‹ Le Conventionnel Jeanbon Saint-André 1749-1813Chapitre 301 sur 889 · PERSISTANCE DE L'ANARCHIE · texte numérisé non relu

PERSISTANCE DE L'ANARCHIE

-de Toulon qui voulait partir et qu’on auraït dû laisser partir, étaient maintenus à leur poste et abandonnés sans instructions ‘. Administrations et Sociétés populaires continuaient leurs agissements auda- “cieux : la municipalité de Toulon tint enfermés, au fort La Malgue, jusqu’à la fin de juin, nombre d'officiers de la flotte de la Méditer-

ranée en dépit de toutes les injonctions. Le ministre reconnut que chez les matelots l’insubordination n’avait pas diminué ?. Il en était de même chez les ouvriers. Si d'aventure les supérieurs s’en plaignaient ils étaient immédiatement dénoncés pour incivisme par les municipalités ou les clubs *. Le désarroi continuait dans les travaux, la pénurie de toutes choses restait grande *, et le 8 juin, pour nous priver des arrivages des neutres, le gouvernement anglais va ordonner la capture de tout vaisseau chargé à destination de nos ports, de quelque nationalité qu’il soit *.

Finalement, les plans de campagne arrêtés furent brusquement dérangés. La crainte de la sortie d’une escadre anglaise qui aurait mission de débarquer en Vendée, l'annonce du départ d'un convoi de Saint-Domingue pour la France ‘ firent renforcer la croisière Villaret-Joyeuse de toute l’escadre Morard de Galles. L'amiral reçut deux missions essentielles : protéger l’arrivée du convoi et émpêcher les Anglais d’atterrir. Or, ces deux missions étaient impossibles à concilier, la première obligeait Morard de Galles à se tenir au large, pour remplir la seconde il lui fallait serrer de près le rivage T. Le coup d’État du 31 mai-2 juin souleva les départements de la Provence, de la Bretagne, de la Normandie. Nous reviendrons sur l'insurrection des départements du Sud-Est et les conséquences qu’elle eût à Toulon. A Brest, les Représentants en mission, Cavaignac et Sevestre, furent expulsés 5, et employés du port, forgerons, charpentiers, officiers de

1. Voy. sur tout ceci une pièce en deux colonnes portant dénonciation du conventionnel Escudier contre Dalbarade et les réponses de celui-ci en face (Arch. nat. DxLu, no 4).

2. Villaret-Joyeuse à Dalbarade, le 16 mai : les maïtres ne sont pas respectés « parce que la loi ne punit pas plus sévèrement le matelot qui leur manque que s’il manquait à quelqu'un de ses camarades » (Arch. Marine, BB# 19 fol. 61). Voy. sur les exigences des matelots BB1 6 fol. 18. Dalbarade écrit le 5 juin’: « L’insubordination et le relâchement des marins-ne sont que trop vrais. » Voy. sur l'ignorance ou la négligence des pilotes BBt 6 fol. 24.

3. BB3 838 dossier 1793. Villaret constate le 16 mai que plusieurs de ses camarades ont perdu leur poste : « pour avoir déplu à leurs équipages » (BB# 19 fol. RÈr

4, BB3 38 fol. 226, 227.

5. Sorel, 3° partie. p. 485. Notons aussi que les côtes continuent à être insultées par les croisières anglaises (BB? 11 fol. 79).

6. Nous ne savons sur quoi reposait cette crainte d’un débarquement des Anglais. Quant au convoi de Saint-Domingue nous verrons qu'il ne partit pas.

7. Villaret.en est averti le 31 mai 1793 (BB# 19 fol. 31, 34). Chevalier, op. cit., p. 55. La jonction de Villaret et de Morard doit se faire à 6 lieues dans l'ouest de Groix.

8. Le 13 juin (Levot, Brest pendant la Terreur, Brest et Paris, 1870, in-8, p. 94). Merlin et Gillet écrivent de Lorient au Comité de Salut public, le 12 juin : « L’arrestation de trente-deux députés, parmi lesquels il s'en trouve quatre de la ci-devant Bretagne, a mis le comble au mécontentement qui aujourd’hui est universel » (Aulard, Actes du Gomité de Salut public, t IV,-p. 531):

marine, enlevés à leur tâche et à leurs fonctions par les administrateurs du Finistère, durent aller grossir la force départementale réunie contre Paris ‘. Sur les côtes de la Manche, Wimpfen va essayer d'entraîner contre la Convention l’armée destinée à l’expédition d'Angleterre ?.

Le triomphe de la Montagne sur les Girondins contribua donc grandement à faire avorter tous les plans de campagne navale. En revanche, les Montagnards devenaient les maîtres dans la Convention. Ils n’avaient cessé de se plaindre de la faiblesse du gouverment, des entraves apportées à l’organisation de la défense nationale par les querelles que leur suscitaient les Girondins, ils réclamaient depuis longtemps une action énergique du Comité de Salut public et du Conseil exécutif, ils avaient hâte de conduire les affaires. Or, la marine était le service public le plus en souffrance et il était maintenant nécessaire d’épurer les états-majors et administrations des ports et des escadres de tous les partisans des Girondins comme naguère des royalistes. Les Montagnards pouvaient compter sur Dalbarade, mais ils n'avaient plus personne dans le Comité de Salut public pour collaborer avec le ministre depuis que Bréard était sorti du Comité *. Il se trouvait un Montagnard qui prétendait depuis longtemps régénérer la marine, qui avait dominé le Comité de marine des Jacobins et s'était fait une place dans celui de la Convention, Jeanbon Saint- André. Le conventionnel de Montauban était tout désigné pour prendre la marine dans le partage du pouvoir entre les chefs du parti vainqueur. Dans un chapitre ultérieur, après avoir examiné la politique générale du Comité montagnard, nous étudierons son action et celle de Jeanbon à la marine.

1. Jeanbon s’en indigne dans une lettre à Filsac du 18 juin, déjà citée, ils « ont fait désigner pour marcher contre Paris des administrateurs du port de Brest, des forgerons, des charpentiers, des ofliciers de marine au moment où nos vaisseaux doivent sortir du port » (Révolution française, t. X XIV, p.159)

2. Le 25 juin, un Conseil général des autorités de la Manche somme Prieur de la Marne et Lecointre de quitter la Manche et tous les préparatifs sont one (Arch. nat. AF11 120).

3. Il démissionne le 5 juin et est remplacé par Berlier (Aulard, Le du Gontilé de Salut public, t. IV, p. 453).

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