, revient à Moissac, où il mourut en 1846 (Diction. des Parlementaires).
L'Assemblée arrêla « de suspendre l'appel nominal el d'assister en corps à la solennité patriotique à laquelle elle avait été invitée », elle s’y rendit processionnellement, « les Sans-culottes des électeurs, c’est-à-dire ceux qui avaient des bonnets de la liberté marchaient en avant; ceux qui n'avaient pu s’en procurer marchaient après ces derniers, sans choix ni distinction de municipalité ni de district, l'union seule faisait leur joie et leur bonheur ‘ ». Jeanbon, en qualité de président du corps électoral, prit la tête du cortège et défila avec lui devant l'administration du district, le conseil général de la commune, les juges de paix, Ja garde nalionale rangée en bataille et présentant les armes, et la marine de Montauban, ce fut lui qui donna l’ordre d'élever l'arbre de la Liberté, « cet arbre chéri qui donne la fièvre maligne à tous les aristocrates », au milieu du « saint respect » des spectateurs ?.
Les élections se terminèrent sans autre incident que des instances de l’Assemblée auprès de l’adminisiration départementale pour la presser d'exécuter le décret du 28 août, relatif à l'organisation de la défense nationale *. Albouys, juge au tribunal du district de Cahors, fut le dernier député nommé ‘. On choisit comme suppléants Blaviel, administrateur du département, Sartre aîné, administrateur du district de Montauban, Souilhé, procureur-syndic du district de Saint- Cèré *. Jeanbon fut donc le seul représentant de Montauban parmi les conventionnels du Lot, mais il était arrivé au but de ses ambitions, et quand l’Assemblée fut obligée, à peine dispersée, de se reformer le 11 septembre, sur envoi de la loi du 25 août, pour élire deux jurés à la Haute-Cour nationale d'Orléans, il allégua le mauvais état de sa santé, peut-êlre réel après tant d'émotions et de fatigues, déclina la présidence effective, et, autorisé à se donner un suppléant, proposa Sartre aîné, alors un de ses plus chauds partisans.
1. Lettre de Bosquet, du 8 septembre (voy. aussi le procès-verbal de l’ass. élect.).