EFFET DÉS NOUVÉLLES DE PARIS À MONTAUBAN
dans la députation du Lot, Caila, mort le 21 janvier‘ était remplacé par le premier suppléant, Blaviel, qui avait signé l’arrêté sur la force départementale, et paraissait mal disposé personnellement. pour Saint-André ?.
Jeanbon tint tte à l'orage, affectant de dédaigner les attaques dont’ il était l’objet, prêchant à ses partisans la philosophie qui, sans doute, n’était pas dans son cœur *. Il tâcha de dissiper dans l'esprit de la. classe populaire les préventions qu'avaient pu y faire naîlre les. calomnies intéressées des Feuillants et des Girondins # : il multipliait les lettres à la municipalité, au club, à ses amis dans le club *, les engageait à lire son journal favori, le Créole Patriote‘, leur expliquait par le menu les événements politiques, les motifs secrets ou avoués du parti de droite dans la Convention, les poussait à agir pour obtenir le retrait de la force départementale”. Feuillants et Girondins, disait-il, étaient également les ennemis du peuple, et quant à la Société des Récollels de Bordeaux elle était « composée de gens beaucoup trop riches pour aimer sincèrement l'égalité ». Il savait qu on souffrait à Montauban, en y songeant, la pitié le gagnait*, et c’est avec une véri- . table émotion qu’il parlait à ses partisans le langage de la raison, qu'il : les suppliait de prendre leur mal en patience : « Si les temps sont rigoureux, croyez que vos amis, les membres patriotes de la Convention, en gémissent ouvertement et qu’ils n’ont rien tant à cœur que de vous soulager. Croyez qu'ils y réussiront malgré toutes les entraves qu’on veut mettre à leur zèle et à leur bonne volonté, el que ce ne sera pas en vain, pour le bonheur de la France en général et celui de la classe indigente en particulier, qu’ils auront soutenu tant de com-
1. Guiffrey, Conventionnels, p. 79. Caïila était montagnard ét Jeanbon écrit le 13 février au club de Montauban : « Caila qui a été jusqu’au bout fidèle à ses devoirs »:
2. Jeanbon dit de l'arrêté sur la force départementale : « la mort de Caila... nous donnera l’un des signataires de cette pièce contre-révolutionnaire » (lettre du 13 février). Le 11 mars, Blaviel arrivé à Paris écrit à l'administration du Lot : « J’ai vu avec plaisir tous les députés du Lot, excepté messire de Saint-André » (L7# Arch. Lot), Blaviel sera un des soixante-treize expulsés de la Convention après la chute des Girondins.
3. Lettre du 20 février à la municipalité de Montauban : « Quand on est fort de sa conscience et de son dévouement à la chose publique, on sait Supporter ces fausses inculpations. » Nous avons vu qu'à la Convention il se départait souvent de ce calme.
4, 20 février à la municipalité.
5. Voy. l’Introduction. En dehors de celles que nous connaissons nous ayons trouvé mention de beaucoup d’autres.
6. « Le seul que je lise, parce qu’il est du très petit nombre de ceux qui ont le courage de dire la vérité » (lettre du 1er février à la municipalité). Ses partisans le lisent effectivement à Montauban, en font des extraits (papiers Bosquet). Le Créole Patriote, bulletin de Milscent créole (Bibl. Nat., Le? n° 691), est chargé depuis le 23 décembre 1792 de publier la correspondance des Jacobins, le 4 janvier 1793 la Société lui donne son approbation (Aulard, Jacobins, t. IV, p. 642). Milscent le quitte le 18 février (ibid.,t. V, p. 33). Il est peu intéressant.
7. Lettre du 27 janvier 1793 à la municipalité (Révolution française, t. XXX, p- 466), lettre du 13 février au club de Montauban.
8. Lettres des 13, 20 février, qu 1er mars à la puIepale, lettre du 1e" mars ‘au club. Ë
bats et résisté à tant d’assauts ‘. » Et ces gens du peuple si éprouvés prélevaient encore sur leurs maigres ressources des dons patriotiques pour les défenseurs de la nation aux armées ?, tandis que les bourgeois s’enfermaient dans une revêche indifférence ! Le cœur de Jeanbon se fondait devant une telle abnégation : « Braves et honnêtes sans-culottes, s’écriait-il, c’est parmi vous que se trouvent les vertus, car dans vore honorable pauvreté vous travaillez pour le bien de la chose publique; vous lui sacrifiez tout, voire temps, vos bras, votre vie même..... Continuez, vous êtes plus que des nobles, plus que des riches, plus que des grands, plus que des rois, car les nobles ne sont plus, les grands sont humiliés, les rois sont punis, les riches n’ont avec l'or que le mépris que leur orgueil inspire. Mais vous, vous devez être fiers, de la magnanimité de votre caractère, vous devez vous glorifier d’avoir renversé les trônes et ressuscité la: vraie noblesse de l’homme, celle que donne la vertu. »
A ces accents de leur tribun, les révolutionnaires montalbanais se passionnaient davantage, leur dévouement pour Jeanbon et pour la chose publique augmentait, leur orgueil fiatté faisait espérer à leur patriotisme la récompense enviée d’être distingués par la Convention nationale, cités à son. ordre du jour *. Ils répondaient à Jeanbon : « À la franchise mâle et véridique de votre langage, les sans-culottes reconnaissent leur frère, leur ami, leur défenseur, leur soutien, leur père; ils payent avec transport de toute leur estime, de toute leur confiance,!de tout leur amour le zèle infaligable qui vous anime pour le maintien de leurs droits ; vous nous engagez, frère et ami, à persévérer, persévérez aussi à nous éclairer de vos lumières, de vos observations, de vos vues, de vos conseils, et à nous soutenir de votre exemple “. » Ils faisaient imprimer ses lettres, ils appuyaient son discours sur la poursuite des assassins de septembre d’une adresse à la Convention *. Ils resserraient encore les liens de leur organisation, le Comité central était maintenant nommé par la Société ®, il
1. Lettre du 1°" mars à la Société des Amis de la République. Jeanbon fit plus et mieux, il s'entremit pour obtenir de la Convention en faveur de ses concitoyens- un secours, et le 3 avril, alors qu'il était déjà revenu, par mission de l’assemblée, dans le Lot, un décret accorda 160,000 livres à la commune de Montauban. \
2. Lettre du 1er février à la municipalité (Révolution française, t. XXIX, p. 75), procès-verbal de la Convention du 29 février (Procès-verbaux, t. V, p. 485); envoi par les citoyennes de Montauban à l’armée de la Moselle de 400 paires de bas tricotées par elles (Moniteur, t. XV, p. 637) Voy. aussi Révolution française, t. XXIX, p: 80.
3. Lettre du 13 février au club, lettre du cap à Jeanbon du 20 février (2e Reg., corresp.).