‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 172 sur 889 · SA VIE JOURNALIÈRE · texte numérisé non relu

SA VIE JOURNALIÈRE

cantonner dans des conversalions indifférentes. Bien des conventionnels l’imilaient, se fuyaient dans la vie privée comme ils se fuiront plus tard, au-delà de la Convention même, hantés de trop lourds souvenirs. Il resta en rapports avec les patriotes de Mon-

tauban, dès son arrivée il écrivait aux municipaux qu'il se tenait à

leur disposition !, , comme auparavant il s’occupa de leurs affaires les plus importantes- et de leurs commissions les plus minimes, et il eut dans sa ville natale de nombreux correspondants, surtout jusqu’en

. mars 1793; tant que ses occupations et son mandat ne l’absorbèrent

pas complètement ?; il reçut même parfois la visite de concitoyens. Mais, loin de le distraire de ses soucis et de remédier à son isolement, ces relations le ramenaient des agitations politiques de Paris aux agitations politiques de Montauban. La seule diversion qu’il trouva fut, les premiers temps, l'éducation de son neveu, de « ce petit bonhomme » auquel il s'intéressait déjà quand il était au pays, et chaque courrier que Saint-André envoyait à Montauban contenait, avec des lettres virulentes et des instructions passionnées à l’adresse des Montagnards de l'endroit, les devoirs du fils de sa sœur minutieusement corrigés ?.

Cette existence toute de fièvre, de travail, de méditation solitaire, dut exalter encore le caractère absolu et vindicatif de Jeanbon Saint-André ; d'autre part, l’esprit mûri par l’âge, en septembre 1792 il avait quarante- trois ans, il s’affermit dans ses idées, dans ses volontés, dans ses rancunes : « Il y a plus de fiel dans le petit doigt de cet homme que dans tout le corps de Marat »‘, dira de lui Lanjui-

mais *. Son portrait fait par David, deux ans après, le 20 messidor

an IIT, et que nous reproduisons en tête de notre volume, montre à merveille cette âme toujours tendue et dure à qui lui résiste : en messidor de l’an III Jeanbon étail vaincu par les thermidoriens, em-

prisonné, et de tels malheurs auraient pu l’accabler; pourtant, dans

ce visage où la mâchoire large et proéminente affirme l'énergie tenace, les lèvres minces, le nez grêle et pointu, le regard aïgu donnent une sensation de malaise, la crainte d’une hostilité, qui, une fois déchaînée, ne désarmera guère; Michelet en a subi l'impression,

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