Hugues, t. IX, p. 338, note
5. Dardier, Paut Rabaut, ses lettres à Ant. Court. Paris, Grassart, 2 vol. in-80 et
Paul Rabaut, ses lettres à divers, passim. Paul Rabaut, né à Bédarieux en 1718, proposant de l'église de Nîmes en 1738, étudiant à Lausanne, pasteur à Nîmes en 1742, traqué à partir de 1744; le gouvernement du prince de Beauveau en Languedoc lui rendit la tranquillité, il se démit de ses fonctions en 1785 ; père de Rabaut ‘Saint- Étienne, Rabaut Pomier, Rabaut Dupuy, pasteurs comme jui, Sous la Terreur incarcéré à Nîmes, libéré après le 9 thermidor, il mourut le 25 sept. 1794 (Encycl. des
sciences religieuses).
dérobent à toute obéissance les uns vis-à-vis des autres, et, dès 1768, la vue de cette anarchie provoque chez Paul Rabaut des plaintes et des désirs de réformes : « Jetrouve des entraves aux desseins les plus utiles : je ne vous cacherai point que notre gouvernement presbytérien me déplait fort. Le plus petit ancien se croit un homme d'importance, et le moindre pasteur se targue comme le plus distingué. S'il y a lieu à une réforme comme j'en ai l'espérance, on conservera sans doute l’épiscopat ‘. » Il n’y a même pas d’entente entre les églises en vue du bien général du protestantisme : tandis que Court de Gébelin à Paris ? s'emploie à l'amélioration, dans la législation et dans la pratique, du sort des réformés, Paul Rabaut, qui est son intermédiaire auprès des églises, ne réussit pas à obtenir de cellesci des subsides pour soutenir sa campagne. Indiscipline et passions mesquines, individualisme excessif, voilà ce qui caractérise l'attitude des églises d’alors. L'esprit d’insubordination qui existait déjà au xvire siècle apparaît plus insolent, maintenant que le caractère sacerdotal du ministre s’est amoindri, maintenant qu'après avoir perdu la science des docteurs de la Réforme, puis les convictions ardentes des pasteurs du désert, le ministre ne parle plus un langage inspiré des textes sacrés et n’a plus d'autorité sur les fidèles : tel pasteur, telles ouailles * ; d'autre part, la détente provoquée par l’affaiblissement des persécutions a exalté chez tous la joie de vivre, fait épanouir l’égoisme et oublier les intérêts généraux de la cause réformée *, il n’y a plus d’esprit d’obéissance et d’esprit de sacrifice pour contenir le développement des appétits individuels et pour prévenir l’anarchie qui s’en suit. Au consistoire, au synode tous. veulent commander; l'envie est la manifestation, et le dénigrement, le moyen d’action de ces ambitions malsaines ; la démocratie calviniste n’étant plus sous l’empire des grandes pensées et des grandes âmes, les petits esprits libérés de toute influence s’attachent à de petits caractères. Jeanbon, à Bordeaux, avait à combattre l'opposition sincère des gens qui, d’après ses allures, le jugeaient brouillon et intrigant, mais cela n’eût pas suffi, croyons-nous, à le faire échouer, car il possédait toutes les sympathies d’une assemblée plus éclairée, moins accessible à l’action des coteries que les consistoires, le synode du Haut-Languedoc; il a eu surtout contre lui tous ceux qu'irritait - son mérite et son goût de l'autorité, comme le prouvent les reproches
1. Lettre du 26 août (Coquerel, Hist. des églises du Désert, t. IX, p. 497).
2. Court de Gébelin, fils d’Ant. Court, né en 1728 à Nîmes, pasteur protestant, vint se fixer à Paris; publiciste, censeur royal, avait publié neuf volumes d’un ouvrage sur Le Monde primitif analysé et comparé avec le Monde moderne considéré dans l’histoire civile, religieuse et allégorique du calendrier ou almanach, quand il mourut en 1784 (Haag, France protestante, 1"° édit.).
3. Voy. Hugues, t. IL, p. 588, note 1. « C’est l'ignorance des ministres qui entretient les préjugés du peuple et entraine une foule de maux » (Jeanbon, Considéraltions, ). 800).
4. Vo. Hugues, t. LIL, p. 19-20, 66-67. La pétition des fidèles au Consistoire de Bordeaux, du 23 juin 1778, constate un relâchement général dans la pratique des devoirs religieux.