‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 255 sur 889 · Moniteur t. XVI, p · texte numérisé non relu

Moniteur t. XVI, p

ces mots : «Il faut savoir enfin si des principes £acrés dans les temps ordinaires pourraient être suivis constamment sans danger dans l'état terrible de crise où nous nous trouvons » ‘; Robespierre jeune disait dans le même temps : « La liberté de la presse ne doit pas être permise lorsqu'elle compromet la liberté publique ?. » Barère céda et retira le projet de décret pour le modifier.

Mais le 10, la bataille recommencça : le Comité de Salut public, travaillant jour et nuit, avait rédigé un nouveau plan de Constitution *, il allait le soumettre à l'assemblée ; si cette Constitution était adoptée, le parti montagnard, ce parti que les Girondins disaient composé d’anarchistes, apparaîtrait comme capable de faire œuvre d’organisation et de législation, il aurait la gloire d’avoir rempli le mandat donné à la Convention en septembre 1792, et la preuve serait faite que les Girondins seuls avaient retardé le travail législatif en suscitant des querelles. Un Girondin, Vernier, demanda que le sortdes députés frappés d'arrestation fût réglé avant tout débat Sur la Constitution : « Si ces représentants du peuple sont coupables, jugez-les, leurs suppléants viendront les remplacer, et alors les départements jouiront de l'intégrité numérique de leur représentation. — L'assemblée Constituante n’eut aucun égard aux deux cent soixante-dix protestants qui s’étaient retirés aux capucins, répliqua Jeanbon, si l’on exigeait l'intégrité numérique des députations il faudrait rappeler vos commissaires près les armées...., redemander ceux qui sont prisonniers chez l’ennemi...., c’est vers la Constitution que nous devons tous porter nos regards, c’est là le palladium de la liberté, c'est là que se concilieront toutes les opinions ; enfin, cette Constitution sera pour nous le moment d'une Convention univoque. Je demande donc qu’elle soit lue et mise de suite à la discussion #. » Hérault en fit lecture, l'impression en fut décrétée sur motion de Robespierre, et le débat s’ouvrit le lendemain.

On a dit que le projet de constitution présenté par Hérault n'était pas pris au sérieux par les Montagnards eux-mêmes, qu'il n’était, suivant l'expression de l’un d'eux, qu’ « une torpille pour endormir

1. Moniteur, t. XVI, pp. 595-596. Intervention de Jeanbon, p. 596.

2. No V du Journal de la Montagne (Bibl. Nat. Le? 786). Robespierre jeune, né à Arras en 1763, avocat, député de Paris à la Convention comme son aîné, demanda à partager son sort au 9 thermidor, fut guillotiné avec lui le 10 (Dict. des Parlementaires).

3. Rappelons que le projet de Constitution rédigé par le Comité institué le 20 septembre 1792, c’est-à-dire par Condorcet, Gensonné, Barère, Barbaroux, Thomas Paine, Pétion, Vergniaud, Sieyès, avait été présenté à la Convention les 15 et 16 février 1793, imprimé par décret du 16. Ce Comité fut aussitôt dissous, et le 4 avril il fut remplacé par un Comité dit d'analyse composé de Jean de Bry, Mercier, Valazé, Barère, Lanjuinais, Romme, et de 4 suppléants : Delmas, Danton, Rabaut ‘Saint- Étienne et Jeanbon Saint-André alors dañs le Lot. Le 29 mai, on adjoignit au Comité de Salut public, pour faire un rapport sur la Constitution, Hérault, Ramel, Saint-Just, Mathieu, Conthon et, le 10 juin au matin, Hérault fit approuver du Comité de Salut public le rapport qu’il présenta à la Convention le même jour (voy. Sigismond Lacroix « Le décret du 29 mai 1793 », Révolution française, t. XX V, p. 541). Le projet de Condorcet a été publié dans la même revue, t. XXXIV, pp. 502-547.

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