‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 234 sur 889 · SES MESURES DE RIGUEUR · texte numérisé non relu

SES MESURES DE RIGUEUR

les mains d’un petit groupe de politiciens qui en vivra et s’assurera

- un despotisme sans bornes. Mais ces procédés étaient commandés par les circonstances : Jeanbon et Lacoste trouvaient à Montauban

-un Comilé de Salut public tout organisé et n'avaient plus qu’à le sanctionner; dans le ressort de leur mission les autres conventionnels en inslituaient, et d’après les renseignements qui lui parvenaient, la Convention généralisait la mesure ‘. De même, partout, les différents commissaires de l'assemblée avaient recours aux procédés employés par Jeanbon et Lacoste ?, partout il leur fallait, pour les aider à remplir leur mission, des corps administratifs à l'exécution docile et prompte.

D'autre part, Jeanbon et aeoste entreprirent la répression de toutes les agitations. Le 22 mars, ils avaient, de concert avec les administrateurs du département du Lot, promis aux citoyens la prochaine arrivée de subsistances, et assuré qu’ils la demandaient

au ministère; ils s'étaient engagés à ne plus faire aucune levée d'hommes si le contingent fixé par la Convention était obtenu et ils avaient menacé les malveillants du tribunal révolutionnaire de Paris ?. Le tribunal criminel du Lot condamnait à mort, le 6 avril, quatre des émeutiers qui s’'élaient opposés au recrutement à Moissac #, el il instruisait le procès de Cladel. Mais il restait à atteindre les instigateurs du mouvement, les individus qui avaient payé la dépense de Cladel et de sa troupe dans les cabarets, et qui, trop habiles, trop prudents pour se montrer, conspiraïient dans l'ombre. A Périgueux d’abord, puis à Montauban et Cahors, les Représentants ordonnèrent la mise sous séquestre des biens des émigrés ‘, leur arrestation, celle

de leurs parents ÿ, l'arrestation et l'envoi à Bordeaux des prêtres réfractaires frappés de déportation, le désarmement des suspects à, l'aflichage des noms des locataires sur toutes les maisons et auberges, la défense aux maîtres de poste d'accepter des voyageurs sans passeport, la saisie et l'examen à la poste des correspondances ?: Surtout

1. Décrets du 21 et du 30 mars organisant les Comités de Surveillance ou de Salut public.

2. Voy. Aulard, Actes du Comilé de Salut public, t. IL et IV passim.

3. « Les commissaires de la Convention nationale et les administrateurs du département du Lot à leurs concitoyens », signé de Jeanbon Saint-André, Elie Lacoste, Combes-Dounous, Yzarn, Vendol, Lagasquie, Flourens, Soulhié, Heretieu, Martin, Sartre, procureur général syndic (Miscellanea Devals).

4. Extrait des registres du tribunal criminel du Lot, 6 p. grand in-4, imprimé à Cahors chez Richard dans le Recueil pour servir à l’histoire de la Révolution à Montauban, Arch. commun. Montauban.

5. AF1r 96, arrêté du 4 avril à Périgueux, Périgueux 6 avril 1793 (L?20 Arch. Tarn-et-Garonne).

6. Agen 27 mars, A Fun 116 ; arrêté du 8 avril du directoire du district de Montauban. #0 Arrêté du 8 avril du directoire du district de Montauban (L xin, fol. 168, Arch. Tarn-et-Garonne). Un décret du 26 février avait enjoint à tous propriétaires et loca-

taires de donner à leur municipalité: la liste des personnes logées chez eux.

8. 5 avril, Périgueux (AFu 96). Un décret du 26 février avait remis en vigueur les prescriptions relatives aux passeports.

9, 7 avril, Périgueux (AF11 96), arrêté du 8 avril du directoire du district de Mon-

tauban, déjà cité.

ils dont des visites domiciliaires et des arrestations; le 25 avril notamment, à 6 heures du soir, Jeanbon faisait proclamer à son de trompe dans les rues de Montauban que tous les citoyens connus pour leur incivisme eussent à rentrer chez eux et à n’en point sortir avant le lendemain matin 9 heures et quantité de suspects furent appréhendés ce jour et les suivants; il en fut de même à Cahors ‘. Parmi les suspects les représentants firent deux classes : les individus « accrédités auteurs des troubles » et « les malheureux trompés par leurs suggestions »; les premiers devaient être incarcérés, aux autres Jeanbon et Lacoste voulaient laisser les moyens de pourvoir à leur subsistance tout en les empêchant de nuire, ils demeurèrent donc libres le jour, mais, leur travail terminé, ils durent s'enfermer dans leurs maisons, et seuls furent admis à circuler la nuit les citoyens qui pouvaient montrer une carte civique réservée exclusivement aux patriotes non douteux ?.

. Pour exécuter ces prescriptions la force armée était insuffisante, tous les fusils ayant été requis pour les troupes, et la garde nationale de toutes les localités ayant perdu dans les volontaires partis à l’armée ses éléments les meilleurs. Jeanbon et Lacoste ordonnërent, le 7 avril, à Périgueux, la distribution et la fabrication de 12 à 1,500 piques par district $, Lacoste, le 17 à Périgueux, institua une troupe susceptible de « devenir un camp volant, remplacer la gendarmerie nationale », et de « former une école de tactique et d'évolution » : c'était une « légion départementale » de 800 hommes dont 120 cavaliers et 50 canonniers qui serait à la disposition d’un commissaire civil nommé par le département, et employée par lui «sur des plaintes et des dénonciations appuyées de faits et de preuves »; les frais, était-il ordonné, seront payés par les administrés « dont le revenu excédera 900 livres en suivant les progressions de fortune que l’on connaîtra par les rôles de la coniribulion foncière ». À Montauban, la garde nationale étant encore assez nombreuse, Jeanbon se contenta d’en concentrer les éléments démocrates dans quatre compagnies nommées les compagnies du centre et auxquelles fut réservée la garde des prisons “, et les sentiments de la majorité n’étant pas sûrs il défendit toute nouvelle élection d’ofliciers.

1. Réincarcération des suspects, 6 avril Périgueux (AF1= 96) arrêté du 8 avril du directoire du district de Montauban déjà cité. Rauly Bonnefon (un des incarcérés), Mémoire au citoyen Fréron du 8 ventôse an IIT, p. 4 (collect. Em. Forestié). Sur la « copie du journal d'entrée et de sortie de la conciergerie de la maison de réclusion du ci-devant couvent des Carmélites » (L?26 Arch. Tarn-et-Garonne), commencée le 9 avril 1793, on constate quantité d’arrestations le 9 (cf. l’arrêté du directoire du 8) puis elles suivent les 11, 12, 16, 17, 20. Lettre de Jeanbon, de Cahors 17 avril, au Comité de Salut public (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IIL, pp. 305-307).

2. Lbid., arrêté de Jeanbon à Cahors 15 avril (AFn116) et à Montauban 6 mai 1793 (autographe, Arch. commun. Montauban, AA, 5); arrêté de l'assemblée générale formée à Montauban, du 25 avril.

Page 1