REDOUBLEMENT D'AGITATION
Tout ce travail fut accompli en un mois, à la fin d'avril on pouvait croire que Jeanbon dans le Lot, de concert avec Élie Lacoste dans la Dordogne, avait mis tous les malveillants hors d’élat de nuire et accompli, dans les limites de sa mission, l’organisation de la défeuse nationale ‘. Mais les actes même des commissaires faisaient de nouveaux mécontents : en obligeant les riches à payer dans la Dordogne l'équipement el Tentretien de la légion départementale, et à subve-
nir dans le Lot au remplacement des recrues qui manquaient au contingent, ils les exaspéraient. La Convention, de son côté, par: le décret des 5-7 avril, alarma les intérêts. Par leurs déclamations contre les fédéralistes et en fortifiant le despotisme des clubs montagnards, les commissaires rapprochèrent encore des riches les partisans des Girondins, et Jeanbon se heurta dans Montauban, sinon aux premiers, irop craintifs, déjà suspects et décimés par les arrestations, du moins aux derniers restés libres. Dans le nombre se signala un personnage qui était l'ennemi de Jeanbon depuis 1791, Fontanel jeune ?. Les querelles dans la Convention n'avaient rien perdu de leur violence, entretenues qu'elles étaient par la trahison de Dumouriez ; Lasource lui donnait Danton comme complice et les Montagnards rappelaient ses liaisons avec la Gironde. Les papiers de Roland étaient mis sous scellés ; les sections de Paris demandaient formellement à l’assemblée l'expulsion de vingt-deux Girondins et justifiaient ainsi toutes les imputations de ceux-ci à l’adresse de la tyrannie de la capitale *. Ces nouvelles entretenaient l’émoi dans les départements et les divisions s’y accentuaient sans cesse. La Société d'Amiens lancçait des circulaires pour former une coalition contre la Montagne, la Société de Montauban lui répondait point par point #; les adminis. rations de la Gironde arrêtaient des courriers porteurs de délibérations forcenées des Jacobins, adressaient à la Convention les papiers saisis sur eux, provoquaient dans le sein de l’assemhlée de nouveaux orages *. D'autre part, une révolte avait éclaté dans la Vendée ,
public du 27 avril. Sur Lacuée, ex-oflicier, procureur général syndic de Lot-et-Garonne en 1790, député à la Législative, rentré au service en 1792, et sous l’Empire général de division, ministre et comte de Cessac, mort en 1841, voy. note 4, p.178 du tome Itr de la Correspondance de Carnot éditée par Charavay.
1. AFu 96 et Aulard, Actes du Comilé de Salut public, t. II, p. 490. Sur le courage des bataillons du Lot, voy. ibid., t. VI, p. 547.
2. Lettre de Pierre-Armand Fontanel, deuxième fils de l’imprimeur, à son ami Debia, 4 vendémiaire an VII (collect. Em. Forestié); nous reviendrons sur ce document.