‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 264 sur 889 · SOUS L'ANCIEN RÉGIME · texte numérisé non relu

SOUS L'ANCIEN RÉGIME

Personne de plus misérable qu'eux sous l’ancien régime. Inscrits sur les registres des classes qui englobaient non seulement la population des côtes, mais les riverains des cours d’eau jusque très haut dans Pintérieur !, ils étaient ramassés brusquement et expédiés aux ports, sans ressources d’ailleurs pour faire la route au point que certains étaient obligés de vendre leurs nippes chemin faisant pour avoir du pain. Les matelots étaient enfermés pendant des mois à bord de navires où ne régnait aucun souci de l'hygiène, mal nourris, très peu et très irrégulièrement payés ?, avec pour toutes ressources, en cas de vieillesse, de blessures ou d’infirmités, les versements non moins irréguliers d’une très faible retraite . Les ouvriers, de salaires aussi incertains, étaient du jour au lendemain jelés sur le pavé quand l'Etat n'avait plus besoin d'eux ‘. Tous étaient grossiers et ignorants, crédules et méfiants à la fois, quelques-uns de passé fâcheux, réputés

= pour leur violence. Nul n'avait pris souci de leur éducation morale ÿ.

Ils n’étaient contenus que par « la subordination morale des esprits incultes aux lumières et à la capacité présumée de ceux qui les commandent » 5, par l'humilité héréditaire du manant misérable vis-à-vis de l'officier noble et superbement vêtu, surtout par les rigueurs d’une discipline terrible, les coups, les condamnations prononcées sans

jury et sans appel *. Mais le jour où toutes ces contraintes disparai- traient, ils devaient rivaliser de fureur avec la populace des villes et des campagnes, et dans les ports, les arsenaux, à bord des escadres, faire eux aussi leur Jacquerie.

1. Montauban était classé, les mariniers du Tarn allaient servir sur les vaisseaux du roi.

2. Maurice Loir, La marine royale, p. 122, 125-138. Lesépidémies sont constantes et meurtrières en campagne et parfois on n’a pour les malades ni linge, ni médicaments. Les payements sont retardés parfois de plus d’un an, etc. Le règlement du 1er janvier 1786, qui améliore l’alimentation, ne donne de viande fraîche qu'après un mois de mer, en relâche.

3. Elle leur est versée par la Caisse des Invalides de la marine; celle-ci est bien administrée (préambule du décret du 9 messidor an II, Procès-verbal de la Convention, t. LXIV, p. 124); mais ses versements sontirréguliers, car elle est grevée de pensions au profit des gens puissants (Maurice Loir, p. 139). 3

4. Maurice Loir, p.176. Tout individu exerçant dans les ports et lieux maritimes la profession de charpentier ou perceur, calfat, voilier, poulieur, tonnelier, cordier, scieur de long, était classé depuis l’âge de dix-huit ans bid., P. 172).

5. M. Maurice Loir enregistre ce mot d'un livre contemporain, tout en le trouvant excessif : les commandants regardent « l'homme de mer comme un sauvage fait pour servir à leurs besoins » (p. 133), « espèce diflicile à mener », dit Malouet du matelot (ibidem, p. 143). « L’ignorance ou la brutalité des équipages principalement bretons étaient épouvantables.…. bêtes de somme et de guerre éduquées à coups de garcettes » (Ch. Malato, La reine des mers, dans la Société nouvelle, XI° année, p. 615). Les marins normands et les marins bretons se détestent (Arch. Marine BB 9, fol. 121).

6. Malouet à la Constituante, 11 avril 1791 (Moniteur, t. VILX, p. 131).

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