‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 178 sur 889 · Lettre du 14 octobre · texte numérisé non relu

Lettre du 14 octobre

4. Convention, 21 janvier 1793 (Moniteur, t. XV, p. 257). | 5. Opinion du 12 octobre 1792, et plus loin « la nation peut tout ce qu'elle veut, et tout ce qu'elle veut est juste, car la volonté générale ne peut pas errer » (ibid.). Cf. Robespierre : « la première chose que doit savoir le législateur, c’est que le peuple est

bon » (première lettre à ses commettants).

6. Voy. Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. VII, p. 151. La lettre du 14 octobre 1792 dit des premières dissensions dans l'Assemblée qu’elles « retardent le bonheur de la France en retardant nos travaux ».

7. « Opinion sur le jugement du Roi et l'appel au peuple », discours sur lequel nous reviendrons.

8. Nicolas, p.27. Adresse déjà citée, à la Convention nationale, de la Société populaire . de Montauban, 24 prairial an I,

leurs plus illustres chefs eéussent été batlus dans Paris par les candidats de la Commune, Marat, Robespierre et Danton, etc., envisagées à distance, le premier moment de stupeur passé, les journées de Septembre leur apparaissaient plus odieuses; ils avaient hâte à la fois de venger leurs mécomptes et de rejeter sur les Montagnards la responsabilité du sang versé. Comme eux, le ministre de l’Intérieur, Roland, qui avec tout le ministère s'était mis en août et septembre à la remorque du montagnard Danton ‘ et avait trouvé des excuses pour les Septembriseurs ?, Roland maintenant se retournait contre Danton, la Montagne et Paris, et du haut de sa vertu leur lançait lanathème. La mésintelligence s'était manifestée dès la période électorale : des adresses avaient circulé dans les départements pour demander que la Convention ne se réunîl pas à Paris où elle serait sous le couteau des assassins, le bruit s'était répandu que les démagogues parisiens voulaient le partage des propriétés, l'égalité des biens, qu’ils songeaient à une loi agraire, de sorte qu’en entrant à la Convention, Robespierre fut obligé de protester contre ces inculpations *. De leur côté, certains Montagnards s’imaginaient que l’hostilité des Girondins contre Paris dissimulait le projet de briser le lien qui rattachait la capitale aux départements et le désir de constituer chacun de ceux-ci en une petite république, de substituer à l’état unitaire qu'était la France une fédération des départements; dans la première séance de la Convention, le 24 septembre, François de Neufchâteau pria l’Assemblée nouvelle, au nom de la Législative de maintenir « entre toutes les parties de l'empire, l’unité de gouvernement ‘ ».

1. Sur Danton en août et septembre 1792, voy. Aulard, Études sur la Révolution; 1re série, p. 169.

2. Sur l'attitude de Roland, voy. Buchez et Roux, t. XVII, p. 885; t. XVIII, p. 29. Danton, né à Arcis-sur-Aube en 1759, avocat au Conseil du Roi à Paris, substitut du procureur de la Commune de Paris, organisateur du 10 août, ministre de la justice, député de Paris à la Convention, arrêté le 31 mars 1794, décrété d'accusation sur rapport de Saint-Just au nom du Comité de salut publie et à l’instigation de Robespierre, guillotiné le 5 avril 1794 (Dicl. des Parlementaires), Roland de la Plâtière, né à Villefranche (Rhône), en 1734, inspecteur des manufactures, épousa en 1780 Marie-Jeanne Phlipon, accepta le 23 mars 1792 le ministère sous l'influence du parti girondin, y resta jusqu'au 13 juin, y revint après le 10 août, élu à la Convention par la Somme, abandonna son siège pour rester ministre. En fuite le 31 mai 1793, il apprit le 10 novembre à Rouen l'exécution de sa femme, se tua le 15 (Ibid.).

3. Convention, 25 septembre 1792 (Moniteur, t. XIV, p. 44). Brissot, le 23 septembre dans le n°1140 du Patriote français, accusait les Montagnards de vouloir « désorganiser la Société ». Noter que Danton, dans la deuxième séance, le 21 septembre, avait fait voter que la sûreté des personnes et des propriétés était sous la sauvegarde de la nation.

4. Voy. Buchez et Roux, t. XVI,p. 6. Voy. le n° 278 du journal les Annales patriotiques où un article du girondin Gorsas, en octobre 1792, traçant sous le couvert d'un patriote anglais « un bon gouvernement fédératif », fournit prétexte à de nouvelles imputations de fédéralisme contre la Gironde. Voy. aussi « À tous les républicains de France sur la Société des Jacobins de Faris », pamphlet du 24 octobre de Brissot, où en réponse à ces imputations Brissot déclare qu’il veut « l’unité de gouvernement » (Buchez et Roux, t. XX, p. 141), et Barbaroux à la Convention, le 30 octobre, qui proteste également contre ces accusations (Moniteur, t. XIV, p. 351).

Le jour même où Jeanbon put paraître à la Convention pour la première fois, le 23 septembre, Roland, dans un rapport sur son administration, faisait craindre à l'assemblée d’être entourée de «mouvements », lui conseillait pour s’en garantir de « s'environner d’une force armée imposante » ‘, et Buzot, le 24, obtint la nomination d’une commission de six membres, bientôt portée à neuf, qui devait présenter « un projet de loi contre les provocateurs au meurtre et à l’assassinat, et rendre compte des moyens de donner à la Convention nationale une force publique à sa disposition prise dans les quatrevingt-trois départements ? ».

C'est à propos de celte commission que les deux partis, Girondins et Montagnards, en vinrent aux mains, sous les yeux de Saint-André : le 25, Lasource s’écria : « Je crains le despotisme de Paris, jamais je ne plierai sous son joug, jamais je ne consentirai qu’il tyrannise la République *. » Inculpés par la Gironde de tendances à la dictature, Danton et Robespierre firent tête ; le premier dit : « Anéantissons ceb esprit de parli qui nous perdrait », mais il rappela aux Girondins les imputations de fédéralisme dont on les chargeait et proposa « la peine. de mort contre quiconque voudrait détruire l'unité en France ». Les Girondins s’en irritèrent davantage et Barbaroux entre autres revint à la charge contre la Commune de Paris et Robespierre RRQ LL Comité de surveillance de la Commune fut aussi mis en cause ainsi que Marat. Néanmoins celui-ci, après ses habituelles divagations sur la nécessité d’un dictateur chargé d’abattre des têtes, vint demander, à l’étonnement général, que « faisant cesser ces discussions scandaleuses, l'assemblée s’occupe enfin de corriger la Déclaration des Droits », et Tallien réclama l’ordre du jour : « Décrétons le salut de l'empire et laissons-là les individus 5. » Ainsi c’étaient les Girondins qui prenaient l'offensive, et les Montagnards, quoique rendant coup pour coup, appelaient de tous leurs vœux la conciliation. La première lettre de Robespierre à ses commetlants écrite, à ce moment, était de ton très modéré ‘.

L'étonnement de Jeanbon dut être profond : ses amis de la Gironde voulaient lui faire craindre Paris, mais Paris n’avait rien d’ef-

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