‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 215 sur 889 · EFFET DES NOUVELLES DE PARIS A MONTAUBAN · texte numérisé non relu

EFFET DES NOUVELLES DE PARIS A MONTAUBAN

dominait de plus en plus, écrivait-il à Jeanbon, « malgré vos calomniateurs les Feuillants »; il ajoutait de ceux-ci « ils se cachent en se contentant d'augmenter leur haine pour vous, voilà l’effet de votre

chère correspondance. » Jeanbon, de son côté, le 8 mars approuva

: pleinement la nomination du Comité central par la Société populaire,

quoique cette nomination fut parfaitement illégale comme le reconnaissait avec désinvollure le Comité lui-même. Mais si l'opposition -montalbanaise dut se taire, Jeanbon apprit que non loin, à Caussade,

une messe avait été célébrée pour l’âme de Louis XVI, la cocarde arborée en signe de deuil ef que tous les témoins du fait s’entendaient pour en dérober l’exacte connaissance aux investigations légales ?. À Moissac d'autre part, la disette et le recrutement occasionnaient des troubles sérieux *.

Le reproche le plus grave qu’on püt faire à Jeanbon, et dont la gravité augmentait avec l'approche de l'invasion, c’était d’avoir déchainé une guerre sans merci. Il s’en défendit avec acharnement, ajoutant à ses précédents arguments que la coalition contre la France était due aux fautes des Girondins qui avaient, pour sauver Louis XVI, fait traîner son procès en longueur, et de la sorte retardé l'organisation de l’armée, empêché une action décisive : « Les vrais amis de la liberté voulaient que Dumouriez entrât en Hollande avant l'hiver. Brissot, Roland et sa clique s’y opposèrent. Si cette opération avait eu lieu, 10,000 hommes suflisaient alors à l'expédition et vous coupiez les racines de la guerre d'Angleterre. » Était-il vrai qu’en faisant la guerre offensive “ et de propagande,

protestations eussent-elles lieu, les patriotes n’en iraient pas moins leur train néanmoins, » La lettre ajoute que le Comité envoie ci-joint la liste de ses membres (nous ne l’ayons pas) et dit : « Ils méritent votre confiance puisque nos intentions qui vous sont connues ne tendent qu’au bonheur de la République, et au triomphe par conséquent de la cause du peuple à laquelle vous et vos collègues des Jacobins êtes invariablement attachés » (Reg. de corresp. du Comité L198, Arch. Tarn-et-Garonne). D’après la lettre, le Comité fonctionne depuis le 26 février et porte le titre de « Comité Central établi par la Société populaire et républicaine de Montauban pour veiller au maintien de l’ordre publie ».

1. Lettre à la Société des Amis de la République, (il semble que Jeanbon ne devait pas avoir encore la lettre du Comité du 5, cependant la sienne a tous les caractères d'une réponse, peut être la date du 5 pour la lettre du Comité est-elle une erreur). « Depuis ma dernière lettre j'ai reçu celle que votre Comité central m’a fait l'amitié de m'écrire, dit Jeanbon. J'ai vu avec plaisir que vous avez formé un établissement, qui, chargé de concourir avec les magistrats du peuple à toutes les mesures d’ utilité publique, peut opérer les plus grands biens », et plus loin : « continuez, braves etgénéreux citoyens, faites le bien sans vous arrêter aux cris de l'envie » (imprimé par les soins du club, collect. Em. Forestié).

2. Lettres du Comité central du 5 et du 13 mars (L108). Arrêté du directoire du district de Montauban du 5 mars ordonnant l’emprisonnement des coupables (Reg. de ses arrêtés Lx, fol. 127 recto. Arch. Tarn-et-Garonne). Voy. l'issue de cette affaire, dite des cocardes noires, Ch. xIx.

8. Délibération du Conseil général de la commune de Moissac du 9 mars (Arch. commun. Moissac). Elle attribue le fait à la disette, mais le jugement des coupables

l’attribue au recrutement. Voy. chapitre V.

4. Lettre du 3 mars au citoyen Delorme, Il ajoutait : « Pour avoir commis cette faute

les Anglais se sont déclarés contre vous, il vous faut 160,000 hommes pour conquérir

les Français se conduisaient en Don Quichotte de la liberté? Non, cette guerre était profilable à la France même : « Attaqués par tous les rois de l’Europe, comment pouvez-vous leur résister ? par le courage et par l’audace...…. nous lutterons contre tous les rois... et ce sera au milieu des secousses produiles par cet ébranlement général que la liberté s’affermira »; de plus, « en faisant la guerre pour la liberté, nous gagnons l'affection des peuples où nous portons les armes, DOUS les attachons à notre cause, et ils nous aident ainsi à vaincre l'ennemi commun »; eufin, celte guerre nous vaut des annexions de territoires qui sont nécessaires à l'équilibre de nos finances, « nous avons une masse énorme de papier en émission. La confiance ne repose que sur la solidité du gage. Il importe que l’hypothèque réponde à la somme totale de vos assignats et la dépasse. La réunion de la Savoie, de la Belgique et de Nice donnent de nouveaux biens nationaux sur lesquels repose le crédit de vos assignats ! ». Observons en passant que pour justifier auprès de ses concitoyens la guerre entreprise, Jeanbon n’alléguait plus exclusivement le bénéfice moral de gagner les peuples voisins aux idées nouvelles, il en venait lui aussi, comme toute la Convention, comme un souverain de l’ancien régime, à supputer les avantages matériels que rapporterait la conquête, à vanter ces avantages, à faire de la guerre non un pur apostolat, mais aussi une opération financière accompagnée des procédés violents d'exploitation qu'avait proposés Cambon;

une fois de plus, sous l'empire de la nécessité il s'éloignait des principes qu’il professait auparavant.

IL répondait encore aux objections de ses adversaires par un anathème contre les pusillanimes, « malheur au Francais qui n’est pas glorieux des hautes destinées de sa patrie », et par la démonstration que l'heure n’était plus aux vaines récriminations : « Qu'ils ne s’y trompent pas, dit-il des Feuillants et Girondins, il faut qu'ils marchent aussi à la défense de la Patrie s'ils ne veulent pas périr, ce n’est plus le moment de faire des distinctions. » Il s'efforçait de communiquer à ses concitoyens son optimisme. « Dumouriez marche sur la Haye et il compte bien qu’il ne tardera pas à nous écrire d'Amsterdam. S'il y arrive, il est apparent que la guerre prendra fin bientôt après », écrit-il à la date du 1 mars, Le 3 mars il annonce que la Suède, la Porte, la Suisse, Naples et la Toscane reconnaissent la République française : « Nous ne serons donc pas abandonnés de tout le monde et il serait possible que des nations

la Hollande. » Cf. Robespierre à la Convention, le 10 mars (Moniteur, t. XV, p. 674). Cf. La femme de Jullien de la Drôme, le 10 février 1793 (Lockroy, Journal d’une bourgeoise, p. 343). Voy. sur cette nécessité de conquérir la Hollande pour dompter l’Angleterre, Sorel, IIIe partie, p. 175.

1. Lettre du 3 mars au citoyen Delorme. Cf. le rapport de Cambon du 15 décembre 1792 (Moniteur, t. XIV, p. 760). Le 1° février Cambon expose que sur trois milliards d’assignats fabriqués, il en reste deux milliards trois cents millions en circulation (Moniteur, t, XV, p.343).

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