Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. VIII, p
4, D'Elbreil, à qui fut tenu le propos par Lanjuinais, ap. cit., p. 93.
5. Lanjuinais, né à Rennes en 1753, professeur à la Faculté de droit de Rennes, député du tiers de la sénéchaussée de Rennes aux Etats généraux, officier municipal à Rennes, député d'Ille-et-Vilaine à la Convention, député aux Anciens de l’an IV à l'an V, rallié au 18 brumaire, sénateur, comte de l'Empire, membre de la Chambre des Cent jours et de la Chambre des Pairs de Louis XVIII, mort à Paris en 1827 (Dict. des Parlementaires).
nous parle de « cette jaune et bilieuse figure ou la flamme intérieure perçait comme une lampe ardente t ». ù
De tels dons allaient lui assurer de l’action sur la Convention, cette assemblée, si nombreuse qu’elle était une foule, s’abandonnant ainsi que la foule à l’ascendant des âmes fortes. Il devait être également : servi par son abondance d’élocution, sa tendance professionnelle au prêche ? ; au début, cela surprit désagréablement, Jeanbon fut parfois taxé de verbiage *, mais beaucoup, dans la Convention, étaient plus ou moins prédicateurs el sermonnaires. Robespierre n’avait-il pas les allures et le ton d’un pontife ? et dans les questions de personnes ou d’affaires Jeanbon savait se garder de l’amplification ; il fit surtout apprécier la faculté qu’il avait d'exprimer et préciser les idées qui à certains moments sommeillaient inconscientes dans chacun. N'oublions pas non plus qu’il était un pasteur du désert, comptait au nombre des victimes les plus célèbres, des ennemis les plus acharnés de l’ancien régime: malgré certain mémoire composé jadis sur « l’organisation civile des églises protestantes », son ministère évangélique lui apparaissait, à travers les sentiments développés en lui par trois ans de Révolution, comme un apostolat pour la liberté et il disait avec conviction à la tribune : «J'ai juré d’être républicain, je l’étais avant que vous eussiez décrété la République, car mon métier était de braver les tyrans “. » Tout le monde en jugeait ainsi, et huit autres ministres envoyés à la Convention témoignent de l'impression produite dans le pays par de semblables souvenirs °. Personnellement, Jeanbon pouvait se dire un des premiers martyrs de la liberté française, il avait failli périr dans ce massacre de Montauban inscrit sur tous les monuments commémoratifs des forfaits de la royauté. Enfin, lié avec les Girondins depuis 1790, ayant au début de l’année fait la connaissance des Montagnards, membre des, Jacobins, il eut facilement l’accès de la tribune, il fut bien vite en position de jouer un rôle. Ce rôle fut moins considérable, moins de premier plan que celui de Danton ou de Robespierre, et pourtant nous verrons qu’il eut une grande importance.
1. Michelet, Révolution française, édition de 1879, t. VII, p. 161.
2. Pour celle-ci voy. lettre du 3 octobre 1792 à la municipalité de Montauban -(Révol. française, t. XXIX, p. 66). Lettre de Moissac, 26 mars 1793, à Barère « (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. Il, p. 532).
3. Voy. discussion du 6 novembre 1792 (Moniteur, LXAN Sp: 408) et du 27 décembre (ibid., p. 867). !