ORGANISATION DU CONTINGENT
pection accompagnée d’une inébranlable sévérité de principes ! »; la légion départementale de la Dordogne a ordre de saisir en même temps que les aristocrates « tous les auteurs, fauteurs et participes de meurtre, pillages et violations de propriétés ? »; l'assemblée générale des autorités de Montauban remet en liberté ou aux arrêts dans leur maison les suspects de santé faible, ou ceux qui sont parents de volontaires. La Terreur ne fait que commencer, et les révolutionnaires y apportent tous les SRRRATENtS compatibles avec ses redoutables exigences.
Quant au recrutement, lors de ha de nos commissaires dans le Lot, la levée du contingent était effectuée. A la vérilé, ce ne fut point par enrôlements volontaires ; les émeutes avaient assez prouvé que l’enthousiasme faisait défaut, et à Montauban dix-huit hommes seulement s'étaient présentés spontanément sur les 240 à fournir; il fallut, le 14 mars, désigner par. tirage au sort les 222 autres, et la municipalité crut devoir ce jour-là prendre les plus grandes précautions pour empêcher une nouvelle émeute , Il restait à Jeanbon et Lacoste la tâche considérable de presser l'habillement, l'équipement, l'armement des recrues, et leur envoi aux armées par les autorités constituées *. Puis on s’aperçut que le contingent de Montauban n’était pas complet, des individus désignés s’enfuirent, d’autres furent réformés .
Pour ceux-ci la municipalité trouva des remplaçants à prix d'argent, les frais de ces engagements à titre onéreux furent encore pris sur les citoyens aisés ; et en vue des besoins ultérieurs Jeanbon voulut tenir au complet l'effectif de la garde nationale montalbanaise, déclara aux citoyens qui la composaient qu’'étant d’après la loi en réquisition permanente, toute démission de leur part serait refusée. L'habillement ne souffrit pas de difficultés, les fabriques de draps et de toiles de Montauban fournirent même de quoi vêtir les contingents de la Corrèze el de la Haute-Vienne et trouvèrent dans ces commandes subites un regain d'activité. Les tanneries donnèrent les équipements 5. On utilisa ainsi les ressources trouvées sur place, et le
1. Arrêté le constituant, 17 avril. L'arrêté du 5 avril ordonnant le désarmement des suspects par des commissaires invite ceux-ci « à user de la plus grande circonspection et à faire respecter les personnes et les propriétés » (AF1r 9,6).
2. Cf. une proclamation indignée de Lacoste au nom de Jeanbon et au sien, le 14 avril 1793, à Périgueux, pour protester contre une affiche provoquant au meurtre des détenus, AF 96.
3. Lettre des commissaires du 25 mars à la Convention (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. II, p. 497). Ce tirage au sort se fait devant quatre délégués des citoyens, le 16 dans l'ancienne cathédrale (Livre Jaune, pp. 213-214). 3e Reg. du Conseil général de la commune, séance du 13 mars, fol. 41 verso.
4. L'article 4 du titre II de la loi sur la levée ordonnaïit aux administrations de pourvoir, sous huit jours après le recrutement, à l'entier habillement et équipement du contingent.
5. 3e Reg. de délibérations du Conseil général de la commune, 24 avril, fol. 82 recto. Notons que dans une commune on avait jugé commode de ne désigner pour la levée que les habitants absents (Lx, fol. 151 recto. Arch. Tarn-et-Garonne).
6. Voy. Lxu1 passim, nombreuses sommes payées par le district à divers fabri-
Comité de Salut public de la Convention jugera ce procédé si avantageux qu’il le recommandera à tous les Représentants en mission ! dans une grande instruction du ? mai. Les armes manquaient totalement, Jeanbon fit rechercher minulieusement et réparer les vieux fusils des particuliers; il crut trouver 3,000 fusils à Souillac, mais après enquête on sut qu’ils étaient expédiés de Bordeaux pour être remis à neuf à la manufacture d'armes de Tulle, et Jeanbon ne put s'adresser à celle-ci qui, trop mal outillée, ne suflisait pas aux besoins ? ; on fit état aussi des armes enlevées aux suspecls; Jeanbon ordonna de descendre les cloches de toutes les églises pour refondre l'artillerie qui se trouvait à Montauban, un ouvrier fondeur compromis dans l’émeute du recrutement était à la maison d’arrêt, le Représentant l’élargit, le chargea de cette opération *. Il pressa l'envoi des recrues pour l'armée des Pyrénées ‘ destination du plus grand nombre, ou pour Antibes.
Comme ses mesures de sûreté générale, celles-ci étaient à la fois conformes aux circonstances et à ses théories : Jeanbon, disciple de Rousseau, ne voulait d’autres troupes que des levées de ciloyens ÿ, il avait soutenu aux Jacobins qu’il fallait approvisionner les armées aux dépens de tous les individus , c’est-à-dire prélever sur les riches les ressources nécessaires à la défense nationale. D'ailleurs, aucun de ces procédés du Représentant ne prête à la critique, et on ne peut lui reprocher que sa défiance vis-à-vis des généraux, défiance bien justifiée après la trahison de Dumouriez, et qui lui fit porter contre le général de l’armée des Pyrénées, Lacuée, des imputations sans fondement 7.
cants pour vêtements et équipements. Voy. Rapport de Borie et Bordus, représentants en mission pour la levée dans la Corrèze et la Haute-Vienne à la Convention, p. 5 (Bibl. nat., Le? n° 8, 40 p. in-8).
1. Plan de travail, de surveillance et de correspondance du 7 mai proposé par le Comité de Salut public aux Représentants du Peuple (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. II, p. 39).
2. Lettre de Jeanbon au Comité de Salut public, de Cahors, 17 avril (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. II, p. 305). Rapport de Borie et Bordas à la Convention, pp. 6 et 7. Jeanbon, qui espérait recourir à la manufacture (lettre au Comité de Salut public, de Montauban, 26 avril, dans Aulard, Actes du Comité de Salut publie, t. III, p. 477), requiert les vieux fusils expédiés à Tulle, à leur passage à Montauban, pour les faire réparer (Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. IV, p. 49; L x1v, fol. 13 recto. Arch. Tarn-et-Garonne).
3. Lx, fol. 185 recto, et papiers Bosquet. Ce n’était pas là une mesure anti-religieuse, une cloche fut laissée à chaque église (Jeanbon au Comité de Salut publie, de Montauban 17 mai 1793, dans Aulard, Actes du Comilé de Salut public, t. IV, p.213). Un décret du 23 février avait autorisé les communes à convertir leurs cloches en canons.
4. AF11 116. Lettre du 15 mai de Jeanbon au Comité de Salut public dans Aulard, t. IV, p.180.
5. Jeanbon émettait cette théorie dans sa lettre à la municipalité de Montauban du 28 mai 1792. Le 14 octobre 1792, en apprenant les nouvelles levées ordonnées par le département du Lot, il écrivait au club de Montauban : « C’est une bonne mesure, chaque citoyen ne devient-il pas soldat quand il faut foudroyer les despotes ? » Voy. sur son admiration exclusive pour les volontaires, ch. 1x.