‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 278 sur 889 · PROJET DE JEANBON DU 5 FÉVRIER · texte numérisé non relu

PROJET DE JEANBON DU 5 FÉVRIER

tuante conserva « un corps privilégié, une marine réellement distincte et séparée de celle du commerce ». Mais « heureusement » les oficiers de marine émigrèrent, délivrant la France « de la présence des plus irréconciliables ennemis de l'égalité. Le petit nombre de ceux qui ont continué à servir sur les vaisseaux de l’État a prouvé ce que nous aurions dû attendre de la fidélité des autres.....: des ennemis dignes de combaltre l'Angleterre, c’est dans la marine du commerce seulement que vous les trouverez; je sais qu’on regrette que plusieurs de ces officiers n'aient pas toutes les connaissances mathématiques qu’une longue étude dans les écoles nationales offre aux ofliciers de la marine de la République... Je dois observer d’abord qu’elles ne sont pas aussi rares parmi nos marins marchands que se plaisent à le dire les délracteurs de notre liberté. J'ajoute que la guerre que vous allez faire sur mer doit êlre différente de toutes les autres. Le courage et l'audace, voilà ce qui doit animer vos marins ; voilà, sinon les seules, au moins les premières qualités qui doivent les distinguer. Il faut qu’ils renouvellent les temps des Jean Bart et des Duguay-Trouin, qui certes n'étaient pas de grands géomètres, mais qui avaient cette chaleur de l’âme, ce coup d’œil rapide qui est le vrai talent du marin, et qui seul commande la victoire ; qu'ils mettent à profit l’impétuosité française, l'enthousiasme de la liberté pour triompher de leurs ennemis. Peut-être, dédaignant par esprit de réflexion et de calcul des évolutions savantes, jugerontils plus convenable et plus utile de tenter ces combats à l’abordage où le Français fut toujours vainqueur ;.... Mais pour vous assurer que vous n’aurez que des hommes capables de déployer une si grande valeur, il faut consulter les navigateurs eux-mêmes... c’est par des élections que le peuple exerce le droit qui lui appartient de nommer les représentants et les magistrats. Vous avez donné aux bataillons de gardes nationaux la faculté de nommer leurs officiers; des militaires ont cru voir des inconvénients dans cette méthode; mais le principe n’en est pas moins bon. C’est aussi une élection que je vous propose. Elle n’aura pas les désavantages de celles des bataillons de volontaires; elle ne sera pas faite par les équipages des vaisseaux que ces ofliciers devront commander, mais par les assemblées des marins de chaque département des classes réunis dans le chef-lieu de la classe. Ces assemblées n'auront que le droit de désigner le nombre des sujets qui leur seront demandés; et le ministre de la marine jugera s'ils remplissent les conditions prescrites par la loi, et ne pourra leur délivrer de brevels qu’autant que ces conditions seront remplies.... ». Jeanbon ajoute : « Il me parait surtout essentiel d’épurer votre marine. »

En conséquence, dans le projet de décret annexé, il est prescrit au ministre de former un état nominatif de tous les officiers en service avec mention du lieu de résidence de chacun et du bureau des classes auquel il est attaché ; chaque oflicier enverra à ce bureau ses états de services, ses certificats de résidence depuis 1789 et de civisme. Dans trois semaines, tous les officiers de l'État et du commerce non

en activité ou en voyage se rendront à une assemblée au bureau des classes et procéderont à un scrutin épuratoire des officiers employés. Le procès-verbal sera envoyé au ministre de la marineet au Comité de marine. Le ministre fera droit, s’il ya lieu, aux observations formulées et en avertira le Comité de marine el les assemblées des classes. C’est après cetle opération que ces mêmes assemblées procéderont par scrutin individuel à la désignation des candidats à indiquer au ministre pour les postes vacants.

Jeanbon voulait en somme l’épuration, au point de vue du civisme et des talents, des officiers subsistant de la liste Thévenard, et pour ceux à nommer dorénavant, l'élection par les marins de candidats de préférence officiers du commerce et entre lesquels le ministre choisirait. L'élection de ces officiers garanlirait leur civisme, et Jeanbon définissait.la tactique qu’ils auraient à suivre : pris parmiles marins du commerce et les corsaires dont étaient sortis les Duguay-Trouin et les Jean Bart, ils mêneraient la guerre maritime, comme ces deux grands hommes, par la course et l'offensive. L'assemblée vota l'impression des deux discours de Bréard et Jeanbon, leur renvoi au Comité de marine pour en être fait un nouveau rapport le lendemain 6 février !.

Ce jour venu Bréard déclara : « le plan de Saint-André présente des vues très vastes, mais il ne peut pas être adopté dans un moment où il faut pourvoir vos vaisseaux d'officiers capables de les commander. Votre comité a pensé qu’il fallait laisser à la prudence du Conseil exéculif le soin d’organiser provisoirement le corps de la marine; mâis comme celte mesure pourrait avoir des inconvénients, attendu le nombre d’aspirants qui se présentent autour du ministre qui, pour la plupart, ne lui sont pas connus, et que par conséquent il pourrait résulter de mauvais choix, je me propose de présenter un article additionnel qui donnera la facilité aux départements, aux municipalités et généralement à tous les citoyens de donner des éclaircissements au ministre de la marine sur les mauvaises nominations qu’involontairement il aura pu faire ». La Convention passa à l’ordre du jour motivé sur le droit qu'a tout citoyen de dénoncer des abus ? et elle vota sur les conclusions de Bréard un décret qui complétait des dispositions prises le 13 janvier : les contre-amiraux seraient choisis parmi les capilaines de nomination antérieure au 31 décembre 1792, moitié des places de capitaines seraient données à l'ancienneté par le ministre aux lieutenants de vaisseau, et aussi aux capitaines du commerce ayant cinq ans de navigation, le temps de navigation pour les lieutenants de vaisseau et enseignes serait réduit, des certificats de civisme signés du conseil général de leur

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