‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 196 sur 889 · Le 9 janvier 1793 (L 745. Arch Haute-Garonne · texte numérisé non relu

Le 9 janvier 1793 (L 745. Arch Haute-Garonne

frappé jusque dans Paris ‘. Il n’était pas le seul ainsi visé, il sufit de parcourir, aux Archives nationales, le dossier des lettres de menaces envoyées à ce moment aux conventionnels ? pour s’expliquer que certains aient hésité à voter la sentence de mort de Louis XVI, que d’autres plus résolus l'aient prononcée avec une sombre fureur.

Quand lopinion de chacun de ses membres eût été longuement exposée, la Convention passa au verdict. Le 15 janvier, commença l'appel nominal, les députés durent successivement venir à la tribune et répondre à cette question : « Louis Capet est-il coupabie de conspiration contre la liberté de la nation et d’attentats contre la sûreté générale de l'Etat? » Avant le vote, Rouyer et Jeanbon firent décréter que sur la liste des votants il serait fait mention des conventionnels envoyés en mission el de ceux qui étaient absents sans motifs valables, ces derniers seraient censurés et la liste, avec les mentions d'absence, de censure et l’opinion de chacun, serait imprimée et envoyée aux départements * : dans cette partie formidable où, en présence de l'Europe frémissante et des royalistes exaspérés, les conventionnels comme le roi jouaient leur tête, Jeanbon ne voulait pas laisser de retraite aux lâches. Tous les députés du Lot votèrent que Louis XVI était coupable. A la deuxième question posée immédiatement après : «Le jugement de la Convention nationale contre Louis Capet sera-t-il soumis à la ratification du peuple? », La Boissière, Cledel, Monmayou, Cavaignac, Bouygues, Caila, Delbrel, Jeanbon répondirent : « Non » *. Le 16 janvier, s’ouvrit la fameuse séance de trente-six heures « où chacun appelé à la tribune » dut répondre à cette autre question : « Quelle peine Louis ci-devant roi de Français a-t-il encourue? ». Chaque Représentant fut autorisé à motiver son opinion, « excessive délicatesse de la part de la Convention, qui a sans doute retardé sa marche, mais l’a rendue plus imposante et plus majestueuse * », déclare Jeanbon. Sallèles, Bouygues, Albouys votèrent pour la réclusion avec bannissement à la paix; Caila était alité par une maladie mortelle ‘; La Boissière, Cledel, Monmayou, Cavaignac, Delbrel votèrent la mort. Jeanbon déclara : «- Si l'affaire de Louis Capel m'avait paru une affaire ordinaire, je n’aurais pas cru que la Convention dût s’en attribuer le jugement. J'ai pensé ei je pense encore que c’est ici un combat de la liberté contre la tyrannie, et c’est un combat à mort. La mort est sans doute une peine horrible; mais la justice est une, elle ne change pas de nature. Des républicains sont justes, et quand ils

1. Discours de Jeanbon à la Convention le 21 janvier 1793 (Moniteur, t. XV, p.857).

2. Voy. Arch. nat., DXL ne 21 dossier des Anonymes. Cf. Michelet, t. VE, p.221. Le 22 décembre 1792, on dénonce au Conseil général de la commune de Paris l'arrivée de nombre d’émigrés sous tous les déguisements. Journal de Paris, n° 359. Bibl.nat., Le? 80.

3. Moniteur, t. XV, p. 159. Le 24 décembre 1792, la Convention avait déjà ordonné à tous les députés absents par congé de revenir à leur poste sous quinze jours.

4. Procès-verbal de la Convention, t. V, pp. 216, 244. Moniteur, t. XV, p. 162.

5. Lettre du 17 janvier à la municipalité de Montauban (Révolution française, LoXXIX,.- p.73). :

6, Procès-verbaux, t. V, p. 265.

fléchissent les règles de la justice par les considérations de la politique, ils prennent des demi-mesures et ces demi-mesures sont toujours contraires à l'intérêt de l'Etat. Tous les peuples qui ont voulu être libres n’ont pu l’être que par la mort des tyrans. Je vote pour la mort !. » Ainsi, après avoir conclu à la condamnation en juriste, conformément à un premier verdict déjà rendu par le peuple, Jeanbon, pour la peine à prononcer, comme dans son « Opinion sur la question : Louis X VI peut-il être jugé » et comme Robespierre et Danton, concluait à la mort par mesure de salut public. Son raisonnement élait d’ailleurs entortillé et obscur, comme il lui arrivait parfois dans ses exposés de principes.

Mais Jeanbon ne se contenta pas de donner son propre suffrage, il modifia quatre votes qui lui furent adressés par correspondance. Écrivant le 16 février, de Paris à Simond, Grégoire, Hérault Sechelles et Jagot en mission dans la Savoie ?, il leur dit: « J'ai reçu votre lettre à la Convention sur la mort du tyran, j'y ai supprimé le mot « condamnation » qui pouvait faire équivoque, et j'y ai substitué une expression qui rendit mieux vos vrais sentiments qui étaient pour la mort sans appel au peuple. » Jeanbon n’était plus secrétaire quand il reçut cette leltre, mais le 19 janvier il avait été appelé au bureau avec Condorcet, Osselin et Saint-Just en l’absence des secrétaires *. Les trois collègues de Grégoire avaient écrit qu'ils votaient la « condamnation à mort », Grégoire, comme prêtre et comme adversaire de la peine de mort, avait refusé de signer à moins que les deux derniers mots ne fussent raturés * : on s'explique qu’en présence de ce texte « condamnation », Jeanbon n'ait pas tenu compte de la rature. Ce n’en est pas moins là une nouvelle preuve de son acharnement contre Louis XVI. Au reste, comme le bureau de la Convention écarta les votes adressés par correspondance, on ne peut dire que Jeanbon a augmenté de quatre voix la majorité pour la peine de mort. Cette majorité fut, d’ailleurs, d’au moins trente-trois voix ÿ.

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